NÉGOCIATIONS RELATIVES AU CALVINISME PALATIN
nettement contre Maximilien, car il attendait impatiemment la vacance du trône impérial pour tenter de ravir TEinpire à la maison d'Autriche. « Si nous voulons sauvegarder la liberté de l'Empire, » disait-on dans son entourage, « Jl est indispensable que la suprême charge passe à une autre dynastie i. » Or, étant donnés les dissentiments et les rancunes qui divisaient les membres protestants et les membres catholiques, l'élection d'un Empereur pendant un interrègne eût, selon toute vraisemblance, donné lieu à un second choix : de là, la guerre civile et l'intervention de l'étranger. Christophe de Wurtemberg essaya de faire comprendre ce péril à l'Electeur palatin et le pria de réfléchir à la responsabilité dont il se chargerait en refusant son suffrage "^. No trouvant aucun écho chez les princes ses collègues, Frédéric renonça à la lutte. Maximilien fut élu à l'unanimité des suffrages le ii novembre 1562, et son couronnement eut lieu le 30 novembre de la même année dans l'église de Saint Barthélemi. Comme tous ses prédécesseurs^, il prêta serment de soumission et de fidélité au Pape et à l'Eglise romaine.
Au fond du cœur, il fut toujours attaché à la Confession d'Augsbourg, et resta l'ennemi acharné du Calvinisme.
Lors de la Diète électorale de Francfort, Christophe de Wurtemberg avait pressé ses coreligionnaires, et en particulier les Electeurs de Saxe et de Brandebourg, de faire une démarche auprès de l'Electeur palatin pour le conjurer de renoncer à ses erreurs. «Il est hors de doute, » leur avait-il dit, « que les doctrines calvinistes [et zwingliennes prennent la haute main dans le Palatinat; or le Calvinisme est une hérésie détestable, opposée à la Confession d'Augsbourg; elle est exclue, comme Joutes les autres sectes, de la paix de religion. En outre, comme plus d'un exemple nous le prouve, c'est un sjnrltus sediiiosus : là où il se déclare, il ne vise qu'à renverser le pouvoir établi. De sorte que l'Electeur palatin, en le propageant, s'expose, non seulement aux agressions de l'étranger, mais à celles de ses propres sujets. 11 est de notre devoir de l'éclairer. 11 faut aussi lui faire sentir qu'il se couvrirait de ridicule si, après avoir adhéré, il n'y a que fort peu de temps, à la Confession d'Augsbourg, en signant avec nous les recez de Francfort et de Naumbourg, il reniait presque aussitôt après sa propre parole.» «Puisque la paix de religion a pour base la Confession d'Augsbourg, il est facile de comprendre à quel j, extrême péril et à combien de calamités Sa Grâce exposerait son pays et ses sujets en s'obstinant plus longtemps dans son erreur 3, »
1 Kluckhohx, Briefe, t. I, pp. 243-247 et suiv., pp. 274, 286, 3b3. Voy. Kluck- HOHN, Friedrich der Fromme, pp. 190-192.
2 HäBERLiN, t. IV, pp. 539-540.
^ Kluckiioh.n, Briefe, t. I, pp. 371-377.
218 DELlBIiitt AXIONS SUR LE CALVINISME PALATIN.
Les Electeurs de Brandebourg et de Saxe ne suivirent pas le conseil de Christophe, bien que Maximilieu les en eût priés. Le roi romain se borna à recommander aux Conlessionistcs de veiller allcntivemenlftà ce (jucie poison calviniste ou zwinglien nepénétrât [)oint dans leurs étals, de peur (pie la paix de religion <(uc l'Empereur, niali;ré le relus des Evau^élirpies d'accepter le Concile, avait promis de respecter loyalement, ne l'ùtdéchirée par leur laute, «ce qui pt)urrait attirer les plus grands malheurs sur la patrie bien-aimée*». Peu de temps après, Maximilieu, à Göppingen, déclara à Christophe que si, à la saint Jean de Taiinee suivante, les membres d'Empire protestants n'étaient pas encore parvenus à s'unir, il pourrait bien songer à los mettre à la raison '-. En avril et en juin lo()3, Ferdinand et son lils supplièrent encore une fois l'Electeur palatin d'abjurer le Calvinisme '. Frédéric ne prit même pas la peine de leur répondre. Aussi lorsque Christophe et Woll'gang de Deux- Ponts |)rièrent le roi l'année suivante d'envoyer u un message particulier » à Frédéric, Maximilieu refusa, et se plaignit amèrement de l'Electeur apostat, dont ni lui ni son père n'avaient jamais pu rien obtenir. « 11 ajouta (pi'il allait n'iléchir au moyen (pi'il conviendrait de prendre pour i)unir un si injurieux silence sans sortir de la légalité ni de la modération et sans compromettre la paix piiblifpie. » Il félicita ensuile les deux j)rinces des mesures qu'ils disaient vouloir prendre pour préserver leurs territoires du a poison palatin», et promit « de s'employer auprès de Ferdinand pour qu'il les aidât dans un dessein si louable, jusqu'au moment où l'hérésie calviniste serait enfin définitivement retranchée par les ell'orts réunis de tous les membres d'Empire '* ».
Frédéric scndjiait fort peu redouler une semblable solution.
Après la mort de Ferdinand C-Ào juillet lü5i), lorsque Maximilien eut pris en main le gouvernement, Frédéric, paraissant avon* oublié le céh'bre Catéchisme, se |>résenla au nouveau souverain comme membre de la (Confession d'Augsbourg, et prélendit même lui donner des conseils sur les devoirs que lui imposait la plus haute magistrature de la (Chrélienté. Le premier et le plus important de ces devoirs, c'était, selon lui, la propagation de la vraie religion chrétienne, dont les articles infaillibles étaient exposés dans la Confession ; c'était encore l'anéantissement de l'Eglise Catholique ou, pour se servir de ses paroles, '( la ruine de lidolàtrie et de la superslilion ». L'Electeur exhorta Maximilien à ne se laisser détourner de
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■ JIi.i'i'i, (l<:.\ili. lU'.'i l'rotesliinli.snuts, I. Il, p. 24. KLi<ii,tn, I. II. [i. 4;iti. •' Ki.ucKiioii.N, Itrii-fe, I. |, |ip. ;j'J8 3'J'.», il'.» i-'2.
* KuuLtH, t. Il, ]). 4tij.
DÉLIBKRATlOiNS SLR LE CALVINISME l'ALATIN. 219
ces tâches sacrées ni par le Pape ni par le démon. 11 s'étonna que depuis longtemps les empereurs n'eussent pas fait servir leur puissance et l'autorité do leur nom à ladestruction de l'abominable impiété et idolâtrie romaine : « Bien des gens, >-> dit-il, « conseilleront sans doute à l'Empereur d'user de douceur et d'indulgence, mais il agira sagement en fermant l'oreille à ces pernicieux conseils. L'Evangile défend de servir deux maîtres ; la vérité n'a rien de commun avec le mensonge; la lumière chasse les ténèbres. Dieu veut voir aboli tout ce qui est contraire à sa loi. Quant à l'apaisement des querelles théologiques, l'Empereur n'a qu'une chose à faire : convoquer un concile, le présider eu personne, et effacer des constitutions de l'Empire tout ce (jui met obstacle au royaume de Dieu '. »
L'abolition de la Réserve ecclésiastique semblait à Frédéric le meilleur moyen d'affranchir définitivement l'Empire «de l'abomination et de l'idolâtrie papistes ». 11 écrivait le 22 août Ljü4 à Auguste de Saxe, que «les trois Electeurs laïques et les princes du Saint-Empire devaient réfléchir sérieusement aux voies et moyens » par lesquels, aidés du jeune Empereur, ilspourraicnt s'en délivrer à jamais, pour la propagation et le triomphe de la véritable religion chrétienne -. »
Sans se préoccuper en rien de l'Empereur ou de l'Empire, Frédéric continuait ses attentats, aussi bien contre les Catholiques, leurs fondations, écoles, propriétés que contre les Luthériens. Aussi son plus jeune frère lui-même, le comte palatin Georges, désiraitil que la doctrine de l'Electeur fût soumise à l'examen des autres princes protestants. Wolfgang de Deux-Pouls était de son avis. « De cette manière, » écrivait-il à Christophe de Wurtemberg, « la secte maudite et ceux qui l'ont embrassée seront condamnés, et nous autres, qui l'avons en horreur, en serons pour toujours délivrés, devant Dieu et devant les hommes. L'autorité laïque doit faire son office et comprendre son devoir. Il ne faut pas hésiter à exclure de la paix de religion tout membre d'Empire coupable d'avoir donné son adhésion à la secte abominable de Calvin •'. »
Le 21 août 1585, le duc Christophe invita une fois encore tous les princes protestants à s'unir à lui pour la défense de la vraie religion. « Le Zwinglianisme, »écrivait-il, « fait d'etfrayants progrès en divers pays et cherche secrètement et perfidement à s'insinuer partout. L'expérience n'a que trop montré quel venin sul)til, quels abominables blasphèmes sont cachés dans cette hérésie détestable, et il est à craindre que ce monstre n'engendre de nouvelles abominations, puisque ceux d'Heidelberg ont eu l'audace d'écrire récem-
' Struve, pp. 145-143.
- Kluckhohn', Briefe, t. I, pp. 520, 529-530.
^ KUGLER, t. II, p. 401.