‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 489 sur 572 · LES CRYPTOCALVIMSTES KM SAXE · texte numérisé non relu

LES CRYPTOCALVIMSTES KM SAXE

de l'Université, ne manquait jamais de recevoir les candidats proposés par son ami, de sorte que les Mélanclîtlioniens,ou, comme on les appelait aussi, les Philippistes, y furent bientôt en majorité. A Dresde, les prédicants de la cour, Christian Schütz et Jean Slüssel, surintendant de Pirna, étaient aussi de fervents adeptes du parti cryptocalviniste.

Dans le nouveau catéchisme publié en loTl par la faculté de théologie de Wittemberg, la doctrine de l'Eucharistie est tout autrement présentée que dans le catéchisme luthérien II n'y est pas (juestion de la manducationdu corps de Jésus Christ, elle dogme de l'ubiquité est rejeté, sous prétexte que le corps du Sauveur n'est qu'au ciel. Dans ["introduction S Peucer exprime le vœu que le nouveau formulaire, « qui n'est autre chose cpie l'abrégé du Corpus doclrinx de iMélanchthon, » soit mis entre les mains de tous les étudiants des écoles latines et des gymnases, et serve d'introduction aux études théologie] ues. Peucer, nommé inspecteur général des hautes études, avertit le recteur, par une lettre particulière, d'avoir à se procurer immédiateniect pour tous leurs étudiants des exemplaires du Catéchisme et de leur faire apprendre par cœur les passages imprimés en gros caractères.

Le nouveau formulaire souleva les plus violentes récriminations -. Les théologiens du Brunswick déclarèrent qu'il falsifiait la parole de Dieu et que c'était « [»urement et simplement un livre sacramcntaire •' ». Les docteurs de léna, Wigand, Dessus, Jean Célestinus et Thimothée Kirchner parièrent d'une nouvelle irrup- « tion de l'esprit diaboliiiue ». Dans un Averlissement cnnire le Calhi'chisme impur cl sacramentaïre de quelques docteurs de Wittcmhcrf], ils constatèrent que depuis longtemps l'Université enseignait d'abominal)les erreurs. « Ils veulent congédier Luther et renier sa sainte doctrine, et cependant ils font les innocents; leur doctrine est trompeuse, elle séduit les âmes, c'est une falsification évidente du Nouveau Testament, c'est une fantasmagorie de mensonge; ces faux docteurs ont juré de faire perdre la raison à la Chrétienté ''. »

point chancelier de l'Electeur, mais son conseiller intime et son chambellan. Voy. Kluckiiohn, dans Weher, Archiv fur sächsische Geschichte, t. III, p. 144, note.

> Voy. GiLLET, Crut), t. I, p. 41 li.

ä Imprimé à Wittemberg et public à Lcipsick, il eut la même année (1S71) deux antres éditions, et deux encore l'année suivante. Klose, Der cnjptocalvinistische Ccitechismiis, l8o6.

» CxLimcH, Kampf , pp. 53-57. Le ministère luthérien de la ville de Hanovre accusait en 1375 les tliéolosjiens de Wittemberg d'avoir, à l'instigation du diable, troublé l'Eglise qui les avait élevés, et tenté de la séduire par leur doctrine empoisonnée. » Zeitschr. des histor. Vereins für Niedersachsen, 1870, p. 207.

* Warnun'j, B. G^. Voy. Galinich, Kampf, pp. 40-33.

370 l>i:s CUYl'TOCALVIMSTKS EN SAXK.

Ainsi allaqués, Icsauteursdu Catéchisme publièrent en celte même année un traité intitulé : « le Donjon de Wiltemberg ». Avec le même emportement, ils s'éch luffèrent non seulement contre les Flaciniens, mais contre tous les théologiens de Wiltemberg el de, Saxe. Us soutinrent que, par la faute « de l'iiorrible essaim de Flacius)),les principaux articles de la doctrine chrétienne avaient été falsifiés avec une perlîdc et audacieuse persistance; que la pauvre jeunesse était séduite; que la nouvelle doctrine de Brenz sur l'ubiquité renouvelait l'hérésie de Scliwenckfeld, qu'elle outrageait la vérilé, et que Dieu ne la laisserait pas impunie; que « si les hommes se taisaient, les pierres parleraient ». « Martin Chemnitz, « le nouvel Aristarcjue du Brunswick, )) avait, disaienl-ils, été mordu par trois chiens enrag('S : l'orgueil, l'envie et l'ingraliUide ^ »

Pour se défendre, Chemnitz publia une nouvelle Confession de foi pour laciuclle il obtint l'adhésion des églises de la Basse-Saxe, à l'exception de celle de Lunébourg, (lui ne voulut pas même en prendre connaissance, alléguant que son surintendant actuel regardait comme dangereux (jue chaque Église et chaque jirédicant eussent une confession de foi particulière -. Le Donjon rendit les théologiens de léna « plus furieux que jamais ». « Les docteurs de Wiltemberg, » répétaient-ils, « foulent aux pieds renseignement de Luther, persillent, outragent, condanmenL cette doctrine divine de la manière la plus honteuse; ils avilissent la Chrétienté, ils se moquent du ciel même. Les docteurs français Calvin elBèze leuront enseigné leurs exécrables mensonges. Us ont trouvé moyen de réconcilier Mélanchthon avec Calvin et Bullinger, ces blasphémateurs du testament du Christ. Nous sommes seuls en possession de la pure doctrine, el nous entendons rejeter loin de nous toutes les folies, toutes les hérésies du Pape, des Turcs, des blasphémateurs du Saint- Sacrement, des disciples de Sclnvcnckfeld, de Servet, d'Arius, des Antinomiens, des hiterimistes, des Adiaphonistes, des Synergistes, des Majoristes, des Anabaptistes, des Manichéens, en un mot de tous les sectaires. « L'excommunication de tous leurs adversaires leur semblait un devoir rigoureux : « Parce que les fausses doctrines et les faux docteurs pullulent, s'ensuit-il qu'on ne doive pas les condamner? Alors pourquoi condamnons-nous les papistes qui sont plus nombreux que les sacramenlaircs? Pourquoi condamnonsnous les Turcs ? Bougis, lâche chrétien! Est-ce là ce que t'enseigne la parole do Dieu -^ ? »

1 Planck, 5b, pp. 578-583.

ï Planck, 5b, p. 584.

^ Von den Fallstricken, A.^D.^-* F.3 G.K

PERSÉCUTION DES FLACliMEiNS EN SAXE. 1573. 371

Les théologiens de Wittemberg finirent par persuader à Auguste, peu instruit des choses de la fol et sans opinion personnelle sur les questions dogmatiques (|ue, lorsque leurs adversaires les accusaient de s'écarter de la doctrine de Luther, ils mentaient eflrontément, et qu'ils étaient égarés par la plus basse jalousie. Cédant à leurs instances, l'Electeur convoqua un synode à Dresde; là, dans une confession de loi connue depuis sous le nom d\Accorcl de Dresde, la doctrine de Wittemberg fut de nouveau promulguée *. Ursinus, professeur de Heidelberg, avec lequel plusieurs étudiants de 1 Université entretenaient une correspondance active, écrivait en août 157i à liullinger : « L'Electeur ne comprend absolument rien à ces sortes de questions; mais il a promis de se prononcer en faveur de V Accord e[ de ne persécuter personne sous prétexte de Zwinglianisme ou de Calvinisme, comme ils disent. Il s'est montré satisfait de ce (jue nous paraissions nous entendre assez bien avec ses théologiens ■-. )>

Le 3 mars 1573, mourut le duc Jcan-Cuillaume. Au commencement de son règne, dans un testament (jui avait reçu la sanction de l'Empereur, il avait conOé la tutelle de ses enfants à l'Electeur de Saxe; mais plus tard, annulant ce testament, il en avait fait un autre en faveur du comte palatin Louis et du duc Albert de Prusse, qu'il avait tous deux suppliés de ne rien changer à la religion du pays. Auguste, sans se préoccuper du second testament, prit possession de la régence aussitôt après la mort de Guillaume, et commença par expulser de l'Electoral Hessus et Wigand. En même temps, il ordonna une enquête religieuse; sous peine de renvoi, les prédicants furent invités à déclarer par écrit qu'ils acceptaient le Corpus doctrinie de Mélanchlhon et VAccord&c Dresde; (pi'ils reconnaissaient la Confession d'Augsbourg, l'édition modiliéc aussi bien (juc celle qui ne l'était pas, et détestaient du fond du cœur la secte séditieuse de Flacius. En l'espace de (juelques semaines, neuf surintendants et cent deux préiicants furent destitués. Comme on n'avait personne pour les remplacer, on fut obligé de donner les emplois vacants aux jeunes boursiers de l'Université •''.

Parmi les proscrits se trouvait Gaspard Melissander. Soupçonné d'attachement pour la dcctrine de Flacius, il reçut l'ordre de quitter la Saxe. Pour obtenir sa grâce, la duchesse Suzanne, veuve du duc Jean-Guillaume, se jeta aux genoux de l'Electeur '*; mais il fut

' Calinich, Kampf, pp. 75-87.

* Heppe, Gesell, des deulschen Prulestanlismus, l. II, Doc, p. 138.

3 Löscher, Hist. Motuum, t. III, pp. 136 et suiv. Galetti, Gesch. Thüringens, t. V, p. 222. GiLLET, l. I, p. 43i.

* Anto^, pp. üö-oy.

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