‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 469 sur 573 · PSEUDO-PETRUS · texte numérisé non relu

PSEUDO-PETRUS

Qu'elle est belle ! (a Poiyiogus.) Et toi, ferme ta g. . .

SACROPHILA, assise sur le dragon .

Mon bien-aimé maître ne voudrait-il pas goûter le vin dhonneur? Et vous, messeigneurs ! Buvez tous à votre soif, buvez, buvez! Que chacun en prenne autant qu'il en veut! Que la coupe se remplisse sans trêve entre vos mains !

Le Pape s'agenouille à ses pieds et dit :

« 0 déesse, reine de l'univers! Je t'en prie, si cela ne te déplaît

»P. 103 et suiv.

paS; viens avec moi et verse-moi Ion divin breuvage I Je veux qu'il me désaltère jusqu'au matin... «

Le Pape lui fait un signe et sort avec elle. Les paysans entrent alors en scène. Os déplorent la mort de leur bon roi. Légèrement ivre, Tetzel les accoste et réclame de l'argent. Les paysans refusent; mais, quand Pseudo-Petrus reparaît et les menace de sévères châtiments, ils se résignent à leur sort. Dans la scène suivante, Pseudo-Petrus entend parler du chevalier Martin et de ses premières démarches; on se demande déjà comment on pourrait le rendre incapable de nuire; il est question d'un poignard ou dune « petite soupe welche ». A ce moment, Martin paraît (une note marginale porte : 1516). Il se plaint amèrement de son frère :

« Mon père (que sa mémoire soit bénie!) avait laissé un testament; il avait accordé à son peuple de grandes libertés et privilèges. Mais que fait mon frère Pseudo-Petrus ? Il opprime le peuple; il lui impose des chaînes aussi pesantes que celles du vieux Pharaon. Il se livre à la paillardise, à la bonne chère; il s'enivre, il vit comme un pourceau, et cependant il veut passer pour un ange ! »

Au second acte, l'auteur, dans le même style, rapporte la conversation de Luther avec Gajetan; au troisième, nous voyons Luther à la Diète de Worms; nous assistons à ses disputes avec Thomas Munzer, Carlstadt et autres. Le quatrième acte retrace les débuts de Calvin et la prétendue ligue du Papisme avec le Calvinisme pour l'extirpation de la doctrine de Luther. Enfin le cinquième acte, dont nous avons déjà parlé, montre la victoire de ce dernier par l'intervention de Jésus-Christ, le tout sans développement, sans aucune préoccupation d'art ou de goût. Le Pape reste l'objet principal de la haine de l'auteur, mais Zwingle et Calvin ne sont pas beaucoup mieux traités. Dans une scène où il est question de l'abolition de la musique d'église chez les Calvinistes, le chef des choristes demande aux mineurs de Mansfeld :

Ces messieurs écoutent-ils volontiers la musique ?

LE CHEVALIER JEAN (Calviu)

Tais-toi, idiot! Arrière les chantres rasés et dissolus I etc.

Le Spéculum mundi, ou miroir du monde, « belle comédie » de Barthélemi Ringwalt (1S90), est d'un genre différent; tout en étant surtout polémiste, elle stigmatise, en style rude et grossier, les mœurs corrompues de l'époque '. La Pure Vérité, du même auteur, avait eu

' Francfort-sur-l'Oder. Gœdeke {Grundri$s, t. II, p. S17, n» 17) indique trois éditions de cette pièce.

au moins cinq éditions', mais le poète avait éprouvé le besoin de dire encore au monde « cette vérité pure », * dût le diable et tous ses suppôts en crever de dépit. »

Nous voyons d'abord paraître Hypocras, gentilhomme campagnard. Il est de méchante humeur : les nuits qu il passe à boire avec ses amis lui réussissent mal; il voudrait presque quun paysan « trépignât sur lui » ; peut-être cela remettrait-il ses os en ordre. Son valet Reumans lui rend ce bon office et s'empresse ensuite, sur l'ordre de son maître, d'aller de nouveau inviter les trois gentilshommes avec lesquels Hypocras a passé à boire la nuit précédente. Entre temps, le jeune seigneur va au sermon; il entend le prédicant déclarer à son auditoire « que tous les ivrognes appartiennent au diable corps et âme » . Furieux, Hypocras menace le pasteur de sa dague et veut qu'on le chasse immédiatement du village.

Vient ensuite l'orgie des quatre gentilshommes. Un drapier, venu pour apporter à Hypocras l'argent qui lui est dû pour prix de la laine de ses moutons, est invité à prendre part au repas. Reumans, le serviteur, est sommé de chanter une chanson à boire : Ivrogne de la vallée de Joachim :

t Quand je pense que je vais me griser, le cœur me saute de joie ! Jamais je ne chante mieux que lorsque je suis complètement soûll... Je puis crier à tue-tête, faire mille folies, et le soir demander la main d'une belle! N'est-ce pas ainsi que finissent tous les fous?... Et pourtant j'ai bien mal au cœur! je vomis sur la table; j'essuie souvent ma fraise, et souvent mon pourpoint!... Je suis aussi parfumé qu'un pourceau!.. Gela ne s'appelle-t-il pas s'amuser?»

Le drapier, parce qu'il refuse de boire autant que ses compagnons, est rossé de bonne sorte par les gentilshommes; il leur fait des remontrances et les traite de brutes :

t Gomment se fait-il, outres pleines, qu'ayant entendu aujourd'hui la leçon de votre curé, vous vous soyez encore grisés ce soir? »

Alors Hypocras, furieux, s'écrie : « Il faut tuer le traître ! » Il dégaine, les trois gentilshommes en font autant, et le pauvre drapier s'enfuit à toutes jambes.

On envoie chercher le curé; il défend son dire; mais, pour le remercier de son sermon, Hypocras en fureur lui signifie son congé.

Le curé dit adieu à ses ouailles, prêche l'obéissance envers l'autorité et quitte le pays avec femme et enfants.

Au bout de peu de temps, les jeunes seigneurs se réunissent de nouveau. Un lièvre que les convives ont apporté pour le souper se change tout à coup en chat : « Regardez, regardez I » dit l'un

' Voy. Gœdeke, t. II, p. 215, n» 12.

d'eux , « quel air féroce il a! Ses yeux brillent comme des flammes, son poil est de diverses couleurs I... Si c'était le diable!... »

Mais Hypocras entend que rien ne trouble son plaisir; il se moque du diable^ danse, saute sur la table avec ses amis, tombe de son siège et est enfin emmené pur trois démons : Malus, Peior et Pessimus.

« Il mugit comme une vache, il grogne comme un porc, il est entraîné bon gré, mal gré, dans l'éternel tourment de l'enfer. » Pessimus chante :

» Ci-gît Hypocras, homme admirable, décédé en Belzébuthl Rarement il a fait quelque chose de bon durant sa vie I II était corrompu de corps et d'âme; il faisait peu de cas de l'homme ou de la dignité humaine; il a entraîné dans le vice plus d'un brave cœur, il a visité plus d'une fille sur le gazon ou dans l'écurie. C'était, à dire le vrai, un renard malfaisant, qui contra Deum vixit, sepultm sine lux et crux, et subito morixit I Allons, viens, viens, pieux renard; qu'il te soit fait selon tes œuvres ! Nous allons rôtir ta peau graisseuse dans le brasier de l'enfer! »

Le parrain du curé congédié se présente; il exhorte les spectateurs à la pénitence et leur explique la seconde partie de la comédie.

Paraît d'abord un baron, qui prend à son service le saint pasteur congédié. Mais l'évêque du diocèse ne tolère aucun prédicateur luthérien et consulte un cardinal et deux chanoines, Porcus et Ruprecht, sur les moyens à employer pour se débarrasser du nouvel élu. » Nous avons empoisonné son prédécesseur, » dit le cardinal; « nous allons maintenant, pour celui-ci, employer la corde ou le bûcher. » « Sans le bûcher, la calomnie, l'assassinat et le poison, » observe l'un des chanoines, « il y aurait longtemps que le papisme n'existerait plus et que Luther serait au château Saint-Ange I » Les gens du cardinal attirent le pasteur dans un guet-apens, l'arrêtent et l'enferment dans un cachot. Là, il mourra de faim, ou bien on le jetera un beau jour dans la rivière. Avant de quitter les chanoines, l'évêque leur donne sa bénédiction :

Que la robe de Burcharl,

Beatrix, Appolonia,

L'indulgence de Bononia,

Et le siège béni du Pape

Vous gardent et vous protègent

Par la vertu de cette petite croix !

Mais leur complot échoue ; il leur faut se résoudre à attendre la mort du baron. Après le décès de celui-ci, l'évêque se met à l'œuvre, soutenu par le bourgmestre, qui lui donne la petite ville en fief. L'évêque donne l'ordre de jeter le corps du baron à la voirie. Le pasteur est

chargé de chaînes ; on l'emmène, tandis que sa fémme^ sur le point d'accoucher, se trouve mal à la suite d'indignes traitements. Le pasteur, « la bête hérétique, » est conduit devant l'évêque; il veut s'expliquer avec lui sur la vraie doctrine, mais on le s muselle comme un chien enragé ».

« Gardes, saisissez-le! liez-lui solidement les pieds et les mains, comme au mouton qu'on va égorger; liez-le fortement, vous dis-je; serrez les nœuds I Attachez-le à ce banc dans un coin, jusqu'à ce que nous le prenions avec nous à la maison, où nous ferons rôtir et fumer le jambon! »

Cependant les bourgeois se révoltent; l'évêque et ceux de sa maison prennent la fuite ; le pasteur est délivré, et l'on fait au baron de magnifiques funérailles. Alors paraît Tarchange Gabriel, une épée nue à la main ; il révèle aux spectateurs les abominables complots du cardinal et de l'évêque. Dans la ville du baron, dont on les a chassés, ils veulent faire massacrer tous les habitants en une nuit; personne ne sera épargné. Tout a été préparé; une troupe bien armée doit surprendre les bons chrétiens au milieu de la nuit, lorsqu'ils seront plongés dans un profond sommeil, et tous seront égorgés.

Conseillés par le démon Malus, l'évêque et le cardinal ont tramé, en elïet, cet horrible complot; mais Gabriel frappe de son épée le cardinal, que saint Paul appelle un monstre de calomnie et d'impudeur, et l'archange dit au démon Malus :

« Saisis-le, Malus, emporte-le dans les airs, puis laisse-le tomber au milieu d'un étang et que son corps y plonge avec bruit ! » Malus hésite :

« Ah! Gabriel, je n'ose t'obéir, car Lucifer est mécontent quand nous lui amenons ses bons serviteurs, ceux qui combattent sur la terre contre Michel ! Conduis-le toi-même à l'éternel tourment ! » Gabriel répond :

« Cela ne me regarde pas, ce n'est pas mon affaire ! Ma mission, à moi, c'est de faire entreries justes dans le royaume du ciel ; au lieu que toi, il t'a été commandé de conduire les méchants dans l'abîme. Donc, prends-le, et qu'il subisse le châtiment qu'il a si bien mérité; que les hommes te voient portant ce ver de terre bien haut, bien haut, au-dessus du clocher de l'église, afin que tous puissent contempler ce spectacle effrayant, et que ceux qui songeraient encore à s'attacher au Pape, à prendre son joug tout en sachant ses blasphèmes, frémissent d'épouvante !

Page 1