‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 389 sur 630 · LUTHER ET TETZEL · texte numérisé non relu

LUTHER ET TETZEL

semblables paroles, qu'était-il besoin que Luther affirmât ne point rejeter l'indulgence romaine1? De tels sermons remuaient et troublaient nécessairement la foi des fidèles. Plus tard, s'expliquant franchement sur les secrets mobiles de sa conduite passée, Luiher écrivait à Tefzel : « Restez calme, car la chose n'a pas commencé par moi, l'enfant a bien un autre père s! » « De graves abus s'étaient introduits dans le clergé », écrit-il dans un mémoire rédigé pour l'électeur de Saxe; « les États s'en étaient plaints, le Pape avait promis d'y apporter remède; mais comme ces abus n'avaient point été réprimés par ceux-là mêmes qui eu avaient la charge, ils commençaient maintenant à tomber d'eux-mêmes dans tous les territoires allemands. Eux seuls étaient cause du mépris dont les prêtres étaient l'objet, de leur réputation d'ignorance, d'incapacité, et de la méfiance générale qu'ils inspiraient. Or la déchéance du clergé, la cessation des abus, était déjà, pour ainsi dire, un fait accompli avant qu'apparût la doctrine luthérienne, car le monde entier était las des abus ecclésiastiques. » Luther attachait une importance capitale à ce qu'il appelait emphatiquement « sa doctrine ». A l'entendre, la religion lui devait son salut3.

Tetzel, en cent dix antithèses*, réfuta les propositions de Luther à l'Université de Francfort-sur-1'Oder, où il venait d'être promu au grade de docteur en théologie (1517). Ces antithèses exposent avec clarté et concision la doctrine de l'Église sur les indulgences. Tetzel y insiste surfout sur les points suivants : les indulgences n'effacent pas le péché; elles ne font que remettre les peines temporelles que le péché a méritées, à condition qu'il ait été préalablement regretté et confessé; la doctrine des indulgences n'amoindrit en aucune manière la foi du fidèle en l'unique efficacité des mérites de Jésus- Christ, puisque l'indulgence ne fait autre chose que substituer aux châtiments satisfactoires la Passion expiatrice du Rédempteur5. * Le

lSämmtl. Werke, t. XXI, p. 212-213.

* De Wette-Sf.idemann, t. VI, p. 18.

* De Wette, t. III, p. 439. — Sämmd. Werke, t. LIV, p. 63-64.

* L'opinion communément répandue que Tetzel aurait brûlé publiquement les thèses de Luther, n'est pas fondée. Voy. Gröne, p. 122-126. Les Antithèses de Tetzel furent brûlées par les étudiants de Wittemberg sur la place du marché. Voy. sur ce fait les lettres de Luther du 21 mars et du 9 mai 1518. De Wette, t. I, p. 98-99, 109, et les passages cités par Burckhardt, Luthers Briefwechsel, p. 10. L'auteur de l'article sut- Wimpina, dans le Mairuer Catholik, Neue Folge, t. XXII, p. 129-132, a prouvé que Tetzel était bien l'auteur des antithèses, et non Wimpina. — Voy. aussi Gröne, p. 74-81. • Quiconque lira les antithèses de Tetzel •, dit Hefele dans le Tübinger Quartalschrift (année 1854, p. 631), • sera forcé de convenir qu'il possédait à fond la difficile doctrine des indulgences, et que ses arguments sont incontestablement préférables à ceux du très-célèbre Dr Eck. -

* Gröne. p. 81-96.

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