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ALIMENTATIOIV DES JOURNALIERS CULTIVATEURS

que le salaire d'un journalier était de quatorze deniers par jour. En outre, il élait nourri; or, à la môme épocjue, d'après le taux légal, une livre de viande ne valait que deux deniers. Une paire de souliers ordinaires d'homme ou de femme coi\tait environ seize deniers; la façon d'une paire de chausses, dix deniers; un habit de paysan, vingt-quatre deniers '.

Pour les journaliers à la fois payés et nourris , des ordonnances spéciales réglaient minutieusement en bien des contrées la mesure et la quantité de nourriture et de boisson auxquelles ils avaient droit. (^ Tout journalier, qu'il travaille aux champs ou ailleurs ", est-il dit dans le règlement de maison établi pour les biens de l'archevêque de Mayence Berthold de Henneberg, « aura le matin une soupe et du pain; à son diner, l'après-midi, une bonne soupe, de la bonne viande, des légumes et une demi-cruche de vin ordinaire; le soir, de la viande et du vin, ou bien une bonne soupe et du pain. "

L'échanson Érasme d'Erbach établit dans ses biens le règlement suivant (1483) : « Les journaliers engagés à la tâche, les corvéables, les serviteurs et servantes auront deux fois par jour de la viande et une demi-cruche de vin; les jours de jeune, du poisson ou d'autres mets capables de les bien soutenir. Ceux qui ont travaillé toute la semaine doivent être bien traités le dimanche ; après la messe et le sermon, ou leur donnera du pain et de la viande en quantité suffisante, plus la moitié d'une grande cruche de vin. Les jours de fête, ils auront une bonne portion de rôti; on leur donnera en outre, pour emporter dans leur maison, une grosse miche de pain, et autant de viande que deux personnes en peuvent manger à leur diner ^ »

D'après le règlement domestique du comte bavarois Joachim d'OEttingen (1520), les journaliers, corvéables et serviteurs de l'exploitation avaient tous les jours à leur repas, « le matin, une soupe ou des légumes (les journaliers du lait, les autres de la soupe). A midi, soupe et viande, une cruche de vin , une bouillie aux épiées ou de la viande marinée; des légumes ou du lait, en tout quatre plats. Le soir, de la soupe et de la viande, des raves ou de la viande marinée, des légumes ou du lait, en tout trois plats. » Les femmes qui apportaient dans la maison les coqs, les poulets et les œufs, avaient droit à une portion de soupe et à deux pains; mais lorsqu'elles avaient fait pour venir plus d'une demi-lieue, ou

' Voy. M. Fischer, Archiv. Jür Kunde öslerr. Gcsclùclusqucllen, t. I, p. 181-102. * Règlement d'Ehrbach : OEuorcs posihumes de Bodmann. communiqué par Bohmer.

devait leur servir« la soupe, un plat et une cruche de vin' d. En Saxe, la nourriture des ouvriers et des serviteurs semble avoir été plus abondante encore, car une ordonnance publiée par les ducs Ernest et Albert (1482) porte expressément : " Les journaliers et faucheurs doivent se tenir pour satisfaits lorsqu'en dehors de leur salaire ils ont deux fois par jour, à diner et à souper, quatre plats : la soupe, deux plats de viande et un plat de légumes, et les jours maigres, cinq plats : la soupe et deux sortes de poissons accompagnés de deux légumes différents ^ >;

La viande était si généralement la nourriture quotidienne de Touvrier que le Guide de l'âme dit, voulant citer une preuve de particulière misère : « Il y a des pauvres qui passent quelquefois une semaine et même davantage sans manger de viande; d'autres ne peuvent s'en procurer que de mauvaise ^ » Les conditions de la vie ont déjà notablement empiré lorsqu'on 1533, les États bavarois ordonnent aux échevins " d'avoir soin que les gens du peuple mangent tous les jours de la viande, fassent plus de deux repas par jour, et que, dans les auberges, on leur serve du rôti ou du bouilli >'. A cause de la dureté des temps et de la pénurie générale, ils prescrivent à l'ouvrier de s'abstenir de viande au moins deux ou trois fois par semaine. En dehors des heures ordinaires de repas, " les aubergistes ne lui serviront pas de viande ni de mets cuits, mais seulement du fromage, du pain ou des fruits* ". La restriction apportée à la consommation de la viande vers le milieu du seizième siècle fut l'un des signes les plus évidents de la triste transformation qui s'opérait dans l'économie générale du pays. Les salaires des journaliers baissèrent de moilié relativement à ce qu'ils étaient entre 1450 et 1500 ^ La viande, autrefois nourriture ordinaire des pauvres gens, devint de plus en plus l'aliment de luxe des riches".

Au quinzième siècle, la condition des serviteurs était en général

' Communiqué par V. LÖffelholz, Anzeiger für Kundi; deutscher Vorzeit, t. IV, p. 44, 115-116.

ä Galletti, Gesch. Thüringens, t. V, p. 201-202. — Quel que fût le rang des personnes invitées, on ne devait pas servir plus de six plats; le soir, cinq plats et pas plus de deux sortes de vin et de bière : " De nos jours », rera.irque Galletti avec raison, « la table d'une famille noble est à peine aussi bien servie que celle des ouvriers d'autrefois. » Voy. aussi Sohmoller, Fleischconsum, p. 356.

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•* BüCHHOLTZ, Ferdinand der Erste, Urkundenband, p. 41-42.

* ScHMOLLEu, Fleischconsum., p. 355-361, et sur les conditions de vie des travailleurs, Hildebrand, Zeitschrift, année 10, vol. 2, p. 300.

* On peut faire des observation, analogues eu Italie et en Angleterre. Eu Italie, au quinzième siècle, la situation de toutes les classes ouvrières était infiniment meilleure qu'elle ne l'est maintenant dans les pays les plus florissants de l'Europe. Voy. SiSMODI, Hist. des républiques italiennes, ch. xci. Le lord ■

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