FRANÇOIS F'^ CONTRE CHARLES-QUINT
soumettre à lui '. " Il se refusait même à lui donner le titre d'empereur*. Profondément blessé dans son orgueil par Tecliec qu'il avait subi, il bridait de prouver au monde qu'en dépit de cet insuccès, " il était le plus puissant monarque de toute l'Europe >•, et que ses sujets « étaient capables et dignes des plus glorieuses conquêtes ' . Mais, dans un si grand dessein, il ne se souciait en aucune façon de la conscience ni du droit; au besoin, il eût voulu devenir le » marteau du monde ».
Dès 1520, François ouvre les hostilités. Il attaque Charles-Ouint dans ses droits de souverain d'Espagne, et soutient par des secours de troupes et d'argent les prétendants au trône de ?savarre. En mai 1521, il s'efforce de faire triompher la cause des rebelles, et favorise l'invasion de la Castille. A l'ambassadeur d'Angleterre qui lui adresse des représentalions à ce sujet, il répond « qu'il n'entend pas se laisser arrêter dans son élan victorieux ». Il a continuellement la main dans les révoltes des comniuneros \ L'Empereur, au grand préjudice des intérêts de l'Empire, se voit forcé de quitter prématurément l'Allemagne pour accourir au secours de ses États, dont les Français menacent de s'emparer. Par les ordres du roi de France et grâce aux subsides français, Robert de la Mark, duc de Bouillon, enrôle à Paris des hommes d'armes avec lesquels il se propose d'attaquer les Pays-Bas, possessions de Charles-Ouint. Dans une lettre autographe, lettre tombée plus tard entre les mains des Impériaux, François renseigne le comte de Carpi sur l'entreprise qu'il vient de confier au duc Robert, et lui fait part de son dessein d'exciter des troubles en Italie et de conquérir les royaumes de Naples et de Sicile. Tandis qu'il s'oppose à ce que l'Empereur, comme le voulaient et ses droits et le souci de son honneur, allât recevoir à Rome la couronne impériale, il se prépare à envahir l'Italie à la tête de cinquante mille hommes ^
it Les nombreux États de Charles d'Espagne semblent constituer une puissance formidable «, écrivait-il en mai 1520; « mais nulle part ses droits de souverain ne sont bien affermis, et ses coffres sont vides; moi, au contraire, je règne sur un peuple soumis*'; j'ai
' * Ce sont les propres paroles du Roi. Rapport de Clément Endres, 27 juillet 1520. Voy. Trierische Sachen und Briefschaften, fol. 64.
^ Voy. la déclaration de Charles-Quiut aux électeurs, 21 mai 1521, Lanz, Actenslücke und Briefe, t. I, p. 191.
5 Rapport de Clément Endres. Yoy. la note 1.
* « AU thèse iroujjleswere stirred up by the kingof Frence. - Brewer, S'', p. 560.
5 Voy. L.iNz, Actenftûckc und Briefe, introduction, p. 250.
« .. Hanno del tutto ", écrivait l'ambassadeur vénitien xMarino Cavalli à propos des Français, " rimessa la liberlà è volontà loro al re ; tal che basta che lui dira, voler tanto, approbar tanto, che il tutto è eseguito e fatto prœciso, come se essi stessi lo deliberassero... prima li suoi re si chiamavano reges Francoruni, oro si possono dimandar reges senorum. r Alberi, t. I, p. 232.
ALLIANCE ENTRE L'E M l« E RE U R ET LE PAPE. 1521. 325
de l'argcat en abondance, et je puis faire servir les biens de rÉglise à mes desseins. Aussi je ne crains pas le roi d'Kspagne; je trouverai jusqu'en Allemagne des alliés pour le combattre. « Il se vanlait d'avoir sur tous les points l'avantage sur son rival'. L'hérilajje légilime de l'Empereur, la iiourgogne, était entre ses mains, ainsi que le fiel' impérial du Milanais, et presque toute la Lombardie, avec Gènes; il était devenu l'allié des Vénitiens. Par un traité conclu le "> mai 1521 avec les Suisses, il avait réussi à mettre dans ses intérèls ces utiles auxiliaires"^. Eu Allemagne, à la vérité, il n'avait pas encore de partisans déclarés; cependant, dès 1522, les bons patriotes allemands' se plaignaient que non-seulement les Suisses, mais une foule de sujets de l'Empire, nobles aussi bien que roturiers, se mettaient au service de la France, et devenaient les ennemis de leur pays dès qu'ils étaient gagnés par l'espoir d'une bonne solde. Contre cette trahison envers la patrie, tous les ordres publiés par l'Empereur et le Conseil de régence restaient sans effet '.
Pour mettre un frein ä l'ardente ambition de François I", et de peur qu'il ne vint à se rendre maître de toute l'Italie, l'Empereur, le 8 mai 1521, conclut un traité d'alliance avec LéonX; les deux souverains s'engageaient à unir leurs efforts pour chasser les Français de la Péninsule; le Milanais et Gènes devaient être rapportés à l'Empire, mais conserver leurs ducs, tout en reconnaissant la souve-
' Rapport de Clément Endres. Voy. plus haut, p. 324, note 1.
* L'Empereur avait une haute idée de la valeur militaire des Suisses. On lit dans une instruction donnée par lui à ses ambassadeurs auprès de Henri VUI : « C'est l'universel repos de toute la chrétienté de les tenir lyés à la bonne et sainte intencion... de nous... » « C'est le secret de tous les secrets de les gaigner, quoy qu'ilz coustent ... • « c'est le principal de toutes nos affaires. » Lanz, Actenstiiche und Briefe, t. \, p. 106-107.
^ Voy. Lucubrationes, 79.
* * Dans les archives de Francfort, Kaiserschreiben, 8, n" 22, se trouve une lettre du lieutenant d'empire Ferdinand et du Conseil de réjjence (11 octobre 1522) adressée au conseil de la ville : « Nous avons été informés ■, y est-il dit, « que Georges Langenmantel, d'Augsbourg, enrôle à Francfort des hommes d'armes pour le roi de France. Le conseil doit se saisir de sa personne et savoir de lui qui lui a fourni les moyens de payer la solde de ses hommes. • Dans unrescrit impérial daté du 7 mars 1523 [Reichsacten,t. 37, fol. 31), on lit : • Des ordonnances précédentes, répandues dans tout le royaume, ont interdit aux nobles et aux soldats, sous peine de perdre la vie et les biens, de suivre et de servir, soit comme homme de pied, soit comme cavalier, le roi de France, qui porte injustement la guerre dans les États de l'Empereur. Mais l'Empereur sous ce rapport n'a jusqu'à présent rencontré aucune obéissance, zèle ou bon vouloir parmi les Ordres ou autorités qui auraient dû exercer la surveillance. Au contraire, il remarque avec tristesse qu'à son grand détriment beaucoup quittent l'Empire ou les principautés héréditaires pour se joindre aux armées ennemies. Il renouvelle donc encore une fois ses ordres, et cela de la façon la plus pressante. »