PROJET D'UNE ASSEMBLÉE RELIGIEUSE A SPIRE
livres sacrés, ne parvint à le réfuter et à le vaincre ! Que si le premier opinant refusait de se laisser persuader, alors il faudrait le punir, selon qu'il l'aurait mérité '. »
De pareilles propositions semblaient aux autres Ordres, non-seulement les ecclésiastiques, mais les séculiers, « absolument extravagantes ». Mais on était impatient de voir la Diète se conclure. Aussi en toute hâte, le 18 avril, le procès-verbal fut-il dressé. Il « tenait compte, à la vérité, des vœux exprimés par les villes », mais au fond cette concession n'avait d'autre but que de les empêcher de protester, comme elles avaient menacé de le faire s, et par conséquent de prolonger la Diète.
Or ce procès-verbal renfermait des contradictions insolubles3.
Les Etats s'y reconnaissaient obligés d'obéir à l'édit de Worms, et promettaient de l'observer toutes les fois que cela leur serait possible. Ils se déclaraient résolus à maintenir et à protéger la foi de l'Eglise universelle. Quant aux imprimés, ils promettaient de se conformer aux décisions précédemment prises4. Ils réclamaient la réunion d'un concile général sur le sol allemand, et exprimaient au légat toute leur reconnaissance pour l'appui qu'il avait promis de leur prêter auprès du Saint-Siège. Mais ils n'étaient pas d'avis d'attendre que le concile eût prononcé sur les points de foi controversés. Ils entendaient décider par eux-mêmes, et régler la manière dont, jusqu'à plus ample examen, il conviendrait d'agir touchant ces matières. Par l'entremise de conseillers instruits, expérimentés et intelligents, les Ordres, telle était leur conclusion, dresseraient la liste des nouvelles doctrines luthériennes, signaleraient les questions en litige, et exposeraient le tout en présence d'une assemblée générale de la nation allemande devant se réunir à Spire le 11 novembre. Tous les Ordres y comparaîtraient en personne, ou se feraient représenter par des « chargés de pouvoir compétents et éclairés »; alors on pourrait agir et conclure d'une façon vraiment utile. Entre temps, le saint Évangile et la parole de Dieu seraient prêches d'après * le sens littéral et véritable", et selon l'interprétation des docteurs approuvés par l'Eglise universelle. On ne souffrirai! pas qu'à l'avenir il servit de prétexte à des émeutes ou à des scaudales5.
1 Erklärung der Städteboten vom (jeudi apres Misericordias Domini, \\ April, Frankfurter Iieic/islagsacten, t. XXXIX, p. 375-37G.
s ' Rapport de Clément Kndres le 13 mai 152 ï, Trierischen Sachen und BricJ 'schaffen, fol. 79.
3 Voy. l'instruction papale adressée aux nonces résidant à la cour impériale, fin d'avril 1524, et le bref adressé à l'archiduc Ferdinand daté J u M mai, Balan, p. 339-348.
4 Voy. plus haut, p. 289-290.
'• Xcuc Sammlung der Heichsabschiede, t. II, p. 258.