CHAPITRE IV
DIÈTE DE SPHIE
Le 5 mars irjTO, Lazare de Schwendi envoyail à l'Empereur le m(''moirc que celui-ci lui avait demandé et (ju'il avait intitulé: Mémoire el discours sur l'état actuel et le (/oucerueitirnl du Sninl- Empire, notre bien-aimée patne. Ce mémoire était accompagné d'une lettre particulière où Maximilicn était supplié de se mettre proniptement et virilement à l'œuvre, de montrer de la décision et de l'énergie. « Le monde, » lui écrivait Scliwondi, « est devenu si méchant, si corrompu (ju'il n'est plus possible de le gouverner uniquement par la bonté et la douceur. L'insubordination, la licence, l'esprit de révolte se sont tellement implantés en Allemagne qu'il ne faut plus se flatter de remédier au mal en usant de ménagement et d'indulgence. L'autorit('' veut être respi'Ctée et crainte, sans cela point de réforme ni d'amélioration possibles. A l'heure actuelle, le nom d'Empereur n'est pas un vain titre de gloire. Les choses en sont venues à ce point (|ue le souverain et le petit nombre de membres d'Empire obéissants et lidèles ont grand'peine à se défendre et à se maintenir, au milieu des si'ditions, des violenc(\s, des excitations de loules sortes. Les princes se mélient les uns des autres; la discorde religieuse, le plus gi'and de tous les fléaux, a fini par exposer l'Allemagne aux altafpies de l'ctrangcM', aux altenlals de toute nature. L'lMnj)ii'e ébranlé, surlout |)ar la fatale scission religieuse (jui engendre en tous lieux des (pierelles, des désordres, des crimes, ne pouria que très diflicilenient rtîvenir à son ancien état, à son anliipie s|)Iendeur;mais il existe (•eitaiiiemenl des moyens d'c'viter la iiiiiie totale delà chose [)ubli(|ue, ruine qui, pour le moi neu t , semble iimiiiiieiite. Ces moyens, TLuipereur iloit les enqtloyer sans relard, en s'ai-
PLANS DE REFORME DE LAZARE DE SCHVVENDl. 303
dant des conseils des principaux membres d'Empire et de tous les gens sensés qui chérissent encore la patrie. »
Au fond du cœur, Scliwendi était dévoué à la Confession d'Augsbourg, il détestait le Saint-Siège, qu'il rendait responsable de la décadence de l'Empire. Il eût voulu que le serment exigé, par les Papes, des évêques et des prêtres « fût une^bonne fois aboli et supprimé par un décret d'Empire ». Il pensait que c'était à Maximilian, qui exerçait en Allemagne la suprême autorité, de les obliger à bien s'acquitter de leurs devoirs, et qu'il lui appartenait d'abolir les nombreux abus existants. « Quant aux nouveaux croyants, » disait-il, « tous doivent adhérer à la Confession d'Augsbourg; on ne doit plus tolérer en Allemagne de secte ou de doctrine nouvelle. » La situation des territoires protestants lui paraissait désespérée : « Dans la plupart d'entr'eux,le changement de religion s'est effectué à la faveur de désordres affreux; des cérémonies, , des traditions respectables ont été abolies; parmi les prédicants et les théologiens, la discorde, l'esprit révolutionnaire ont si bien pris la haute main qu'aucun d'eux ne fait cas que de sa propre opinion. Les docteurs introduisent sans cesse des nouveautés et condamnent tout ce qu'ils n'ont pas eux-mêmes imaginé; de là une confusion inexprimable, des scandales sans nombre, des sectes, des schismes à l'infini. Pour remédier à tant de maux, les autorités protestantes doivent se réunir et s'entendre, établir un règlement ecclésiastique obligeant la conscience de tous ; prescrire à leurs prédicants une doctrine et des lois précises, et les soumettre, sous peine de châtiment, à des lois fermes, nettes, absolues. Les injures que les ministres se renvoient les uns aux autres dans leurs prêches ou dans leurs écrits doivent être sévèrement interdites sous peine de châtiments rigoureux; aucun livre sectaire, attaquant la religion catholiqueou la Confession d'Augsbourg,ne doit plus être imprimé avant d'avoir passé par la censure des autorités compétentes. Comme, pour le moment, il est impossible d'espérer un accord entre les partis en lutte, il est urgent d'exiger avant tout le maintien et l'observation réciproques de la paix de religion. Toute alliance des princes avec l'étranger doit être abolie par un décret d'Empire, et les contrats particuliers conclus par les princes catholiques ou protestants, contrats qui fournissent aux nations étrangères de continuels prétextes de s'immiscer dans nos affaires, doivent être annulés.
« Quant au gouvernement extérieur et à l'ordre civil, l'Empereur, sans perdre de temps, doit pourvoir à la succession au trône, afin qu'après sa mort, il n'y ait aucun interrègne. En outre, il faut