CLOTURE DL' COA'GILE DE TRENTE
leurs; mais le Concile est composé d'hommes et non danges, et^ après mùr examen des circonstances où nous étions placéS;, il nous a l'allu quelquefois nous contenter de bien faire sans prétendre à la perleclion ^. »
Dans une pleine concorde avec le monde catholique tout entier, le Concile se sépara le 4 décembre 15(33. Le but ([ue beaucoup avaient désespéré d'atteindre, le but si menacé, à ne voir les choses qu'au point de vue de la prudence humaine, étaitenhn atteint ^^.Les Pères, au nombre de deux cent cinquante, signèrent les décrets; plus tard la plupart des ambassadeurs des puissances catholiques les signèrent à leur tour.
Pie iV proclama lui-même la clôture du Concile, et bien qu'encore affaibli par une grave maladie prononça une allocution où la joie de son âme éclate à chaque mot. «Ce jour, » dit-il, « apporte à tous une vie nouvelle ; il réclame aussi de nouvelles mœurs; par l'autorité du Concile, la discipline ecclésiastique, tombée dans une décadence inouïe, vient d être restaurée. C'est surtout au clergé qu'un nouveau règlement de vie s'impose désormais. Les prêtres pourront se convaincre, en prenant connaissance des nouvelles lois, qu'ayant embrassé un état très saint, ils sont obligés de mener une conduite conforme à la règle qui vient de leur êlre tracée avec une clarté admirable \ » Pie lY ordonna aux cardinaux-évêques de se rendre dans leurs diocèses respectifs. Dans Texecutiou du décret relatif aux séminaires, il voulut prévenir tout le monde par son exemple, et fonda peu de temps après le «séminaire romain ;;, dont il confia la direction aux Jésuites.
Le Concile avait reconnu et loué les éminents services rendus à l'Eglise par le nouvel institut *.
Pendant les diverses phases du synode, plusieurs jésuites avaient pris une part importante à ses délibérations". Lorsqu'lgnacc, sur les instances d'un grand nombre d'évôques, avait envoyé à Trente les théologiens Lainez et Salmeron, il leur avait recommandé d'avoir avant tout en vue leur propre sauctihcation, de se montrer prudents dans leurs discours et modestes dans leur attitude : « Eu dehors du Concile, » leur avait-il dit, (( vous ne laisserez échapper aucune
1 Pallaviclno, lib. XXIV, cap. 3, Q« 1.
2 «ÜU comprend, »dit Rauke {Päpste, t. I, p, 349), a l'émotion qui s'empara des rères du Concile lorsqu'ils se trouvèrent réunis pour la dernière fois, le 4 décembre lùt)3. La joie débordait de leurs cœurs. Ceux mêmes qui s'étaient combattus se felicilaieut les uns les autres. Les yeux de beaucoup de ces vieillards étaient remplis de larmes. »
■* I'allaviciko, lib. XXIV, cap. 9, 5.
* Raynald, ad a. i564, n" .^3.
'■> Session XXV, Decr, de ret/., cap. 16,
436 HEUREUX EFFETS DU CONGILK ÜE TRENTE.
occasion d'être, autant que vous le pourrez, serviables envers chacun. Vous entendrez volontiers les confessions, vous prêclicvez assidûment l'Evangile au peuple, vous enseignerez aux enfants la doctrine chrétienne, vous conseillerez aux bons chrétiens de faire les Exercices spirituels alin de travailler plus efficacement à leur perfection ; vous visiterez les hôpitaux et vous apporterez consolation et secours aux malades en toute charité, alin que lagràcedu Saint- Esprit coule d'autant plus abondamment de vos lèvres qu'auparavant vous aurez mis un plus grand zèle à pratiquer vous-mêmes des œuvres d'humilité et d'amour du prochain. Dans vos prédications, vous ne loucherez jamais aux points sur lesquels les Catholiques et les Prolestants sont en désaccord. Vous viserez uniquement à l'amélioration des mœurs, vous efforçant de conduire vos auditeurs dans la voie de l'obéissance et du respect envers la sainte Eglise Catholi-
que*.»
Par une bulle revêtue de la signature de tous les cardinaux, le Pape, le 26 janvier 15G4, confirma tous les décrets du Concile.
A dater de ce jour, les Catholiques se sentirent de nouveau unis de sentiment et étroitement attachés au centre de l'unité. De ce centre même une vie nouvelle se répandit à grands ilôts dans toute l'Eglise. «Des milliers et des raillions de chrétiens, »dit un contemporain, «. ont maintenant d'éclatants modèles sous les yeux ; des hommes de prière, de renoncement, qui ont embrassé joyeusement la pauvreté volontaire, leur enseignent par leur vie sans tache les plus héroïques vertus. Une foule de saints prêtres gardent intacte en leur àme la grâce sacerdotale, et toutes 'les couches de la société s'associent et participent à l'esprit de réforme qui vient de renouveler tout le clergé -. ;)
Pie IV était issu d'une famille de la petite bourgeoise, et les Papes (jui lui succédèrent avaient des origines encore plus humbles. Pie V (1500-1572) était de basse extraction; Grégoire XUI (1572-1585) était fils d'un marchand. Sixte-Quint (1585-1590), lils d'un jardinier. Pie V, qui appartenait à l'ordre de saint Dominicpie, continua, devenu Pape, à vivre avec l'austérité d'un religieux. Ses contemporains le vénéraient comme un saint. Jamais, disait le peuple, on n'avait vu sur le tronc pontifical un Pape d'une aussi admirable sainteté. « Grégoire XIII, » écrivait l'ambassadeur de Venise Paolo ïiepolo, « est à la vérité moins austère que Pie V, mais il fait beaucoup de bien. Il est heureux pour la religion que deux ponti fes d'une aussi eminente sainteté aient successivement régi l'Eglise. Chacun
' Ignacio de Loyola, Carias I, pp. 475-478.
" De reformât ione Ecdesiœ (Mediol. iS87j, p. 5.