Onèsime Reclus, La terre à vol d'oisedu t TunUié
4 DIVISIONS Territoriales
La première guerre punique vient de se terminer (241 av. J.-C.) : les Romains se sont établis en maîtres dans la plus ^ande partie de cette Sicile où Carthage a dominé pendant quatre siècles et qu'Amilcar ne leur a abandonnée qu'en pleurant * ; et plusieurs regrettent tout haut, à l'heure même où ils prennent possession de l'ile tant disputée, de ne pouvoir point encore changer la mer occidentale en un lac proprement romain '. Ce regret, ce scrupule ambitieux, c'est le pressentiment et le prélude de la conquête de l'Afrique.
L'insurrection éclate en Libye : mercenaires dupés et sujets durement exploités font cause commune contre Carthage; la révolte court, comme une traînée de flammes, de garnison en garnison, de village en village, et, comme nous dirions aujourd'hui, de douar en douar : les femmes libyennes donnent leurs bijoux ' pour la paye des insurgés. Les garnisons de Sardaigne faisaient en même temps défec* tion et offraient aux Romains l'île qu'ils détenaient au compte de Carthage; Rome estime que l'île est de bonne prise : elle accepte (238). Utique, soulevée, s'offre également. La tentation est grande : on refuse pourtant; c'eût été s'engager trop loin au delà des frontières italiennes, et dépasser l'horizon moins reculé pour l'heure et les visées moins hasardeuses de la politique romaine *.
Mais l'attrait reste, la pensée dure et l'occasion se renouvelle. Bientôt la Corse, comme la Sardaigne, a été occupée
1. « Angebant ingentis spiritus virum Sicilia Sardiniaque amissse ; nam et Siciliam nimis céleri desperatione rerum concessam, et Sardi-
niam inter motum Africae fraude Romanorum interceptam » (T.-L.,