OBSERVATION I
Fillette, née le 28 mai 1901, avant Lerme (six mois et demi). Naissance normale.
Premier enfant de parents sains.
L'enfant dès sa naissance est réchauffée le mieux possible par tous les moyens employés en pareil cas : bandes d'ouate, cruchon d’eau.
Alimentation : Pendant trois jours le nourrisson reçoit du lait de vache additionné de deux fois son volume d'eau et stérilisé par le procédé Soxhlet.
Résultat : Dépérissement notable, on emploie le lait (Nutricia n° 1) du D’ Backhaus. Au début les repas se composent de 4 à 6 cuillerées que l'on fait prendre à l'enfant par le nez. Les repas sont espacés de deux heures pendant la journée, on donne un repas vers trois heures du matin.
1. Revue d'hygiène et de médecine infantiles, t. LIT, n° 1, 1904). 2, Assistant d'anatomie humaine à l'Université de Gand. 3. Chef des travaux pratiques de zoologie à l'Université de Gand.
Le poids de l'enfant, après être descendu aux environs de 1.300 grammes (la première pesée exacte le neuvième Jour accuse 4.315 grammes) remonte lentement de 200 grammes en quinze jours.
24 juin : premier embarras gastrique avec température de 39. On débarrasse l'enfant de tout ce qui avait été mis autour de lui pour le réchauffer artificiellement.
Progression lente du poids.
A l'embarras gastrique du 24 juin succèdent des coliques, de la diarrhée (10 juillet), crampes d'estomac après chaque repas.
19 juillet : l'apparition de ces phénomènes égoïncide avec l'emploi du biberon (19 juillet).
À chaque létée 50 contimèlres cubes de lait matlernisé.
21 juillet : cris après les repas.
24 juillet : vomissements à mucus:
Les phénomènes de dyspepsie et de calarrhe stomacal se
manifestent à l'élal aigu pendant un mois. Vomissements après chaque repas. Constipation. Puis selles décolorées sem- | blables à du mastic gris. Poids stationnaire. Oscillations comprises entre 2.150 et 2.290 grammes. | Allaitement par nourrice. — 29 août: enfant mise au sein | d'une nourrice. | Résullats : un dernier vomissement après la première tétée. |
Plus de symptômes dyspeptiques. Selles bonnes. Nourrisson normal. Tranquillité exemplaire.
Poids augmente rapidement et régulièrement. Accroisse- | ment de 1 kilogramme pour la période des trente premiers |
jours (hausse de 24#,300 à 358,300).
12 septembre : de nouveau manifestation de dyspepsie : vomissements, selles à grumeaux blancs, coliques; puis, selles butyriques (5 octobre) dues peut-être à la gloutonnerie du nourrisson, où à des écoulements ulérins continuels de la nourrice.
Traitement : huile de ricin.
ed ve
Conséquence de ces troubles : diminution insensible de poids et, vers le 10 novembre, la courbe prend une direction à peu près horizontale. |
L'accroissement du poids en quarante-cinq jours n'est que de 165 grammes.
Allaitement mixte, biscuit. — 11 décembre : dans le but de combattre cet arrêt de croissance, on adopte l'allaitement mixte,
Chaque jour, 3 biberons de lait de vache (aux 3/5) de 100 centimètres cubes.
22 décembre : petites doses de quinine comme excitant. Succès nul.
27 décembre : bouillie à l'eau avec biscuit avant chaque letée.
Resultat : nouvelle hausse de poids régulière et rapide (620 grammes pour les neuf premiers jours. Puis la courbe redescend.
Février : addition au régime d'un peu de « maltsuppe de Liebreg », sans résultat.
15 février : congestion pulmonaire avec fièvre modérée.
20 février : «intoxication intestinale » : fétidité des selles. État stationnaire du poids. Teinte jaune de la peau sans coloration des conjonctives ou de la muqueuse buccale.
42 avril : Sevrage. La base de l'alimentation devient du lait stérilisé pur (nutricia n° 4) et de la panade. Jaune d'œuf. Petites quantités d'huile de foie de morue, viande râpée cuite dans du bouillon, farine de Vial, sérum de viande.
Fin avril : Séjour à la campagne.
- Petites doses d'extrait de glande thyproïdienne. Pendant une période de cinq mois, tous les régimes restent sans effel ; en quatre mois et demi, le poids de l'enfant a augmenté de 190 grammes passant de 5,170 (15 février) à 554,360 (26 juin).
Mai : l'ensemble des faits observés et des réactions à résultat positif conduisait à admettre une intoxication chronique . due à un coli-bacille.
re
La ne
L'état était très grave ; ty avait atrophie générale et l'enfant s’acheminait sûrement, en l'absence d'un traitement essentiel, soit vers une forme très prononcée de rachilisme, soil vers une disparition à plus ou moins brève échéance.
Emploi du lait de vache cru. — Fin juin 1902 : enfant, mise au lait de vache cru. Vache tuberculinée. Minutieuses précautions de propreté.
Dose : un demi-litre par jour au début.
Cette addition modérée de lait cru à l'alimentation produisit des effets surprenants. Dès le deuxiëme jour, hausse de poids telle que cette enfant augmentait de 600 grammes pendant les trente premiers jours du régime.
4 août 1902 : la suppression du lait cru ayant ramené le neuvième jour des vomissements après certains repas (27-30 aoû), le lait cru devint avec le biscuit la nourriture exclusive de l'enfant.
Son emploi fut seulement suspendu à de rares intervalles, à l'occasion de désordres digestifs occasionnés par des douleurs dentaires.
Entre temps l'accroissement du poids continue : on note 1.240 grammes (5%£,360 à 6*#,709) pour les trois premiers mois du régime au lait cru.
Lait de vache cru additionné de crème et de lactose. — 6 août : Les selles présentent souvent des grumeaux blancs de caséine non digérée. Cet excès de caséine nous fit donner à l'enfant un mélange d'eau, de lactose et de crème, sorte de lait sans caséine, stérilisé à l'autoclave. Ce système eut l'inconvénient de diminuer la dose de lait cru. Octobre : accroissement de poids cependant : à peu près 3.000 grammes en cinq mois (6,600 à 95,600, du 7 octobre au 7 mars).
Addition de ferments digestifs aux aliments. — Mars : mauvais élat général. Transpirations pendant le sommeil, consti-
pation. Courbe du poids oscille et tend à la baisse au bout
de quelque temps.
Cet ensemble de symptômes rappelle l'état atrophique de l’année précédente.
Nous soupconnons que l'addition d'aliments solides au régime, aux dépens du lait cru, diminue la proportion de ferments incorporée par l'organisme, comme remède nous tentons l'addition aux aliments de ferments digestifs.
26 mars : 10 centigrammes de pepsine ajoutée à la viande rapée.
30 mars : après chaque repas, 3 cuillerées à café de solution fraiche de diastase.
Résultats : hausse subite et rapide du poids, selles redevenues immédiatement bonnes. Progrès intellectuels, développement psychique.
Pendant deux mois et demi on administre comme ferments un mélange de pepsine, de pancréaline et de diastase en poudre.
Fin juin 1902 : suppression des ferments.
Actuellement, à l’âge de deux ans et demi, l'enfant à un aspect normal : elle pèse 12K,100 et mesure 84 centimètres de taille ; il ne lui manque que trois dents. C'est une jolie fillette très vivante qui ne porte aucune trace des vicissitudes passées.
« En raison de sa naissance prématurée, puis de son état de dyspepsie chronique, cette enfant a constitué pendant une période d'à peu près deux ans (du deuxième au vingt-quatrème mois de son existence) un réactif extrêmement sensible pour l'appréciation de la valeur des régimes auxquels elle a été soumise.
A ce point de vue, on peut résumer son histoire en plusieurs périodes :
1° Dans le cours des trois premiers, développement d'une dyspepsie chronique, due à l'alimentation au lait stérilisé;
2 Période d'allaitement par une nourrice : d'abord un relèvement rapide et une croissance régulière qui durent deux mois ; puis un arrêt de développement d'à peu près deux mois;
mis
au commencement du huitième mois une amélioration par l'emploi du biscuit ; enfin une nouvelle stase définitive Û
3° Celle-ci se continue pendant quatre mois et demi, malgré les divers traitements institués conjointement à l'allaitement au lait stérilisé ;
4° L'emploi du lait de vache cru fait disparaitre rapidement les symptômes morbides ainsi que l'atrophie, et l'enfant qui, à treize mois, pesait 5,300 soit 4 kilogrammes de moins que le poids moyen, regagne à l'âge de trente mois l'allure normale.
En résumé, ce nourrisson dyspeptique, au cours des régimes variés auxquels il a été soumis, a progressé convenablement à trois reprises seulement:lors des débuts de l'allaitement par une nourrice; lors de l'emploi (en même temps que le lait de nourrice) de biscuit; enfin et surtout, par l'alimentation au
lait de vache cru. »