S MYSTERES
va faire avec moins de péché et plus de mérite. Puisse Dieu nous aider, afin que ce que nous commençons réussisse! (^ue sainte Dorothée, la pieuse vierge, nous accorde aussi son secours ! Chantons maintenant tous ensemble le cantique au Saint-Esprit'. «
Un saint, ordinairement saint Augustin, remplissait le rôle de coryphée, et donnait aux assistants des éclaircissements sur le pieux drame. Quelquefois Virgile, « le païen d'autrefois », était chargé de cette fonction, et donnait sur le temps, le lieu, l'enchaînement des parties, les explications nécessaires. Les acteurs s'avauçaient sur le devant de la scène chaque fois que leur tour de parler ou d'agir était venu, puis ils retournaient à leur place. Des enfants de chœur exécutaient les chants intercalés dans le drame; les spectateurs se tenaient debout ou assis autour de la scène; la représentation finie, on allait généralement entendre l'office à l'église, ou bien acteurs et spectateurs entonnaient ensemble un cantique. Dans les mystères de Pâques, on chantait ordinairement : « Le Christ est ressuscité », ou bien encore : « Christ, tu es doux et bienfaisant! » — Les représentations avaient presque toujours lieu dans l'après-midi et se continuaient souvent durant plusieurs jours. Elles exigeaient un personnel considérable, surtout à la fin du quinzième siècle, au moment du plus beau triomphe de la musique et des arts plastiques. A Francforf-sur-le-Mein, en 1498, la représentation du mystère de la Passion dura quatre jours, et eut un si grand succès que, dans la même anuée, une seconde représentation eut lieu. « Les acteurs qui y prirent part » , lit-on dans un document conservé dans les archives de la ville, « étaient au nombre de deux cent cinquante; ils jouèrent pendant quatre jours consécutifs, avec de très-beaux costumes, et à la satisfaction générale, jusqu'à l'heure du Salve*. » En 1506, dans la môme ville, deux cent soixante-seize personnages figurèrent dans le même mystère. Le drame finissait ordinairement par l'ascension du Sauveur, puis, comme épilogue, par le triomphe et la glorification de l'Église. Deux acteurs entraient alors en scène : l'un représentait l'Église; elle était entourée de chrétiens; l'autre était la synagogue, environnée de Juifs. Une dispute s'enga-
1 HOFFMANN von Kallehslebex, Fundgruben, t. II, p. 284. — Voy. Hast;, p. 51.
1 Kriege, Bûrgerlhum, p. 586, n°419. — Kntre 1456 et 1506, il n'y eut pas moins de huit représentations de drames religieux a Krancfort-sur-le-Mein. km eck, p. 441. — A AlMeld, en 1501, 1511, 1517, le Mystère de la Passion fut représenté pendant trois jours consécutifs — Voy. Wilken, p. 110. — A Bolzen, en 1514, on joua pendant sept jours le drame de la Passion, dont la représentation était divisée entre les jours de fête qui s échelonnent entre le dimanche des Rameaux et l'Ascension. — Pichler, Dramen des Mittelalters in Tyrol, p. 64. — Gräfe, Leipzigs religiöse* Leb >i bis zum Ausbruch der Reformation, dans le Zeitschrift fur die Hislor. Theologie de lllgen, t. IX, p. 62.
geait entre les deux religions, à la suite de laquelle huit ou dix .luifs se faisaient baptiser par saint Augustin, qui se trouvait sur la scène. A cetle vue, la synagogue laissait échapper un cri de détresse; la couronne tombait de sa tête, et l'Église, au contraire, chantait une hymne de joie \ à laquelle l'immense assistance se joignait dans une sorte de chœur final.
Les scènes de la Passion étaient encore représentées d'une autre manière , non plus sur un théâtre, mais dans des processions mouvantes et animées qui avaient lieu à la fête du Saint-Sacrement : là aussi (comme, par exemple, à Kiinzelsau, 1479), toute la sainte histoire était représentée, depuis la création du monde jusqu'au Jugement dernier, par des groupes successifs. Dans la grande procession qui eut lieu à Z erbst, les conseillers de la ville, les membres des confréries religieuses et des corporations, se chargèrent de représenter les personnages de la sainte Écriture (1479). A Freiberg, en Saxe, ces processions avaient lieu tous les sept ans, au temps de la Pentecôte. Le premier jour de la fête, les plus antiques scènes bibliques, la chute des anges, la faute et le châtiment de nos premiers parents, étaient représentées. Le second jour, venait la rédemption du monde; le troisième, tout se terminait par la procession du Jugement dernier. Ces processions étaient faites en grande pompe. Les acteurs appartenaient à toutes les classes sociales, plusieurs d'entre eux faisaient même partie des autorités de la ville. Les relations du temps, qui font connaître les impressions des témoins oculaires, attestent l'indicible émotion des auditeurs à la vue « d'un spectacle si magnifique ' ».
Les mystères, pris dans leur ensemble, étaient, pour la foi du peuple, de grandes fêtes édifiantes. Jeunes et vieux s'en promettaient une grande joie longtemps à l'avance; elles demeuraient dans toutes les mémoires et exerçaient une heureuse influence sur la vie morale. Le sujet, comme celui des tragédies grecques, avait l'immense avantage d'être familier à tous; quelques traits bien marqués suffisaient pour faire reconnaître tout de suite une ancienne connaissance dans chaque type familier à son imagination. Le peuple retrouvait avec bonheur ces personnages dont les paroles lui étaient si connues, et qui lui étaient apparus si souvent, dès son enfance, dans les sculptures et les tableaux des églises. Il les voyait avec joie sortir, pour ainsi dire, de leur cadre, et s'avancer vers lui, pleins de vie, sous les traits de ses propres enfants. La sympathie d'une foule animée des mêmes sentiments, qui regardait l'assistance aux mystères comme une sainte action, le nombre considérable d'acteurs de toute classe, rendaient
1 FiaunD, Frankfurter Archiv., t. III, p. 131, 158. — KniEGK, p. 439. a Voy. WiLKEN, p. 138-142. — GnAFE, p. 62. — Voy. aussi Schreiber, Theater zu Freiburg, p. 25. — WiCKEKNAGIL, Geschichte der deutschen Literatur, p. 312-313.