‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 225 sur 573 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

ANTAGONISME ENTRK I.UTHHRIRNS ET CALVINlSTF.S A DATF.R DE LA PRO- CLAMATION DU FORMULAIRE DE CONCORDE.

Tandis que los th^'ologiens et les prédicants de toutes les opinions s'unissaient pour combatre sans relâche « l'Antechist de Rome, la prostituée do Babylone et toute l'engeance idolâtre du papisme <), ils n'avaient j)oint la paix entr'eux, ne cessaient de s'entredécliirer, et tournaient contre eux-mêmes les armes de calomnie et d'injure grossière dont ils se servaient pour combattre les Catholiques. Toutes les accusations portées contre l'Eglise par les Protestants : perversion du peuple, idolâtrie, culte du démon, ils se les adressaient réciproquement avec la même violence, citant continuellement la Bible, prétendant en être les seuls véritables interprètes, et traitant leurs adversaires de fus de Satan et de maudits. « I.es théologiens en délire semblent vraiment ivres de fureur, » écrivait le protestant Dommarein en IGIO; « ils ont tellement envenimé et accru la funeste dispute qui divise les chrétiens depuis qu'ils ont abandonné le papisme, qu'à l'heure actuelle le mal semble irrémédiable, et Ton ne voit nul moyen de mettre un terme aux pamphlets, aux sarcasmes, aux injures, aux calomnies, aux excommunications, aux anathèmes qu'ils se renvoient les uns aux autres^. »Les écrits de controverse se multipliaient à un tel point qu'au dire d'un contemporain « la lumière du soleil en était obscurcie ». « Deux fois par an, » écrivait

* Kiirtze Information, (1610) p. 335. Le théolosfien calviniste hollandais Jacques Arminias écrivait en 1591 à Grynäus : « Confusio opiniorum et haeresium apud nos est incredibilis : nihil tam certam olim, quod non in dubium vocetur, nihil tarn sanctum, quod a blasphemia immune. » « Relii^iosus saneprisci illi patres sacra tractarunt, quam nos facimus, nec non illi nos superant, quos Pontificios appellamus, sacrorum reverentia ». Bra?«tii, Vila J. Arminii (Ed. de Mosheim, 1725), p. 21. Le savant chancelier danois Harald Huitt'eld écrivait : « Avant le changement de religion, nous n'avions qu'un seul évèque, le Pape. Maintenant, au lieu d'un, nous en avons un très grand nombre. En Allemagne, tout prince soidisant réformé en a un. Chaque pays a ses cérémonies, ses docteurs, ses scribes, qui ne combattent pas les ennemis de la Chrétienté, mais luttent les uns contre les autres avec acharnement. » Pontoppidan, t. 111, p. 5-t'. ** Sur les insultes dont les nouveaux croyants s'accablaient réciproquement, voy. la complainte de Goldenhauer (1537), dans Döllinger, Reformation, t. Il, p. :JU5.

Page 1