Voy. Fillias, Récits militaires
i56 LA CONQUÊTE FRANÇAISE
(l'une indulgence par trop bénévole. Le traité de Tanger" conclu le 10 septembre 18/i/i, n'imposa au Maroc aucune indemnité pécuniaire. Abd-er-Rahman s'engageait à interner Abd-el-Kader dans une ville de l'ouest, « au cas où il tomberait dans les mains de ses troupes. » L'événement montra ce que valait cette promesse. L'émir, mandé à Fez, ne bougea pas et resta sur les confins de l'Algérie, attendant une occasion d'opérer sa rentrée. La délimitation des frontières devait être conforme à celle qui existait au temps des Turcs. Mais le général de La Rue, chargé de négocier la convention spéciale qui intervint ensuite, se laissa jouer parles plénipotentiaires marocains. Il abandonna la limite traditionnelle de la Molouïa pour un tracé bizarre qui coupe en deux des tribus et n'oppose aucune barrière, aux incursions des maraudeurs et aux razzias des dissidents. Vers le sud, il attribua au Maroc Yiche et Figuig, c'est-àdire la route du Touat et du Sahara par l'oued Guir. Les fautes qui furent alors commises, bien qu'on en ait parfois exagéré la portée et qu'elles puissent s'expliquer en partie par les circonstances, sont de celles dont les conséquences se font sentir longtemps.
L'agitation religieuse n'était pas apaisée en Algérie; les Khouans de tous les ordres et surtout les Derkaoua travaillaient à l'entretenir. L'attaque tentée en plein jour sur le camp de Sidi-bel-Abbès montra combien les passions ennemies avaient encore de puissance. Abd-el-Kader, qui étudiait de loin ces symptômes, crut le moment propice pour reparaître; mais les troupes établies à Sebdou, à Daïa, à Saïda et à Frenda lui interdirent l'entrée du Tell ; des colonnes s'avancèrent dans le sud ; il dut rétrograder et aller attendre au Maroc une occasion plus favorable qui ne tarda pas à se présenter.
Le Dahra, ce pays montagneux qui borde le nord du Chélif entre Mostaganem, Orléansville et Ténès, est habité par une population d'origine berbère, remuante et belliqueuse. Ce fut là qu'éclata en avril 18/i5 le soulèvement de