NOUVELLE THEOSOPHIE DE RE UC H LIN
la plus grande somme possible de bonheur, et jouira dans l'autre de la béatitude éternelle1. »
Pour exposer ses théories, Reuchlin avait publié deux importants traités : la Parole miraculeuse'1 et la Science cabalistique3. Il y pose les fondements d'une théosophie à moitié mystique, à moitié rationaliste.
Voici les principales données de ces savants ouvrages : Le monde visible n'est que le pâle reflet d'un monde invisible; il existe entre ces deux mondes d'étroites relations. A ce principe vient se rattacher la croyance au pouvoir magique exercé par les éléments terrestres sur les forces qui leur sont associées dans le monde céleste. Les lettres de la sainte Écriture, dont chacune se trouve dans un rapport surnaturel avec les anges chargés du gouvernement du monde inférieur, sont considérées comme ayant le mystérieux pouvoir d'unir aux esprits célestes le monde extérieur. A l'énoncé de certains mots, Dieu lui-même apparaît aux yeux de notre esprit, et vient en même temps habiter notre âme. Reuchlin, pour justifier l'interprétation des cinq livres de Moïse d'après la cabale, prétendait que si une sagesse secrète n'y eût été cachée, ils n'eussent en rien différé d'autres écrits de législation et de morale. D'après Reuchlin, Moïse avait reçu de Dieu l'art de disposer les lettres de la sainte Écriture de cette façon mystique; de Moïse il avait été transmis à Jésus, de Jésus, par la tradition, aux Septante, et de ces derniers à la communauté des Ésotériques. Le système de Reuchlin le conduisait à penser que Pythagore avait tenu pour vrais presque tous les articles de la foi chrétienne. Mais d'après la philosophie pythagoricienne, la foi, disait-il, ne peut être soumise à aucune opération logique, car l'entendement à lui tout seul ne saurait fournira l'homme de justes not ions touchant les bases de la religion ; aussi la foi ne se donne-t-elle pas comme le résultat de la réflexion et du raisonnement humain, mais bien pour la conséquence d'une révélation divine.
Reuchlin était bien éloigné de vouloir, par ses théories philosophiques et mystiques, porter la moindre atteinte au christianisme ou à l'Église; il se flattait bien plutôt d'avoir, au moyen des livres juifs, allumé un nouveau flambeau à la lueur duquel les dogmes
1 Voy. ces passages dans Geiger, Reuchlin, p. 169, 176. « L'esprit de Reuchlin était confus et enclin au mysticisme », dit Geifer (p. 195). Ses connaissances scientifiques étaient incomplètes. Il ne s'éleva jamais jusqu'aux hauteurs de la philosophie. Jacques Margolith, de Ratisbonne, savant Juif qui ne manquait pas de mérite, cherchait à détourner Reuchlin de son engouement pour la cabale : ■ Ne forte sapientia multiplicet ei damnum plus quam perfectum. • Heuchlm't Briefwechsel, p. 53-54.
2 De r,erbo mirificu (1494).
De arte cabbalistica (1517).