LUTHER FT CARLSTADT
venu les trouver? S'ils étaient dans Terreur, pourquoi ne s'efforçait-il pas de les instruire avec bonté, au lieu de les injurier ou de les menacer du ban? Au reçu de cette lettre, Luther partit. Mais les conférences n'eurent aucun bon résultat. Un cordonnier, très-versé dans l'Écriture, prouva par des textes de l'Ancien Testament que Luther était dans l'erreur. Sur l'exclamation de celui-ci : « Mais c'est là me condamuer! »le cordonnier riposta : « Si tu veux être condamné, soit, je te tiens pour condamné, toi ef tous ceux qui parleront ou prêcheront contre Dieu et la vérité de Dieu. » « Je dus m'estimer fort heureux », rapporte Luther, < de n'avoir pas été lapidé ou couvert d'ordures, car quelques-uns me donnèrent au départ cette bénédiction finale : « Va-t'en, au nom de tous les diables, et puisses-tu te casser le cou avant d'avoir quitté notre ville ' ! »
L'électeur Frédéric ordonna à Carlstadt de quitter Orlamunde. 11 prit congé de ses ouailles en deux lettres adressées, l'une aux hommes, l'autre aux femmes de sa communauté. Ces deux lettres sont signées : André Bodensteiu, chassé par Martin Luther, sans avoir été entendu ni réfuté. A ses amis de Saxe, il écrivit qu'au bruit que faisait Luther, à la rage qu'il laissait percer, on pouvait assez reconnaître l'effrayant châtiment de Dieu sur ceux qui ne recevaient point sa grâce. Luther était un homme emporté, sans aucun jugement, « un âne cornu », sur lequel s'exerçait visiblement le courroux du Seigneur.
Proscrit, Carlstadt se rendit à Strasbourg, puis à Baie. Un grand nombre de prédicants, parmi lesquels Zwingle et OEcolampade, se rattachèrent à sa doctrine de l'Eucharistie2. Vers la fin de 1524, il
1 De Wette, t. Il, p. 579. — Voy. les œuvres de Martin Reinhard, prédicant de léua et ami de Carlstadt. Wen sich Dr Carlstadt mit Dr Luther beredt zu Iena et Die Handlung Dr Lulher's mit dem Ruth und Gemeine der Stadt Orlamündi-, dans Walch, 1. W, p. 2422-2435.
s Cette doctrine avait déjà été préchée par lu hussite Martin llauska : « Quod in sacrainento altaris non sit verum corpus Christi et ejus sanguis, sed soluni pauis.qui est Signum, soluni cum sumitur. corporis et sanguinis Christi. Lorenz v. Brezowa, dans IIofleu, Geschichtschreider, t. I, p. 451. La doctrine de Carlstadt trouva en Saxe comme à wittemberg et dans tout le sud de l'Allemagne de nombreux partisans. Voy. les documents cités par llagen, t. III, p. 103-105. Le traité d'OEcolampade sur la Cène produisit le plus j^rand effet. Érasme, au grand déplaisir de son ami Ulrich Zazius, s'exprima sur le même sujet d'une manière vague et embarrassée. « Si seulement », disait Zazius, « j'avais autant de capacité que j'ai de courage, je me jetterais dans la mêlée! si les Pères des premiers siècles n'avaient pas combattu les hérésies plus énergiquement que nous ne le faisons, que serait devenue l'Église ? OLcolampade est l'un des hommes les plus dangereux qui existent. La froideur d'Érasme me blesse; lui qui n'a rien à craindre n'emploie ni sa foi ni sou génie à réfuter les hérétiques ! Malheureux temps que les nôtres! Non-seulement le pauvre peuple, mais les plus savants des hommes sont entraînés dans l'erreur, et personne ne croit plus à la révélation du Christ! - Voy. Stinzting, Ulrich Zatiu», p. l~2.