‹ L'Allemagne en 1848Chapitre 52 sur 52 · POSTFACE DE MARX · texte numérisé non relu

POSTFACE DE MARX

Les (' révélations sur Ift procès des communistes de Cologne» dont le Volks<itaai tient pour opportune une nouvelle publication, parurent d'abord il Boston, Massachussets, et à Dàle.

Cette dernière édition fut, pour la plus grande partie, saisie à la frontière allemande. Cet écrit vit le jour quelques semaines après latin du procès. Il s'agissait alors de ne pas perdre de temps; aussi quelques erreurs de détail étaient-elles inévitables. Par exemple, dans la liste des jurés. De même, ce n'est pas M. Hess qui doitêlre considéré comme l'auteur du Calikliumc ronge. W. Hirsch, dans sa justilicalion. assure que l'évasion de (]lierval fut complotée par Greif, la police française et Clierval lui-même, pour qu'on pût employer ce dernier, à Londres, en qualité de mouchard pendant les débats du procès. C'est vraisemblable, parce qu'une falsification de billets commise en Prusse, ainsi que le danger de l'extradition qui en résultait, forçait à amadouer (Jrœmer (c'est le véritable nom

de Gherval). Lu façon dont j'ai expose la scène s'appuie sur des «révc^lalions spontanées » de Chernal ù un de mes amis.

Le renseignement de Hirsch jette une lumière encore plus vive sur le faux serment de Stieber. sur les intrigues de l'ambassade prussienne à Londres et à Paris, et sur les entreprises infâmes de Ilinckeldey.

Quand le Volksstaat se mit à publier ce pamphlet dans ses colonnes, je me demandai un moment s'il ne vaudrait pas mieux laisser de coté le chapitre IV (Fraction Willich-Schapper). En y rétléchissant davantage, toute modification au texte j)rit pour moi l'aspect d'une falsification de document historique.

La défaite violente d'une révolution laisse dans les cerveaux de ceux qui y ont participé, de ceux surtout qui se trouvent rejetés de leur patrie en exil, une commotion telle (|ue, même des pei'sonnalités distinguées en restent, pendant plus ou moins longtemps, comme incapables de discernement; on ne peut rentrer dans le courant de l'Iiistoire, on ne veut pas voir que la forme du mouvement a changé. Aussi joue-t-on à la conspiration et à la révolution, ce qui est également compronn^ttant pour eux et pour la cause qu'ils servent. De là viennent les bévues de Willich et de Schapper. \Villich a montré, dans la guerre de l'Amérique du Nord, qu'il était mieux qu'un fantaisiste, et Schapper, qui fut pendant toute sa vie un pionnier du

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mouvement ouvrier, comprit et reconnut son erreur pou de temps après la fin du procès de Cologne. Bien des années plus lard, sur son lit de mort, il me parlait avec une mordante ironie de l'époque où il faisait ses «faux pas» de réfugié. D'autre part, les circonstances dans lesquelles les révélations ont été composées expliquent l'amertume des attaques dirigées contre laide involontaire prêtée à l'ennemi commun.

Aux époques de crise, le manque de réflexion devient un crime envers le parti et exige une pénitence publique.

Tonte ïexistencfi de la police polilique dépend de rissue de ce procès. Dans ces mots, qu'il écrivait à l'ambassade de Prusse à Londres, pendant les débats du procès de Cologne', IJinckeldey dévoilait le secret du procès des communistes.

'< Toute l'existence de la police politique » : ce n'est pas seulement l'existence et l'aclivitédu personnel immédiatement employé à ce métier, c'est la subordination de tout le mécanisme gouvernemental, y inclus les tribunaux (voir les dispositions disciplinaires s'appliquant aux magistrats du 7 mai 1851) et de la presse (voir fonds des reptiles) à cette institul^ion comme tout IT^tat à Venise était soumis à l'inquisition d'Etat. La police politique, paralysée en Prusse pendant la tourmente révolutionnaire, avait besoin d'une transformation pour

' Cf. Moa livre Uerr Vogt, p. 21. Note de Marx.

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laquelle le second Empire français fournissait le modèle.

Après la chute de la révolution de 1848, le mouvement ouvrier allemand ne se manifestait que sous la forme d'une propagande théorique, restreinte à des cercles étroits et sur le danger de laquelle le (iouvernement prussien ne s'illusionna pas un instant.

La persécution des communistes lui servait de préliminaire à la croisade réactionnaire qu'il méditait contre la bourgeoisie libérale, el la bourgeoisie elle-même trempait encore l'arme principale de cette réaction, la police politique, en condamnant les représentants des travailleurs et en acquittant Hinckeldey-Stieber. C'est ainsi que Slieber gagna ses éperons de chevalier devant les assises de Cologne.

A cette époque Stieber n'était le nom que d'un policier subalterne à la chasse d'augmentations et d'avancement.

Aujourd'hui Stieber signifie la toute-puissance de la police politique dans le nouveau Saint-Empire prusso-germanique. En un certain sens, il est devenu une personne morale, morale au sens figuré, comme le Reichstag, par exemple, qui, lui aussi, est une personne morale. iMninlenant la police politique ne frappe plus l'ouvrier pour atteindre le bourgeois. Au contraire, Bismarck, (n sa qualité de dictateur de la bourgeoisie libérale d'Allemagne, se croit assez fort pour rayer le parti ouvrier du

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monde des vivants. A la grandeur de Stieber, le prolétariat peut mesurer le progrès que le mouvement a accompli depuis le procès des communistes de Cologne.

Liufailliltilité du pajie est une puériliti' comparée à rint'aillijjilité de la police polili(|iie. Après avoir mis sous clef, eu Prusse, des dizaines de jeunes turhulents qui s'enflammaient trop pour lunilé allemande, l'hmipire allemand, elle emprisonne aujourd'hui de vieilles têtes chauves ([ui refusent d'adorer ces présents de Dieu. Aujourd'hui elle s'eiforce. avec tout aussi peu de succès, à éclaircir les rangs des ennemis de VEmpire^ qu'elle le faisait autrefois pour ses amis. Quelle preuve plus frappante qu'elle n'est pas appelée à faire l'histoire, quand ce ne serait que l'histoire de la barbe de l'empereur!

Le procès des communistes de Cologne luimême marque l'impuissance oii est l'Etat de lutter contre l'évolution de la société.

Le procureur du roi de Prusse relevait à la charge des accusés d'avoir répandu secrètement les principes dangereux pour l'Ltat contenus dans le manifeste communiste.

Et cependant, vingt ans plus tard, ces mêmes principes ne sont-ils pas public] uement propagés en [)leine rue,i'n AlUmiagne? N'ont-ils pas retenti à la tribune du Heichstag? Est-ce que, sous la forme de Pro(/ranune de rAssociationinlernatiO' nale des travailleurs^ ils n'ont pas fait le tour du

monde, malgré tous les mandats lancés par les Gouvernements? La société ne retrouvera son équilibre que quand elle tournera autour de son soleil, le travail.

]^es «Révélations» disent en terminant: léna... c'est le dernier mot d'un Gouvernement qui emploie de pareils moyens pour subsister et d'une société qui a besoin d'un pareil Gouvernement pour la protéger. léna! « prédiction réalisée », dit en riant sous cape le premier Treitschke venu, en célébrant avec fierté la dernière victoire delà Prusse. Il me suffit de rappeler qu'il y a aussi l'iéna intél'ieur.

Karl Marx.

Londres, le 8 janvier 1875.

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