‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 12 sur 164 · C.'im .ii;iiK · texte numérisé non relu

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AUX GRANDES MANŒUVRES. - Soldat c-oiuiik' lou- !•■> I L^Iumi/oIKtii, (millaiime II diriffo parfois les opération-, et y lait montre, dit-on, de plus de bonne volonté que de véritable science militaire.

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L'ARTILLERIE 'ALLEMANDE. — Sous'' l'ail] amusé des badauds, une batterie a pris ses positions de comltal. Derrii re ihaiiue pièce, les pointeurs debout et les servants à genoux sont à leur poste réfrlemenlaire.

LE PASSAGE D'UN FLEUVE. — En l'absence de frués ou de pont> <le bateaux, les chevaux franchissent les neuves à la nage, pendant (jue les cavaliers leur maintiennent la tête hors de leau.

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AUX GRANDES MANŒUVRES. — I. 1 empereur, à cheval, sur le Iront de son élat-major suit avec attention, du haut d une éminenco. les différentes phases d'un engagement.

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AUX GRANDES MANŒUVRES. 1, i;m|MTrur. a .lirx^l. -ir I.- Im.mI .!.• >..ii .lil-iinj..! -uit .iw.

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créer à la longue une intimité qui dépasse la camaraderie ordinaire. Et elles expli- ({uent en partie pourquoi des gens d'origine et de formation identiques tiennent à vivre entre eux.

Quand ils ne sont pas au Casino, ou à dîner en ville, les officiers se rencontrent dans les restaurants à la mode, les bars et les bodegas servis par des femmes. Je les ai souvent observés dans ces endroits où me conduisait ma curiosité. Ce sont généralement des lieux tranquilles, assez élégants, où leur présence donne le ton. J'en revois un dans tous ses détails. Sur le sol, un linoléum rouge. Le long des murs blancs courait un lambris de bois vernis, gris verdâtre ; sur des planches qui faisaient le tour de la pièce, se dressaient des verres ornés, des gobelets de métal, des vases d'étain, des poteries de faux Delft, des bouteilles pansues, de petits pots de faïence, d'où sortaient des arbres nains de gui et de houx à baies rouges. A hauteur d'homme, de gros clous dorés servant de porte- manteaux où les officiers en entrant accrochaient leurs sabres, leurs longues capotes grises à collet rouge et leurs casquettes vertes. Sur les petites tables garnies de nappes blanches, s'épanouissaient de grandes fleurs rouges, pivoines ou coque- Ucots doubles, encadrées de fausse verdure. Ce soir- là, une demi- douzaine d'officiers — dont un en civil — restèrent une heure à boire, jouant aux dés à qui payerait les bouteilles de Heidsieck- Monopole qu'ils vidaient sans bruit. Puis ils partirent. Celui qui portait des vêtements civils revint quelques instants après et s'attabla seul. La grosse fifie hollandaise qui servait — et que les officiers appelaient « petite souris » — alla lui tenir compagnie ; il la fit asseoir en face de lui. Et il parla longtemps, une heure peut-être. Je n'entendais

pas ce qu'il disait, car ils s'entretenaient à voix très basse, sérieusement. C'était surtout lui qui parlait; elle se contentait de répondre par monosyllabes. Il avait l'air de prêcher familièrement, mais avec gravité, sur un ton de pasteur protestant. Pourtant, il lui ofTrit un malaga. Et l'entretien dura sans presque de sourires ; elle r écoutait d'une oreille distraite, en sifflant à petits coups son vin cuit et en lançant des coups d'œil vers nous. C'était une superbe fille à chair opulente et dure, au teint rouge, aux yeux de bête. Hollandaise d'origine, venue de Rotterdam pour gagner des pourboires en éveillant le sentiment poétique chez les adolescents, elle avait déjà tourné la tête à un étudiant avec qui, m' assurait- elle, elle était fiancée. Que pouvait bien dire ce heutenant à cette Rubens plantureuse qui ne se souciait que de réalité ? Visiblement, il perdait son temps.

LES MAUVAIS A propos dcs mauvais trai- TRAITEMENTS temcnts dans l'ai-mée, voici les notes que je rapporte :

« Croyez-moi, me dit le capitaine d'un régiment en garnison à Cologne, presque tout ce que l'on raconte à ce sujet est faux. La légende vit du passé. Les mœurs brutales d'autrefois ont disparu. Les règlements sont si stricts à cet égard que le fait de lever la main sur un soldat ou de le secouer seulement par le poignet est déjà grave. Il n'est pas vrai que le soldat baisse son supérieur. »

Comme je citais le cas de ce capitaine tué autrefois par un troupier, il me dit:

« Ceci est un fait exceptionnel. Le capitaine était une brute qui avait passé par tous les régiments et que l'on maintenait dans l'armée pour services rendus

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par son père. En général, au contraire, le capitaine est le père de ses soldats, un père distant et autoritaire, certes, qui doit garder son prestige, mais qui veille sur eux avec sollicitude. Un soldat marié (le cas est rare, mais un jeune homme se marie quelquefois avant d'entrer au régiment, pensant ainsi échapper au service), vient me trouver pour me demander conseil : Doit- il divorcer ou non? Il faut que je l'interroge comme un confesseur.

Un autre a fait quelque fredaine en permission. A son retour, il vient me la raconter. La justice a- 1- elle à s'occuper de l'affaire? Le capitaine prévenu, grâce à la confiance de son subalterne, peut ainsi aider à la régler, — et c'est une bonne note pour lui. Si l'affaire en question arrivait devant l'autorité militaire sans que le capitaine en ait déjà connaissance, l'étonnement du colonel et du général serait grand et l'officier un peu responsable. »

On exige donc un rapprochement constant entre le capitaine et ses hommes. Il doit connaître individuellement les cent vingt-cinq soldats de la compagnie, savoir leurs noms, l'histoire de leurs familles, où ils sont nés, combien ils ont de frères et de sœurs, etc. Il fait venir ses hommes de temps en temps à son bureau, leur parle, ou bi^n il profite des visites, des exercices (1- tir, des revues faites à la caserne pour examiner la bonne tenue du iuiirniment, les entretenir de leurs petites affaires personnelles ou de famille. L'hiver ont lieu des cours et des conférences.

Le capitRint"^ r-^t juir^' par ses supéri»MiiN suivant ririfluence qu'il <i sur ses hommes. Ainsi, dernièrement, trois soldats appelés à témoigner on justice se parjurèrent et furent <'ondamnés pour faux serment. Leur capitaine fut aussitôt mis à la retraite. Ce<i n'est-il pas fait puur domier aux offi-

ciers une haute idée de leur responsabi- Hté?

Le danger vient du sous-officier nouvellement promu, qui abuse parfois de sa jeune autorité ou qui veut faire du zèle. La rudesse et la brutalité de la race aggravent le sens inné de la discipline. Je me souviens d'une interpellation au Reichstag sur les rigueurs exercées dans certains régiments contre des soldats. L'interpellateur citait des faits inouïs. Il est vrai que ces rigueurs ne sont jamais ou presque jamais le fait des officiers. Mais il leur arrive de fermer les yeux pour ne pas attirer l'attention sur le régiment. Les sous- officiers, eux, ne passent rien aux soldats...

« Comme pour les chevaux, me dit l'un d'eux. Il ne faut pas laisser prendre aux bêtes ni aux hommes de mauvaises habitudes. »

Parfois, les peines corporelles deviennent terribles : on les obhge à courir au pas gymnastique tant que la langue pende ; ou bien à descendre l'hiver, en chemise, dans la cour chercher de la glace, ou encore à faire l'exercice devant un poêle chauffé à blanc jusqu'à ce qu'ils tombent.

Et tout cela pour les forcer au pas de parade !

Aussi des soldats se suicident, d'autres désertent.

On k'S liuuuli!,' par dt'S grossièretés de langage.

Le SOUS-ofHi l'T dit a l'un :

« Du hisL cm Sciuvcin. Was hist du?

(Tu p=; un rorhon... Qu'est-ce qu»' tu rs?)

Kt lo soldat est obligé de reporHirt' :

« Je suis un cochon. »

Les sous-officiers s'excusent ♦n prétendant que It^s supérieurs Ifur demandent beaucoup et que leur métier est très difficile. L"MU' ( raintt' d<' n'ètro pas obéis fait qu'ils se trompent quelquefois dans leurs

jugements sur les hommes ; ils s'acharnent sur un soldat qu'ils supposent réfractaire, et qui n'est que lourd d'esprit. Telle est souvent l'origine de malentendus graves.

On réagit, d'ailleurs, fortement contre ces excès de zèle et ces brutalités sauvages. Pour une gifle donnée, un sous- officier passe en conseil de guerre et fait huit jours de prison.

Cette brutalité n'est pas incompatible avec la notion du devoir et de la dignité. Un sergent- major du 20' régiment d'infanterie, à Brème, condamné à une punition très légère pour avoir, dans une rixe, blessé mortellement un individu qui l'attaquait, trouvant sa peine imméritée, ne voulut pas la subir. Il alla à la caserne, donna l'ordre à ses hommes de charger tous leurs fusils à blanc, les éloigna un instant sous un prétexte quelconque et chargea leurs fusils à balles. Puis, les soldats revenus, il se mit devant eux, à quelques mètres, leur ordonna de viser en pleine poitrine et commanda le feu. Ses supérieurs trouvèrent une lettre de lui déclarant qu'il avait toujours fait son devoir et qu'ayant jugé cette punition injuste il ne pouvait l'accepter.

On sait que les sous- officiers sont traités en Allemagne avec une faveur particulière. L'État leur garantit, en principe, après douze ans de service, un emploi civil de 1.800 à 2.400 marks, soit dans l'administration de l'Empire, soit dans les administrations des Etats confédérés, soit même dans les municipalités qui se font volontiers, dans ce cas, les auxiliaires du gouvernement. Au bout de dix-huit ans, le sous- officier a droit à une pension. Aussi la fonction est- elle très recherchée par les enfants du peuple. On n'y parvient pas, d'ailleurs, très facilement. Outre qu'on exige d'eux des capacités militaires cer-

taines et surtout une aptitude réelle au commandement, beaucoup de sérieux et le sens du devoir, les chefs de corps doivent, avant de faire les nominations, procéder à une enquête dans le pays d'origine des candidats sur leurs familles et leurs opinions politiques. S'il y a le moindre soupçon d'opinion socialiste, la candidature est re jetée. De même, s'il est athée ou seulement retiré de l'ÉgHse, tout grade dans l'armée sera refusé au soldat. L'athéisme notoire est également interdit aux officiers comme pour tous les fonctionnaires allemands.

LE PAS DE PARADE Vous avcz entendu parler de ce fameux « pas de parade », qui remonte à Frédéric- Guillaume I^^. Il consiste pour les soldats, au lieu de marcher au pas simplement, la jambe à demi tendue et à demi souple comme nous faisons tous, à la projeter énergiquement droite et rigide aussi loin que possible en avant, le bust« raide, les bras collés au corps, à la laisser retomber toujours tendue en frappant le sol le plus fort possible, et à marcher en ligne, comme des automates grotesques. Les soldats allemands prennont ce pas dans les défilés, ou dans la rue, chaque fois que, sous les armes, ils croisent un officier. L'impression qu'on a de ce spectacle est pénible. L'honune, vu ainsi, n'a plus rien d'humain. Il devient sa propre caricature inconsciente. On a le sentiment d'une sorte de dégradation qui répugne à notre sensibilité d'êtres libres. Cet exercice devait être inventé par un despote brutal qui considérait les hommes connue des machines à obéir. Les Allemands ne comprennent pas cette impression, que je ne pus m' empêcher de communiquer aux officiers que je rencontrai. Cependant la

plupart étaient d'avis do supprimer (ce qui, paraît-il, est fait à l'heure actuelle par ordre de l'Empereur) cette gymnastique humiliante et ridicule. Ils consentaient qu'elle n'avait plus sa raison d'être, aujourd'hui que la tactique de combat consiste à débander les hommes, à les cacher, à les coucher au ras du sol, et non plus à les faire marcher à l'ennemi en fronts serrés comme autrefois.

OFFICIERS o o o Beaucoup d'officiers FRANCS-MAÇONS allemands sont francsmaçons et ne s'en cachent pas, au contraire. Le prince Léopold de Prusse, président d'une loge à Berlin, manifesta un jour son contentement de voir tant d'officiers présents à un convent maçonnique, car, dit- il, l'Empereur approuve la maçonnerie. Il faut dire que, comme en Amérique, les francs- maçons ne font pas de pohtique, elle leur est même rigoureusement interdite ; leur but est la charité, l'égalité, la fraternité; ils veulent conserver l'essentiel du christianisme, en l'épurant.

LES SOCIALISTES J'ai voulu connaître A LA CASERNE o o aussil' opinion des officiers sur les prétentions des socialdémocrates allemands de ruiner chez les recrues l'esprit mihtariste. Tous ceux que j'interrogeai là-dessus se mirent à rire :

L'un d'eux m'a dit :

« Malgré la lutte acharnée d'une presse révolutionnaire qui s'efforce de discréditer les corps d'officiers, leur prestige reste intact parmi les soldats, ainsi que dans les miheux populaires et bourgeois. C'est un honneur pour les corps de voir que la dresse sociahste se donne tant de peine pour les déconsidérer, car cela prouve que les révolutionnaires ont trouvé dans ces

corp^ d'officiers leurs ennemis les {)]us forts.

« Leurs moindres fautes sont avidement recherchées, amplifiées et généralisées par une presse amateur de scandale ; les journaux humoristiques à leur tour se moquent des officiers, non parce que leurs ridicules sont plus accusés que ceux des autres classes, mais par une haine inconsciente de leur force et de leur prestige. L'uniforme allemand, fort peu seyant, je l'avoue, offre aux feuilles satiriques l'élément de caricatures amusantes dont nous rions les premiers, et il est vrai que cette presse a obtenu, grâce à nous, de jolis succès. Elle en eut surtout parmi ceux qui ne firent point leur service mihtaire et qui ne savent rien de l'armée ni du respect qu'inspire aux hommes la supériorité de l'officier.

« Interrogez des gens du peuple sur ceux qui furent leurs chefs pendant leur période de service, et vous serez frappé de la fierté et de la confiance respectueuse avec laquelle ils en parlent. Vous vous rendrez compte que, si l'officier n'est pas toujours aimé, il est sans exception estimé et craint. Le principe, sévèrement respecté en temps de paix, de maintenir les distances entre officiers et simples soldats, de ne pas tolérer entre eux de liberté, d'égahté et de fraternité, habitue le troupier à trouver naturelle la supériorité de l'officier sur lui. Ainsi, la disciphne se maintient sans aucun heurt ; on enlève au mouhn de la critique l'eau qui pourrait l'alimenter, et l'on crée, en cas de guerre, Ift possibilité de relations nobles entre officiers et soldats, celles qui existèrent, par exemple, dans la dernière guerre sud- africaine. On trouve rarement chez l'officier le désir d'être populah-e. Son principal souci est de se montrer juste et d'inspirer

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AUX GRANDES MANŒUVRES. — En Siaiil : Les offic-icrK t'-lrangers, invitrs :iux mann?iivres, suivant los phiises des opérations militaires. En bas : l^n poste tic trh'graidiie sans lil.

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le respect, ce qui ne l'empêche pas de se mêler aux troupes et de leur prouver sa sollicitude. Il est à proprement parler un chef et un conseiller. »

Un autre interlocuteur me répondit :

« Les socialistes sont les meilleurs militaires. Quand on leur dira de tirer, ils tireront plus vite que les autres. Il suffît d'aller, un jour de manœuvre à Berlin, sur le champ de Belle- Alliance, pour se rendre compte de l'enthousiasme des enfants et des adultes devant les exercices militaires ; quand les escadrons défilent en rangs serrés, ce sont des cris de joie interminables, et, la revue finie, la population ouvrière se précipite sur la route pour les suivre, les enfants forment de petits régiments, avec leurs commandants et leur colonel, leur tambour et leur drapeau. A la caserne, les socialistes font les soldats les plus disciplinés.

— Les socialistes répondent à cela, fis- je, qu'ils se montrent ainsi par tactique, pour ne pas attirer sur eux l'attention des supérieurs et éviter d'être persécutés durant leur service.

— Allons donc ! Une enquête faite il y a quelques années par un jeune pasteur protestant qui, pendant plusieurs mois, travailla comme ouvrier dans les usines pour bien connaître la mentalité ouvrière, prouve que les ouvriers socialistes, comme les autres, aiment l'armée, se souviennent avec plaisir du régiment, parlent sans amertume aucune de leur passage à la caserne, et prétendent tous, comme c'est l'usage, que leurs officiers valent mieux que les autres. Quand leur régiment passe dans les rues avec fifres et tambours, leurs figures rayonnent, ils poussent des « hoch! » à n'en pas finir et sont très fiers de dire : « C'est mon régiment ! » Voyez comme ils se font photographier en uniforme, con-

servent avec amour les portraits de leur compagnie et les encadrent au-dessus de leur foyer. Enfin, songez qu'il y a plus de 25.000 sociétés de vétérans en Allemagne, réunies en une fédération extrêmement puissante et disciplinée. »

ÉDUCATION o MILITARISTE

Je crois que les officiers ont raison. L'éducation militariste prend l'enfant dès l'école, se poursuit à travers toute la vie ; les statues et les monuments guerriers se bousculent les uns sur les autres dans toutes les villes ; les noms des rues et des places sont presque tous des noms de batailles, de généraux et de souverains; les ponts et les becs de gaz sont décorés d'emblèmes guerriers, de casques, de lances, de sabres, de boucliers, de tambours et de trompettes; on conduit les élèves des écoles, filles et garçons, à la Sièges Allée pour admirer les statues des Hohenzollern et de leurs généraux ; le dimanche on rencontre au Zeughaus, musée militaire de Berlin, des délégations de petits garçons et de petites filles conduites par les instituteurs qui leur expliquent l'origine des drapeaux et des mitrailleuses exposés là. Et il est même un peu triste de voir les fillettes, avec leurs tresses blondes et portant leur panier de provisions au bras, ? dmirer les tableaux militaires remplis de blessés et de morts, de fumée de canon et d'éclairs de sabres. Dans une école où fréquentent des adultes, si le professeur interroge un élève qui a fait, par exemple, un service d'un an, celui-ci se lève brusquement, pour répondre, en mettant la main à la couture de son pantalon et en joignant les talons. On peut croire qu'une telle éducation, généralisée dans tout l'Empire, encouragée et surveillée par les autorités, s' ajoutant à l'idée naturelle de patrie et à la haine

instinctive de tous les hommes pour les étrangers, constitue un sérum suffisant contre les prédications internationalistes.

Quant aux bourgeois, leur amour de l'armée s'identifie avec celui de la monarchie. Leur plus haute ambition, après s'être enrichis, c'est de donner leurs filles à des officiers et de faire de leurs fils des officiers de réserve.

« Nous vivons au siècle des officiers de réserve! » a dit un jour Bebel au Reichstag.

En effet, l'étudiant qui a terminé ses études et qui s'est fait balafrer comme un masque japonais pour séduire l'âme puérile des « backfishe » et des gretchen, ne souhaite pas de plus grand honneur que de pouvoir devenir officier de réserve, non pas tant pour la gloire problématique de servir sa patrie, mais pour celle de porter, jusqu'à quarante- cinq ans, un sabre et un casque pointu.

Les jeunes arrivistes comptent faire des relations flatteuses dans le corps d'officiers, et les commerçants se plient pour cela à la règle qui leur interdit de servir eux-mêmes dans leur boutique, car « trafiquer c'est déchoir ».

« L'armée, me dit un officier, l'armée est la grande éducatrice. Voyez ces gros garçons de Poméranio... Quand ils arrivent à la caserne, il !• ur » >1 impossible de rien comprendre, ni de bouger, m de coordonner leurs mouvements. Les voilà aujourd'hui débnrbouillés, alertes, compr*'h»"^Ti^ifs ; !»■> t)riitts sont devonuos des hiirnî!i"S. lU \'"iit d'inr s'en l'i't'Hii'wv dans It-ur pays ayant gagne quelque chose.

« La plupart du temps, ces garçons sont timides. Nous les obligeons en nous parlant, nn rmus t-mutant, en nous saluant,

à nous regarder bien en face. Cela les habitue à la franchise, et leur donne une sorte de hardiesse peut-être artificielle, mais qui augmentera leur sang- froid et leur fierté.

« Quand l'Empereur voulut essayer de remettre dans le droit chemin son cousin, le prince de Prusse, Joachim-Albrecht, filsdu feu prince Albrecht, régent de Brunswick, il le mit au 1^'" régiment de grenadiers de la Garde, dont le colonel d'alors, M. von Pluskow, a une réputation de grande sévérité. Cela ne réussit pas beaucoup, il est vrai ; il alla deux ans chez les Cafres, on le crut guéri, mais quand il revint, il se maria tout de même avec la femme qu'il aimait, contre le gré de sa famille. »

LE COLONEL o J'ai vu une fois ce fa- VON PLUSKOW meux colonel von Pluskow, maintenant adjudant du ducdeSaxe- Altenburg. J'avais obtenu la permission de visiter la caserne, et ce fut lui qui me reçut. C'est un homme de haute taille, mesurant au moins 1™,95, mince et alerte. Il parlait le français couramment, comme la plupart des officiers allemands, et se montra d'une courtoisie parfaite. Je me souviens qu'après m'avoir fait visiter la caserne, il me reconduisit jusqu'à i.i p-i!-' diin couloir, cherchant un homme pour me irnidtT jusqu'à la sortie. Au luîi. il en vit un qu! dfainl'uLiit f r.tnquillernent o\\ vêtements de coutil. Il l'appela. Lautr.» n'entendit pas et (ontirma son cliemin. Le colonel eria alors très fort, d'un ton d'impiti''nrf, ruais le soldat ne sr rtdournait tMujiiurs pas ot taui^niait paisiblement. \\nvs il Sortit dt' la poitrine du colonel von Pluskow un cri tel ({ue je n'en ouï jamais d'' pareil. On eût dit que dix hommes avaient crié à la fois, cri de courroux, de

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