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LE CULTE DE HOLOGH A A HALBERSTADT

le chef suprême de leur abominable idolâtrie. La présence de leur père semblait tacitement approuver le culte de Baal. »

Mais Julius, le lendemain, lorsque le chapitre de la cathédrale était venu prier le nouvel évêque d'assister à la messe et de prêter le serment d'usage, avait déclaré « que ni lui ni son fils n'assisteraient à la messe, qu'ils no prendraient jamais aucune part à de semblables abominations, et qu'il ne consentirait à prêter serment que dans la maison des chanoines. Le nouvel élu avait ensuite fait partout publier que, bien qu'il eût revêtu l'habit ecclésiastique, il se tiendrait éloigné du culte papiste et persévérerait dans la Confession dAugsbourg, qu'il se proposait de défendre et de maintenir dans l'évêché.

Le chapitre et les Catholiques comprirent qu'ils avaient été indignement joués.

Cet événement mit toute l'Allemagne protestante en émoi.

ce Point de maison, point de repas, point de réunion si insignifiante qu'elle fût, » écrivait Pouchenius, surintendant de Lübeck, à Martin Chemnitz, « où l'on ne s'entretienne de l'impiété, indigne d'un évangélique, dont votre gracieux prince s'est rendu coupable, comme s'il avait complètement oublié toute crainte de Dieu et tout ce qu'il doit à son nom, car il a été jusqu'à livrer ses trois fils à l'Antéchrist de Rome, comme dans l'ancien testament les rois impies offraient leurs enfants à Moloch. » La faculté de théologie d'Helmstadt écrivit au prince que le Pape était la Bête décrite par saint Jean dans ses révélations ; que la tonsure était la marque distinctive de l'Antéchrist, et que Ton ne pouvait lajrecevoir sans encourir la damnation éternelle ; que le Christ et Bélial ne pouvaient avoir aucune société ensemble ; que le fidèle devait fuir l'infidèle ; que suivre les croix, les bannières catholiques à la suite du clergé papiste, c'était accepter le joug du démon et faire un pacte avec les impies.

Chemnitz s'exprima plus énergiquement encore : « Tout chrétien véritable, tout sujet d'un membre d'Empire évangélique, » écrivitil, v sait, à n'en pouvoir douter, que le Pape de Rome est le véritable Antéchrist dont la parole de Dieu a dévoilé l'iniquité, que sa religion est une abomination et une idolâtrie damnable, une superstition grossière, un abus odieux, et que l'ordre sévère du ciel est écrit au chapitre XVIIIe de l'Apocalypse dans ce verset : « Sortez de Babylone, mon peuple, de peur d'avoir part à ses péchés, de peur d'être touché par la contagion de ses plaies.» .Recevoir les ordres du Pape, recevoir la tonsure, ce signe de la Bête, s'appelle, d'après l'Apocalypse, avoir commerce avec la prostituée de Babylone, séduit par le désir cupide d'avoir part à ses richesses.

LR CÜLT8 D E MOLOCH A HALBERSTADT. 1578. 535

Si le duc me répond que jamais il n'a entendu approuveiTidolàtrie papiste, qu'il n'a fait que prendre part à des cérémonies indifférentes, extérieures, en s'imaginant qu'aussitôt après il lui serait facile de se débarrasser de toute superstition, peut-il parler ainsi et se croire en sécurité de conscience devant Dieu? pense-t-il avoir évité le scandale? 11 est impossible de servir à la fois le Seigneur et le démon *. »

Chemnitz et les prédicants du Brunswick ne se contentèrent pas de donner à cette lettre toute la publicité possible, ils attaquèrent le duc en chaire, le traitant de prince antichrétien, d'apostat, de mamelouk ; ils l'accusèrent d'avoir sacrifié ses jeunes fils encore innocents sur l'autel de Moloch, lui reprochant de plus d'avoir, par un édit récent, autorisé les juifs à séjourner en toute sécurité dans ses états i.

Les princes luthériens se montrèrent tout aussi indignés, témoignant une vive horreur pour « l'épouvantable scandale d'Halberstadt ». Les Electeurs de Saxe, du Brandebourg et du Palatinat ainsi que Louis de Wurtemberg exprimèrent aussi leur profond mécontentement d'un pareil scandale 3.

« Tous ces sermons, tous ces conseils finirent par exaspérer le duc, d'autant plus qu'il était fort peu édifié « des orgies, jeux et diaboliques ripailles » en usage dans les cours de ses mentors *. » Aussi, lorsque les trois Electeurs se tournèrent de nouveau vers lui pour le presser de travailler avec eux à l'adoption du formulaire dans toute l'Allemagne, il refusa net. avertissant les princes de se méfier « des théologiens ambitieux et querelleurs, dont la plupart n'étaient guidés que par leurs passions intéressées ». Il se plaignit avec amertume que, dans le nouveau symbole, des points de doctrine sur lesquels tout le monde s'était entendu précédemment eussent été de nouveau remaniés. 11 dit au sujet du théologien Timothée Kirchner qui, en sa qualité de professeur d'Helmstadt, avait signé avec ses confrères la lettre de la faculté de théologie si injurieuse pour lui : « Nous sommes persuadés que les théologiens do la Concorde sont aussi éloignés l'un de l'autre que le ciel l'est de

' Bodemank, Weihe und Enfährung, pp. 231-271.

* Voy. l'article intitulé. Die Juden unter den Iiraunchveifjischen Hercozen Julius und Heinrich-Julius dans la Zeifschr. des Histor. Vereins für Xiedersaehsen, 1861, pp. 244-306. Voy. Hachfkt.d, pp. 123-130. Hknke. H>-lrnsfädi. p. 17, note 2. Chemnitz, conseiller consistorial, fut destitué; lorsque son Gis Paul fut élu Abbé du couvent d'Egidius, Julius refusa de confirmer l'élection et confisqua les biens du couvent au proât de l'Université d'Helmstadt. Bodemann, p. 289.

* Bodemann, pp. 272 et suiv.

* Voy. Bodemann, Weihe und Einführung, p. 278.

53ß DIVERS JUGEMENTS SÛR LE FORMULAIRE DE CONCORDE. 1580.

la terre ; aucun d'eux ne peut vivre avec son voisin en bonne intelligence et charité. Tous n'ont en vue qu'une misérable gloire humaine et, la plupart du temps, n'agissent que poussés par des mobiles humains. » Kirchner fut destitué.

Le ducdéclara do plus que jamais il ne se mettrait sous les pieds des théologiens. « Dans le Brunswick, décrivait-il, «on les voit s'attacher aux habits de leur précepteur-nourrice Chemnitz; à tout ce qu'il propose, l'un dit oui, l'autre dit amen, et comme de petits écoliers, ils bégayentaprès lui tout ce qu'il radote. J'aimeà croire que les princes auront à cœur de ne pas imiter cette servilité, et qu'une nouvelle guerre protestante, un bain de sang, ne sortira pas de tant d'inutiles paroles; » « car, avec ces têtes orgueilleuses, avec ces gens envieux, on ne peut ni édifier ni entretenir les Eglises. Les théologiens prétendent nous imposer un formulaire de concorde tandis qu'au fond de leur cœur ils se détestent cordialement. Vous saurez un jour commenta été rédigé ce formulaire, comment celui-ci l'a signé pour complaire à celui-là, et comment ce dernier n'a agi que mû par des motifs tout humains. Quant à nous, nous l'avons appris à nos dépens *. »

Le 25 juin 1580, cinquantième anniversaire de la présentation de la Confession d'Augsbourg à l'Empereur Charles-Quint, le Formulaire de Concorde fut publié au milieu des plus vives démonstrations d'allégresse.

Jean Haintzel, bourgmestre d'Augsbourg, l'appela « le dernier miracle avant le jugement dernier 2 ». « Par une grâce toute spéciale du Saint-Esprit, » lit-on dans la préface de son livre, « les théologiens sont venus à bout de leur tâche difficile. Non seulement les erreurs des adversaires ont été réfutées, mais, à diverses reprises, on a pu les convaincre de mensonge. Le formulaire met le sceau et la dernière main à l'œuvre divine accomplie par l'Eglise luthérienne il y a cinquante ans. Il élèvo un mur de séparation indestructible entre cette Eglise et le Calvinisme. »

Malheureusement, le nombre des membres d'Empire protestants qui avaient tenu à rester en dehors de « cette œuvre grandiose »

1 Boi>eman'>', HerzoQ Julius, pp. 219-220, Rodf.maan, Weihe und Einführung, pp. 294-290.

* Gillkt, Cruto, t. II, p. 243.

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