CHAPITRE
La révolution qui venait d'éclater renfermait les éléments les plus disparates et formulait les prétentions les plus variées.
« Un grand nombre d'insurgés », écrit un contemporain, « se bornaient à revendiquer le droit communal, le rétablissement de leur antique système judiciaire, la remise en vigueur de leurs anciens usages, l'allégement des charges et des corvées; d'autres refusaient nettement foute servilude et entendaient commander à leur tour. Quelques-uns ne voulaient obéir ni aux princes ecclésiastiques, ni aux seigneurs temporels, et disaient ne dépendre que de l'Empereur. Mais la grande majorité des révoltés et des incendiaires voulait, avant tout, partager avec les riches argent, propriétés, privilèges, champs, forêts et pâturages, car, disaient-ils, d'après la sainte Écriture, les biens de la terre appartiennent à tous, et il ne doit point y avoir de distinction entre les hommes. De par le droit divin, nous sommes tous égaux devant Dieu. » Sur ce point, les déclassés, les dépossédés des campagnes étaient entièrement d'accord avec les insurgés des villes. Les nombreux agitateurs qui s'offraient pour les diriger, prêtres apostats, moines échappés de leurs couvents, nobles dissolus, avocats et greffiers sans ressource, soudards, compagnons ouvriers, aubergistes ruinés et autres gens déclassés, n'étaient occupés qu'à mettre le feu aux poudres et à exciter toutes les convoitises1. Éberlin de Giinzbourg résumait dans ces courtes paroles le but avoué de la révolte: « La richesse pour les pauvres, la domination pour les sujets, l'égalité pour tous*. »
1 Contra M. Luthrrum cl f.iitluru/iismi fautores, fol. 15.
2 Voy. Riooi kbagb, p. 243. - Et cependant », disaiL Eberlin, « l'égalité est une irréalis.iiilc utopie. Car même si l'on mettait en commun tous les biens de la terre, les gens dissolus, les joueurs, les débauchés ne laisseraient pas longtemps la Cbose en même état, ils dissiperaient leur part, et réclameraient ensuite un nouveau partage. Or les autres ne voudraient pas y consentir, et se verraient bien