‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 341 sur 477 · II. n · texte numérisé non relu

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258 LES PRINCES JUGES PAR LUTHER. i:)23.

encore. Généralement, les princes sont les plus grands fous ou les pires scélérats de toute la terre; avec eux il faut toujours s'attendre à ce qu'il y a de pire, et l'on ne peut espérer que fort peu de bien. Mais c'est surtout dans les questions religieuses, qui touchent au salut et à l'âme, que leur stupidité se révèle. Les princes sont les exécuteurs des vengeances de Dieu; ils lui servent de bourreaux et de geôliers, et son divin courroux les emploie tantôt à punir les méchants, tantôt à garder la paix au dehors. Notre Dieu est un fort grand seigneur, voilà pourquoi il a besoin de tant de nobles et d'illustres bourreaux, et de tant de valets de bourreaux. Mais je voudrais donner un loyal conseil à ces aveugles, c'est de bien méditer un petit verset qui les concerne tout particulièrement dans le psaume cvii : « Dieu », dit l'Esprit-Saint, ' a déversé son mépris sur les princes. •• .Je vous jure devant Dieu, princes, prenez-y garde, que si ce petit verset venait à se vérifier, vous seriez perdus, chacun de vous fû(-il aussi en état de se défendre que le Turc. Vous aurez beau vous essouffler et vous agiter, cela ne vous servira de rien, une grande partie de la divine prophétie s'est déjà accomplie, car presque tous les princes sont aujourd'hui regardés comme des fous ou des scélérats. L'homme du peuple commence à ouvrir les yeux et devient attentif; le fléau des princes continue à s'abattre violemment sur lui; sois-en sur, les princes ne pourront éviter la colère du peuple que s'ils se décident enfin à se conduire princièrement et recommencent à gouverner avec sagesse. « <= On ne ))eut plus, on ne veut plus supporter davantage votre arrogance et votre tyrannie, chers princes et seigneurs! Sougez-y bien, Dieu ne tolérera pas longtemps votre conduite. Le monde ne marche plus maintenant comme autrefois, lorsque vous pouviez à votre guise chasser et poursuivre les gens comme un vil gibier ' ! «

Le bruit de l'alliance de Luther et de Sickingen s'étant répandu, Mélanchthon le démentit avec chaleur : -< Sickingen ", dit -il dans une de ses lettres, t a horreur du nouvel évangile, et Luther, de son côté, s'afflige extrêmement de la révolte qu'excite Sickingen *. " Mais le récent écrit de Luther n'était-il pas fait pour confirmer les catholiques dans la persuasion, où ils étaient depuis longtemps, que Luther était d'intelligence avec le chevalier brigand ^?

' Sftmmtl. Werke, t. XXII, p. 59-105.

* Franciscus a Sickinfjen magna invidia causam Lutheri degravat. Qui quamquam ab hoc alienissimus sit, tamen ubi bellum suicepit, statim videri voluit publicam causam, non suam agere. Nunc latrocinium foedissimum ad Rhenum exercet. • «De fide doctrinae deque integritate Lulheri noli quidquam dubitare. Scio quam doleat ei bic tuumltus. • Lettre des 1" et 2 janvier 1523, dans le Corp. Reform., t. I. p. 598-599.

' L'archevêque de Trêves imputait à Luther l'entreprise criminelle de Sickingen, et le délégué du duc Georges écrivait le 19 [décembre 1522 à son

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