CONTRE LES (( ATTENTATS SANGLANTS )) DES JÉSUITES
André Lonner était douéd'une puissance d'imagination plus vivo encore. Dans un discours prononcé « devant les honorables et savants seigneurs de l'Université de Giessen » pour l'inauguration solennelle d'un établissement d'enseigfiement (sermon imprimé en 1612, et que l'auteur eut l'audace de dédier au comte palatin Wolfgang Guillaume deNeubourg), il s'écriait : « U princes de l'Empire romain, vaillants chevaliers et protecteurs de la doctrine évangélique. croyez-vous être en sécurité tant que vivront les Jésuites? Ils ont juré de vous faire périr, vous et tous vos conseillers I Déjcà quelques-uns d'entre vous sont désignés à leur poignard, déjà ils ont envoyé vers vous leurs émissaires homicides; mais je dis mal, ce n'est pas quelques-uns d'entre vous qu'ils veulent faire disparaître , c'est vous tous; ils veulent qu'aucun de vous ne demeure pour pleurer sur les malheurs de l'état et de l'Église. » « Ils ne veulent que votre ruine ; ils n'attenteront pas seulement à votre vie, mais à votre honneur, à vos biens, à l'honneur de vos femmes, de vos sujets, à tout ce qui vous appartient. Savez-vous quel supplice ils méritent? Qu'on les pende, ces régicides, aussi longtemps qu'il y aura des arbres! si l'on recule devant tant de gibets, du moins qu'on les expulse de la terre allemande! » « Leurs collèges sont les ateliers du diable, des écuries où pourrissent tous les fumiers. Qu'on brûle ces maisons de perversité, et dans ces maisons qu'on les brûle euxmêmes ! » « Leurs cryptes, leurs caveaux, leurs chambres souterraines sont remplis de piques, d'épées, de lances, de hallebardes, de haches, de poignards, de canons, d'engins de mort de toute sorte. Ce que je dis n'est pas une invention, car un mensonge serait indigne d'un tel auditoire (les professeurs de l'Université). N'a-t-on pas découvert récemment au collège de Prague, quantité d'armes à feu 1? » « Le jésuite Christophe Ziegler a dit après la mort de
Elle mit au monde Loyola.
Lorsqu'elle vit le monstre, et son sinistre visage,
« Tu es encore plus hideu.x que ta mère ! » s'écria-t-elle.
Et elle en rougit de honte !
Quelquefois, le diable prenait parti contre les Jésuites, comme par exemple clans •c un f^rand miracle » relaté en 161S par « une très viridique gazette ». A Molsheim, dans leur collège, les Jésuites avaient fait représenter une comédie dans laquelle Luther, déguisé en Judas, devait être emmené par le diable, afin de bien édifier les élèves sur les Luthériens. « Mais lorsque le onzième diable (les apôtres étaient déguisés en démons) voulut se jeter sur Luther pour le déchirer, apparut un treizième diable, effrayant à voir, lequel se rua avec une fureur non pareille sur l'acteur qui avait saisi Luther, et le mit en pièces en présence de tous les assistants. Ce diable arracha le cœur et les entrailles du malheureux. Les assistants, saisis d'horreur, tremblaient et frémissaient, et bien que les Jésuites eussent défendu à tous, sous peine de mort, de jamais parler du prodige, cependant il se trouva un Nicodème pour le révéler. » Ehrenkräne lein der Jesiiiler, voy. plus haut, p. o7U, note 3.
' Nous reviendrons plus tard sur cette fable.
COiMRE LES «' ATTEiNTATS SANGLANTS )) DES JLSUITES. 60o
l'archiduchesse Dorothée-Ursule de Wurtemherg, qu'il espérait que le duc aussi mourrait bientôt, et qu'alors tous les moines et chanoines, tous les clercs et tous leurs dévots prendraient possession du pays, et feraient périr tout ce qui s'opposerait à eux.» « Les Jésuites affirment que le Christ et saint Jean n'ont été que d'habiles, sorciers. » « Ce sont des serviteurs d'idoles, des antechrists, des scélérats, des séditieux, des entremetteurs, des sodomites, des impudiques, des bourreaux, des sorciers archidiaboliques! Pour punir les grands criminels, des châtiments rigoureux ont été ordonnés par nos lois : la mort par le glaive, la confiscation des biens, le bûcher; autrefois on les donnait en pâture aux bêtes féroces. Maintenant c'est la coutume de les couper en morceaux; moi-même, entouré d'une foule immense, j'ai vu périr un malfaiteur de celte manière à Brunswick. On lui a arraché les doigts avec des pinces brûlantes ; on a partagé son corps en quatre morceaux. Et vos Jésuites, vos traîtres, vos assassins, ces hommes d'une méchanceté surhumaine, ces réceptacles de tous les vices, ces monstres, auxquels votre lâcheté permet d'attirer tous les maux sur votre patrie et sur l'Empire romain, ces fauteurs de trouble, qui veulent anéantir notre Église par le fer et par l'incendie, vous souffrez qu'ils respirent le même air que nous ? Qu'on nous en délivre! Jésuites, disparaissez de la terre! Vous ne pourrez plus, désormais, envoyer dans le monde entier vos émissaires armés de poignards, ni préparer des torches enflammées pour les jeter sur nos provinces! » « Si l'on ne veut mettre à mort les Jésuites, comme ils l'ont mérité par leurs forfaits, du moins qu'on les expulse le plus tôt possible ; sans cela l'Empire s'écroulera ; les Allemands perdront leurs biens, leurs terres, bientôt leurs femmes, leurs enfants, jusqu'à ce qu'eux-mêmes périssent, engloutis dans un immense bain de sang *■ î »
' Re/egatio Jesuitarain ex omni bene ordinata republica, 1612. Voy. surtout la dédicace, puis pp. 27-20, 47-49, 5o-o6, 65-66, 80-81, 8i-8o. Un savant qui est l'un des adversaires les plus passionnés des Jésuites, Krebs [Publicistik, p. 68), dit au sujet de cet écrit : « Tout ce que la haine contre les Jésuites avait pu inventer et mettre au jour jusque-là. Lonner s'en servit pour mieux convaincre les princes de la nécessité de les chasser de tout état bien organisé. Si l'on songe que Lonner ajoute foi aux nombreuses et ineptes calomnies dont il se fait l'écho, qu'il les orne et les grossit lui-même, grâce à sa fertile imagination, on aura une idée approximative de ce que peut être ce livre. Cependant, pour le juger équitablement. il faut en apprécier la forme. Lonner possède un art incontestable d'écrire avec aisance et de soutenir l'intérêt du lecteur. Il a d'heureuses saillies, et dispose d'un vocabulaire d'injures d'une inépuisable richesse. Mais il" abuse de son talent de la manière la plus honteuse. 11 est rare, même à cette époque, de rencontrer un pareil penchant pour l'ignoble, une vulgarité plus révoltante. »
606 LA. l'RfSSSE ÜEVK.XUE Ui FLKAU DE L EPOQUE
C'est dans l'ardeur passioni)ée de cette « guerre intellectuelle » toujours renaissante, c'est lors(|ue les écrivains et les prédicateurs excitaient à l'envi les passions populaires, qu'éclata la guerre exterminatrice connue sous le nom de guerre de Trente ans. « Les forces vives des intelligences, les sciences, les arts, tout ce qui est pur, délicat, comme s'en plaignent les contemporains, semblaient avoir péri sans retour dans de vaines disputes, des querelles, des malédictions, des imprécations interminables. La presse, au lieu do contribuer à élever, à ennoblir la masse de la nation, exerçait sur l'espritpublic une influence funeste et sauvage. Point d'auloritélaïque ou ecclésiastique qu'elle n'eût insultée ou calomniée ;pointde dogme qu'elle n'eût tourné en dérision. Les versets de la Sainte Écriture servaient d'aliment à une présomptueuse soif de nouveauté^ à l'aveugle frénésie des sectaires. Les adorables doctrines du Christiatjisme sur la miséricorde envers les pauvres et les malades, les œuvres de pénitence, l'amour des ennemis, semblaient presque entièrement effacées dans le cœur de ceux qui se vantaient d'être les instituteurs et les meilleurs amis du peuple. La plupart des productions littéraires de l'époque ne sont que l'expression de l'effroyable haine qui couvait au fond des ûmes. La presse était devenue le fléau du siècle. Dans une mesure toujours croissante, d'innombrables scribes semaient partout la méfiance, le soupçon, l'envie, les ressentiments, attisaient toutes les passions, et « semblaient n'avoir d'autre butque d'exaspérerles ressentiments des'princes, des grands, du peuple, afin de stimuler le glaive />. Aussi était-ce avec raison que le «simple la'ique» s'étonnait, en 1617, qu'un massacre général n'eût pas depuis longtemps mis fin à tant d'excitations haineuses ^.
' Voy.plus haut, cli. xxiv.»* Dans la, Responsuni de recuperanda Saxonia,^nblié par Schwarz [Zehn Gutachten, pp.o2 et suiv.),il est dit que la presse fut pour les nouveaux croyants un puissant moyeu de propager leurs doctrines. Les novateurs, en effet, surent s'emparer de l'opinion publique. Les Catlioli([ues n'opposèrent la plupart du temps qu'une faiijle résistance à la dill'usion des écrits de leurs adversaires, au lieu que ceux-ci empêchaient le plus cprils le pouvaient les réfutations catholiques. Tous les livres catholiques qui tombaient entre leurs mains étaient détruits, anéantis.' C'est ce qui explique l'extrême rareté des écrits de controverse catholiques du xvi« siècle. Le livre de Hoffiaeister sur le Concile et les articles de Smalkalde fut confisqué et détruit par le Conseil de Golmar. Aujourd'hui, il n'en reste qu'un seul exemplaire (bibliothèque de la ville de Golmar) (Voy.PACLUS, Joh. Hojfmeister, p. 94). L'auteur du mémoire sur la restauration du Catholicisme en Saxe supplie ses corelig;ionnaires de composer, de propager de bons écrits catholiques, capables de produire un bien réel. Le dominicain lîarthcleiui Kleiudiensl