CAUSES DE L A. REACTION CATHOLIQUE EN BAVIÈRE
pables de triompher de la faiblesse humaine. » Le parti ouvertement luthérien, ne trouvant pas encore ces concessions suffisantes, protesta solennellement, avant la clôture des débats, contre toute doctrine opposée à la Confession d'Augsbourg ; en même temps ils se déclaraient exempts de toute erreur zwinglienne ou calviniste. Les chefs du parti menaçaient tout haut de lever l'étendard de la révolte si le duc refusait de leur donner pleine et entière satisfaction, et ne cessaient de parler de tout ce qu'avaient obtenu les Huguenots de France et les paysans du Pinzgau. « Ce qui s'est fait dans ces pays se fera ailleurs, » s'écria d'un ton menaçant le comte Joachim d'Ortenbourg 1 ; « le duc persécute le Christ*. » Pancrace de Freiberg dit « que tôt ou tard la Confession d'Augsbourg triompherait en Bavière, que le prince le voulût ou non, et qu'il n'y avait qu'à laisser Taire les paysans du Pinzgau ». Osewald d'Eck ajouta d'un air de mépris qu'il fallait laisser faire au nom du diable ce qu'on ne pouvait empêcher, mais qu'il entendait être libre dans sa religion, et que le papisme n'était qu'un amas d'abus et de scandales 3.
En octobre 1563, le comte Joachim d'Ortcnbourg annonça à ses vassaux « qu'ayant été délivré par la lumière du Saint Esprit des ténèbres du papisme, la reconnaissance lui imposait le devoir de faire participer ses sujets au bienfait qu'il avait reçu du ciel ». Son prédicant, l'arquebuse au poing et revêtu d'une cuirasse, monta ensuite en chaire.se répandit en invectives contre « le pape Antéchrist, les moines, les nonnes et tous les courtisans du diable », et déplora qu'en l'espace de cent ans l'Allemagne n'eût pas eu un seul empereur véritablement chrétien. « Le comte, » écrivait le duc Albert à l'Empereur, « excite mes sujets contre moi et les pousse à la révolte; il répand des livres corrupteurs, il soudoyé des écoliers et autres de ses créatures et les envoie faire des lectures dans les maisons particulières ou dans des lieux écartés. On voit partout des attroupements; les gens du peuple se rendent aux prédications en grandes troupes, parfois plusieurs milliers de personnes assistent à ces prêches clandestins; tous semblent ensorcelés, hors d'eux-mêmes; ils communient selon le rite sectaire, et sont animés d'une si grande ardeur et tellement entichés de leurs idées qu'ils ne veulent ni par amour ni par haine se laisser persuader et rentrer dans l'ordre. J'ai été obligé d'ordonner à mes cavaliers de surveiller le pays; les paysans brûlent de combattre, et n'ont pas le moindre
' Freybebg, Land&tände, t. II, p. .132.
1 v. Arkti.n, Maximilian, p. 132.
3 Fretberü, Landstände, t. II, pp. 353 334.