L'ALLEMAGNE M O D E R N K
leur naissance, nous explique Hagenbeck ; les tigres, les lions, les panthères, les léopards adultes, dans des trappes où ils sont attirés [par l'appât d'animaux, généralement des chè\Tes et des moutons attachés à des poteaux et que leurs bêlements trahissent. Les hippopotames sont capturés tout petits. On apporte ces amphibies en Europe dans des bassins remplis d'eau, en les nourrissant d'une grande quantité de lait concentré. Les éléphants, les rhinocéros s'attrapent au piège ou, aussi, au fond des trous ; les zèbres, dans (h^ izrands fdets tendus où ils se jettent quand on a su les y conduire. On m'aamené des antilopes do Rhodt^ia à travers 150 lieues de désert, au milieu (i'unecaravn no do miiletset d'ânes qu't'ilt'ssuiviiicn!. « Je vais fairo ici même, ajoutc-t-il, un niuseo ou ser<.nt oxposés tous les systèmes de chasso et de capturo dt-s animaux féroces. J'y ajouterai ma cnll.'(>t lui de cernes d'animaux, qui est. jo crois, la plus complète qui existe, puisqu'elle contient ')UU ditTérentes espèces.')
Il nous conduit tlans une salie où a lieu pour le [tublie un exercice d'animaux dressés : quatre lions, doux lionnes, quatre tigres, quatre ours et deux grands chions danois. Un employé de M. Hagenbeck jouait avec ces bètes terribles au milieu d'uru' ^n':indo cage sans ces cris et ces airs ira Iniques des dompteurs de nos foires ; il les faisait obéir, sauter, changer de place, rouler sur des cylindres creux comme des animaux domestiques. Ils obéissaient sans empressement, mais aussi sans paraitro aucunement blessés, dans leur dignité de fauves, des ordres un peu brusques du belluaire.
a 11- ne pensent qu'à la récompense, me dit M. llageiibeek.
— Oui, comment arrive-t-on à les dresser ainsi? lui demandai-je.
— Par la douceur, seulement par la douceur — et la gourmandise ; les ours avec du sucre et des fruits, les lions et les tigres avec de la viande. Naturellement, il faut les habituer tout jeunes à se trouver ensemble et à obéir. A cette condition, ils ne sont pas plus dangereux que des chiens ou des moutons. J'ai eu des chè\Tes qui allaitaient des petits tigres et des tigresses nourrissant des chiens. Tout cela, en grandissant, ne f^iit plus rju'inu' l-nnillo.
« Il y a trente ans, continu.' llaunnh.'ck, dans les ménageries on domptait les lions avec le fer rouge, et on n'obtenait que des résultats diaitoux. toujours dangereux. 1(1. n.itio pédagogio r>t celle de Pestalozzi, douceur et sévérité mêlées, à peint- un léger coup de cravaclio {»our décider les bétes à se classer dans les exercices. Et los (lres.sages S(tnt bien ])lus sérieux, plus durables. Ainsi, jo mo promènerais fort bien dans la rue avoc mon grand tigre de Sibérie que voila, et je le laisserais sans crainte près des enfants et dos pouh^s, exactement comme on fait avec les chiens et les chat^. Il no faut pas lour faire de mal, les rendre furieux, leur faire peur — ni les atïamer, cela va de soi ! Même méthode (juo pour les enfants, exactement. Moi. je n'ai jamais touche un de mes enfants du Ixiut <lu doigt ; quand ils faisaient (}uol(iuo chose (le travers, je silllais un coup bref, et je leur montrais le doigt : c'était sufTisant. Dans ma longue carrière, j'ai dressé des hommes aussi. Je dresserais même des bellos-mères s'il lo fallait... Avez-vous une belle-moro a dresser? dit en riiint M. Hagenbeck, qui est au courant, comme on voit, des dernières plaisanteries du boulevard...
— Et vous n'avez jamais été blessé ?
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L'Aï, r, E ^\ A G N ï: m o d e k n r
— Une seule fois, en coupant l'ongle d'une panthère. Mais je fus vingt fois en danger de mort. Un éléphant m'attaqua de dos d'un coup de défense qui eût pu me tuer, et qui m'a laissé indemne ; un autre jour, un alligator, d'un coup de queue, me fit tomber dans un bassin où sommeillaient douze autres grands caïmans... Le jour où j'ai vu In mort do plus près fut celui où une locomotive lancée a toute vitesse frôla le pan de ma jaquette. iTiTt... Un centimètre de plus, et ce produit de la civilisât i< Ml me prenait une vio (}ue les animaux It^s plus sauvages avaient épargnée. »
« Et votre commerce consiste à vendre des animaux aux ménageries et aux souverains?
— Ce n'est là qu'une petite partie de mon commerce. Je vous ai dit que les instituts zoologiques d'Europe et d'Amérique m'achetaient des types d'animaux en vue de croisements. J'en vends aussi aux laboratoires de bactériologie. J'ai envoyé mon fils en Afrique acheter 2.000 chameaux au compte du gouvernement allemand au moment de notre dernière expédition coloniale. Lord Rothschild et d'autres seigneurs anglais m'achètent des cerfs, des daims, des chevreuils étrangers destinés à leurs parcs, et dernièrement j'ai reçu la visite de M. William Rockefeller et de M. K. Vanderbilt, qui venaient choisir aussi des animaux qu'ils voulaient croiser pour leurs chasses. »
Je lui demande quels animaux il préfère.
« Oh ! je vis avec les bètes depuis «inquante-cinq ans, et je les aime toutes autant, fit-il.
— Mais si vous les aimez, pourquoi les réduisez-vous à la captivité? Vous devriez
souffrir de penser qu'elles sont malh reuses ainsi, fis-je pour voir...
— C'est dans le but de les rendre plus heureuses que je veux leur d»»nner la liberté dans le Paradis terrestre, répondit -il.
— Et quels sont, selon vous, les plus intelligents parmi les animaux sauvages ?
— Les éléphants, les phoques, les otari< s ],s morses... oh ! les morses surtout. Si on peut les avoir jeunes, on en fait ce (]ir n veut, y on ai reçu un âgé de quatre mois et (}ui pesait 40 kilos. Deux ans après, il pH>ait e " * kilos, et il iui fallait 80 livres tlo pMiissi.'ns \k^v y>uv. \-'-> ni. ■!->.> adultes arrivent à peser 2,0<>' kiLs... Lmien, je l'avais dressé comme un rhim ou un chat. Il sortait de !"eau. si tiairutit jusqu'à moi au moindre appel, j,. };.j avais appris à agiter une stMineîte }'ou! co>mmander son repas. On lui demandait s'il voulait manger, il repondait oui. Il disait papa et maman. Et si je lui jrtais une pièce de 50 pfennigs dans un i'as>in. il plongeait et la rapportait. »
Cette journée finit trop vite. Comme elle est bizarre la curiosité que nous éprouvons vis-à-vis tous nos frères sauvages... \'ientelle du respect atavique que nous conservons pour leur force et leur cruauté, mêlé au sentiment de sécurité- que nous donnent les solides barreaux de leurs cages? Mais je sais que j'aime encore les récits de chasse aux animaux féroces et les histoires qui les concernent. J'éprouve à fixer leurs yeux cruels une émotion violente qui surexcite ma combativité...
Je rêve d'être bien cuirassé et bien armé, d'aller au-devant de ces vieux ennemis de la race humaine et de les égorger ou de les étouffer, comme racontent les légendes, dans un corps- à- corps. J'envie le dompteur
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qui les cravache. J'aime à les voir dépecer en grognant les viandes saignantes, et je voudrais assister à un carnage colossal de tigres, de lions, de panthères, de rhinocéros et d'éléphants. Et je me souviens avec pitié de ce vieux lion édenté qu'un jeune taureau maltraita si fort, il y a quelques années, dans l'arène de Roubaix.
M. Hagenbeck, qui se promène parmi eux comme un dieu intangible et respecté, prend quelque chose de la majesté mystérieuse qui leur vient de leur indisciplinable sauvagerie, et qu'il soit, en même temps, souriant, doux et affable, augmente la sympathie qu'on aurait pour lui-même s'il ne vendait, comme son père, que du caviar d'esturgeon.
Aussi, suis-je resté en correspondance avec cet homme charmant. Dernièrement même, dans une lettre, je lui disais :
«Comment se fait-il qu'au milieu de
ces lions, de ces tigres et de ces panthères, dressés jusqu'à la domesticité, on ne voie jamais de loups ? Serait-ce que le loup morose soit plus rétif au dressage que les bêtes exubérantes des contrées chaudes?»
Il me répondit :
« Quant aux loups, je vous dirai qu'on peut les apprivoiser aussi bien que les chiens. Il y a six ans, on voyait un loup courir aux côtés d'un monsieur à qui je l'avais fourni tout jeune. Ce loup avait toutes les qualités du chien et ne devenait jamais méchant. Quand vous serez de retour à Paris et si vous désirez un loup tout jeune, je vous prie de me considérer à votre entière disposition. Je me ferai un plaisir de vous faire cadeau d'un animal très jeune...»
C'est cela. Mes enfants joueront avec lui, l'hiver, dans la neige, et quand je leur apprendrai les fables de La Fontaine, ils n'y comprendront rien.
L'ANE DE L'HIMALAYA. accIimaU- par la mc-napciie Il:»freiibeck, n'alleint pas la taille de relui .le iir.s [»ays. Mais il [jossède des formes plus disliiipuées, presque p-acieuses.
LES LAMAS — Une paire de lamas, à^jés d environ tn>is ans. se v«'nd I .Oi'O francs.
LES PHOQUES coulent relaliveni.nl p.-u i lier. On en a nn d'énorme {grandeur pour tOO franes.
HCAMCHK 2(3.