VIOLENTES ATTAQUES DE R EUCH UN
interdire le Miroir des yeux, ordonnant la saisie de tous les exemplaires du livre, sous peine d'un châtiment sévère.
Rcuchlin fit alors paraître sa Défense contre les calomniateurs de Cologne l. C'est un des pamphlets les plus virulents de l'époque.
S'adressant à l'Empereur, auquel il dédie son ouvrage, Reuchlin prétend que ce n'est pas le zèle pour la foi qui inspire les théologiens de Cologne, mais uniquement le plaisir de lui nuire, le désir de l'écraser. Ils ne mérilent pas, à son avis, le nom de théologiens, ce ne sont que des théologastes ; gens habitués non à scruter la vérité, mais à discuter éternellement sur des mots; ne visant pas à la pureté des mœurs, mais souillés de toutes sortes de vices et de hontes. D'ailleurs l'expérience le disait assez : les bons étaient toujours persécutés et calomniés par les méchants. Homère lui-même avait été exposé aux injures d'un vil calomniateur. Aux talons de tout homme eminent s'attachait la calomnie. Les théologiens de Cologne n'avaient commencé la dispute contre les livres juifs que pour extorquer de l'argent juif. « Ils ont soif de l'or juif, et pour que cet or tombe en leur possession, volontiers ils proscriraient et brûleraient les Juifs, tandis que moi, je ne désire que la paix et le repos. » Quant au reproche qui lui est adressé d'avoir à dessein faussement interprété des passages de la Rible et des auteurs classiques, on ne saurait s'y attacher : il est permis de les concevoir autrement qu'ils n'ont été écrits ou entendus par leurs auteurs. On peut parfaitement leur attribuer plusieurs sens, pourvu qu'on n'en fausse pas la signification naturelle. D'ailleurs, un tel reproche est étrange dans la bouche de ses adversaires, qui ne sont en état de comprendre et d'apprécier ni la Rible, ni les écrivains classiques. En mettant même à part la question scientifique, la simple réflexion leur est inconnue; l'intelligence et la logique leur font complètement défaut. Ne pouvant suivre ses raisonnements, ils les tronquent, afin de pouvoir les réfuter plus aisément. Non-seulement ils sont incapables de les comprendre, mais ils sont décidés à ne les point écouter.
Non content de formuler de pareilles accusations, Reuchlin se laisse aller à des injures encore plus violentes contre des gens qui cependant ne l'avaient pas offensé personnellement. Il les appelle « moutons, boucs, pourceaux ». Il les accuse d'être pires que des animaux sauvages, et semblables à des bêtes de somme et à des mulets. Il les nomme disciples du diable, complices de l'enfer, et leur attribue un orgueil de démon. A l'entendre, dénués de toute science, ils n'ont pas de but plus relevé que de découvrir partout des hérésies; ils pensent, et ils ont quelquefois raison, venir à bout de leurs adver-
1 De/ensio J. Ilcuclilin contra calumniatores tuos Colonienses.