APPEL AU MASSACRE DES PRINCES ET SEIGNEURS
conduite impie et païenne! Quel martyre ils nous font subir, à nous autres pauvres gens! Nos âmes sont les serfs du prêtre, et nos corps les serfs du pouvoir séculier! »
Mais ' le temps des tyrans était passé, et le jour du salut arrivé. " (Luc, XIX.) « Allons, Dieu le veut! sonnons le tocsin! Précipiter de leur siège les Moab, les Acliab, les Agag, les Phalaris, les Néron, c'est la joie suprême de Dieu! Ceux-là, TÉcriture ne les appelle pas serviteurs de Dieu, mais loups, serpents, dragons! Qui sait si le pitoyable cri des moissonneurs, la supplication des pauvres ne sont pas arrivés jusqu'aux oreilles du Dieu des armées? Qui sait s'il ne les a pas écoutés dans sa miséricorde, et si le jour du massacre ne va pas luire pour les bestiaux engraissés qui ont noyé leur cœur dans la volupté au temps même de la détresse du peuple? " (Jacques, v.)
« Mais comme tout pays ou commune a le droit de déposer un souverain inique, je vais citer ici treize maximes de la justice divine, que les portes de l'enfer et tous les suppôts de Satan ne pourront jamais venir à bout de renverser. Celui qui en a envie peut y frotter sa bosse, je suis tout prêt à soutenir avec lui la dispute; mais qu'il fasse attention à ce que la langue ne lui fourche pas, comme aux papistes! »
« S'ils disent : L'Empereur seul a le droit de déposer vos maîtres, ce pouvoir n'appartient pas aux sujets, ne les écoutez pas, ce sont là des canards bleus! Et que diriez- vous donc, si je vous révélais que nous pourrions fort bien supprimer l'Empereur lui-même? A-t-on oublié que plus d'une fois rois et empereurs ont été chassés par leurs sujets? »
Pour justifier la révolte, l'auteur invoque l'exemple d'Élie et de Moïse, qui soulevèrent, eux aussi, contre Pharaon la révolte d'un autre « pauvre Conrad ». Il en appelle même au Christ. « Ne vous lais.sez pas égarer ', dit-il, lorsque vous entendrez invoquer la tradition par-ci, la vieille coutume par-là. Qu'on ne me parle plus de coutume, à moins qu'elle ne soit conforme à la justice ! Commettre pendant mille ans une iniquité ne constituera jamais un droit! »
Tout pouvoir héréditaire est funeste à l'intérêt général. Le gouvernement doit être élu par le peuple, et seulement pour un espace de temps déterminé.
" Lorsqu'on parcourt l'Écriture, et qu'on sonde les choses avec une sérieuse attention, on voit clairement les misères sans nombre, les maux hideux, engendrés par le pouvoir personnel et héréditaire. Que ne pourrions-nous pas dire des actes arbitraires du passé! Mais quels crimes pourraient jamais dépasser l'horreur de ce qui se voit en notre temps, où la cupidité et le luxe des princes con-
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tredisent si hardiment la pure parole de Dieu cl la tiennent opprinnée au moyen des cachots, des supplices et de cent autres traitements tyranniques? Oh! que d'odieux abus de pouvoir commis envers les sujets par la royauté iiérédilaire, impie et «'riminelle! Tant (jue les Homains ont gardé le gouvernement républicain, par conseils et corporations, ds ont vu leur puissance s'étendre journellement, jusqu'à soumettre le monde entier. Mais dès qu'ils se sont laissé chatouiller par le désir d'abandonner le gouvernement populaire pour mettre à leur tète des rois élus, aussitôt commença leur décadence, par suite de Tégoisle cupidité, du faste et de l'orgueil du souverain élu. " - Depuis le premier empereur Jules César jusqu'au grand Charlemague, on compte soixante-seize empereurs romains, sur lesquels trente-quatre ont été lamentablement massacrés, tous à cause de leur tyrannie; quelques-uns noyés, d'autres décapités, dautres brûlés. " < En résumé, dès que le peuple romain eut renoncé à gouverner par lui-même pour se mettre sous le joug d'un empereur, ce fut le commencement de sa misère, ju^iqu'à ce qu'enfin il fut réduit au servage, lui qui autrefois avait dominé le monde. Si je parle ici des Homains, voici quel est mon motif : c'est que nos grands seigneurs se vantent ordinairement de tirer leurs droits et traditions de Rome. Oui, ils se font gloire de revenir à l'antique tradition païenne, el ils ne songent pas que nous descendons tous de Dieu, et que personne, quelle que soit son origine, n'est plus ancien qu'un autre d'une minute, qu'il soit roi ou berger. • L'auteur du libelle allègue ici l'histoire des Hébreux pour établir que les souverains et le principe de l'hérédité font généralement tomber les peuples dans l'idolâtrie : « Tant que les enfants de l'alliance, tant que le peuple de Dieu eut un gouvernement démocratique et point de rois, Dieu demeura avec eux et mit sa complaisance en eux; ils étaient dignement gouvernés et vivaient heureux. Mais lorsque la convoitise païenne les eut séduits et tentés au point de leur faire désirer d'être régis par un roi tout-puissant, lorsqu'ils eurent demandé au prophète Samuel de choisir pour eux un souverain de la part du Seigneur, il est dit clairement dans le second chapitre de Samuel que Dieu s'en montra fort irrité et leur fit annoncer par son prophète que de grandes calamités allaient fondre sur eux, et que la misère, le servage et raille autres maux seraient la conséquence du pouvoir héréditaire. >
Dans un chapitre spécial intitulé : Exhortation consolante à nos frères chrétiens , l'auteur donne aux insurgés des conseils pratiques. Ils sont invités à faire tous leurs efforts pour maintenir parmi eux le bon ordre; surtout ils doivent faire choix de bons guides. ' Sur six hommes, un caporal doit être élu; dix caporaux nomment un