‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 149 sur 164 · II- li.iiiiii.iil- .|i- ili\ .iiii .1 r.ii ri.r-' .-.'rii · texte numérisé non relu

II- li.iiiiii.iil- .|i- ili\ .iiii .1 r.ii ri.r-' .-.'rii

• 11-1 1 11' I ion-.

Piiol SeoDMke, Bcrito.

UN DEFILE DE CONCOURS DE CHANT. — Nuremberg, dès le XIV» siècle, était, avec quelques autres villes

allemandes un centre très actif d'art choral.

■ - .\ .■ .-^ »ï iilteit ,

é"-^ ^'^t*^ ^^ »^^mm^^

^ ■Il

mjW^-ri-'^- ■••1' ■- '"^'' ' ~ -• S'r-'

f^ '. ' '" , ' . ■'- tu*

M^jHÉ't'^'^E. V^^K^lFy^JB

Pbot. S«nDMk<. BcrItD.

UNE RÉUNION DE CHANTEURS. — Ces chanteurs d'aujourd'hui évoquent le souvenir de ces maitres chanteurs rendus fameux par Wagner.

Pla.^cbb 3>o.

IN" DHFILK l)F-. CONCOURS I)K CHANT. \iir. i„|...| ,. .1., |,. \l\. -|.-,|.-, . i;,ii. .t^.-, .|.i.l.|ii.~ .nili.- \ill.-

.il !• Mi.iinli- iiii ••••hlr<' Il I - iniir il'.ii I i-lior;!!.

UNh. kKLNION liK CHANIKURS. *.>•- <|i,itii*'iir « i|;iuji>iir<l Imi <vi.i|iitiil l< -i.iivinii ^li ••> hmiIii- < h.in

Ifiir- r<'iiilii» r.iiiii'iix p.'it \\

.ii:tirr

la vaisselle courante, les aiguières, burettes, coupes, gobelets, timbales, huiliers, des coffrets et des coffres à saucisses. Très primitifs d'abord et de formes grossières, ces objets furent ensuite ornés d'inscriptions, de devises, de fleurs, d'animaux et de figurines en relief. Puis ces figurines, au lieu d'être simple motif d'ornementation, furent traitées pour elles-mêmes. On représenta les saints, la Vierge, l'Enfant-Jésus, les personnages des crèches. Enfin, s'inspirant directement de la vie, on en vint à reproduire des personnages vivants. L'industrie du jouet d'étain était créée. La découverte de la porcelaine, les progrès de la fabrication du verre qui supplantèrent l'étain dans la confection des ustensiles de ménage accrurent le développement du jouet métalhque. C'est au xviie et au xviii© siècle que la prospérité des Dockenmacher (faiseurs de poupées) atteint son apogée. De cette époque aussi date l'origine des soldats de plomb, qui fu-ent longtemps la célébrité de Nuremberg. On conserve, au Musée Germanique, des guerriers de plomb du temps de Frédéric le Grand, d'un dessin enfantin et naïf, mais de couleurs jolies et de fine matière. Les soldats de Jean-Georges Hilpert, — ainsi s'appelait le premier fabricant, — eurent un énorme succès. Et, depuis, l'industrie des soldats de plomb n'a point 'cessé de prospérer. Cependant l'évolution du jouet moderne et l'utilisation de matières nouvelles semblent aujourd'hui lui porter préjudice, et c'est vers le nouveau jouet mécanique et scientifique que se porte l'activité des fabricants nurembergeois.

J'ai visité à Nuremberg la fabrique de « soldats de plomb » dont Ernst Heinrichsen hérita de son père et de son grandpère, la plus fameuse, bien connue des

amateurs, celle qui fournit aux princes prussiens des régiments entiers, et aux petits écoliers du Brandebourg des boîtes de quelques pfennigs.

Elle est située dans un quartier paisible, non loin du cimetière Saint- Jean, où reposent, près de Hans Sachs et de Durer, les chefs des grandes familles patriciennes. Une porte cochère lourde et basse ouvre sur une petite cour pavée et la perspective d'un jardin feuillu, étroit et long, qui dévale, ravit l'œil dès l'arrivée. Point de bruits de machines, ni de marteaux, ni de vapeur. Un chant de femme, très doux, sort d'une fenêtre ouverte, et plusieurs voix lui répondent en chœur : ce sont des jeunes filles qui chantent en mettant en boîtes des guerriers de plomb. Au milieu d'un petit rond-point, une vasque où monta autrefois un jet d'eau est aujourd'hui couverte de mousse, comme les vieilles statues de pierre grise qui sourient à l'ombre des tonnelles. Des feuilles sont éparses dans les allées, les chevelures embroussaillées des chèvrefeuilles envahissent les poiriers et les groseilliers. C'est dans le silence de ce coin de parc abandonné que de jeunes ouvrières préparent, pour l'éducation guerrière des peuples, des régiments innombrables.

Elles sont là, une quinzaine au plus, installées dans de petites salles basses, aux murs vieillis, autour d'une chaudière en maçonnerie remplie d'un alhage d'étain, de plomb et d'antimoine. (C'est la proportion d'étain qui fait la qualité du jouet.) Le plomb, en effet, casse, l'étain se plie facilement, sans se casser. Dans leur main gauche gantée ou protégée par un morceau de feutre, les ouvrières tiennent un moule d'ardoise composé de deux parties juxtaposées. De la droite, elles plongent une cuillère dans le mélange en

fusion et le font couler dans la matrice. Par un léger mouvement, elles débarrassent le moule de son trop- plein; une seconde après, elles l'ouvrent, et voici qu'apparaissent un cuirassier français de 1870 en tenue d'hiver, puis des spahis et des chasseurs d'Afrique, puis des artilleurs au trot, au pas, au galop, qui se détachent brûlants encore et flexibles.

Les jeunes filles les saisissent d'un geste preste, et d'un coup de canif les débarrassent des bavures que l'on rejette dans la chaudière. Les figurines sortant de ces moules sont plates, hautes de 30 millimètres pour l'infanterie, de 40 pour la cavalerie et obtenues d'une seule fonte. Les figures rondes et pleines au contraire, qu'on essaya de lancer sans succès, sont faites de plusieurs morceaux ; la tète, le tronc et les membres se fondent séparément, puis sont assemblés, travail délicat qui demanderait du temps et du talent.

Les figures rondes, en raison de leur imperfection, de leur poids et de l'impossibilité de les grouper aussi facilement que les plates n'ont donc pu supplanter cellesci auprès des amateurs.

C'est le patron, M. ilcinrichseii luimême, qui dessine d'abord les modèles.

Véritable artiste, il donne à ses soldats, à ses cavaliers, à ses chevaux, l'allure vivante des tableaux de guerre. Ce qui le différencie desautres fabricants, c'est qu'au lieu de faire servir un dessin de soldat ou de cheval à toutes les armes, il entend donner à chaque arme son cacli'^ personnel. Un tringlot n'aura pas, chez lui, la même allure qu'un chasseur à pied, et le cheval d'un cuirassier ou d'un train d'artillerie ne ressemblera pas à celui d'un hussard.

Quand il a exécuté son dessin, il le confie

au graveur sur ardoise, qui le reproduit exactement en deux moules.

Mais il faut équiper et parer de leurs uniformes tous ces régiments. Des femmes se chargent de cette besogne minutieuse. Presque toutes travaillent à domicile.

Elles alignent les soldats ou les accessoires de bataille sur une baguette de bois fendue au milieu, en insérant le pied des figurines dans la rainure centrale. Puis légèrement elles colorent la ligne des casques ou des képis, les tuniques, les pantalons, puis les chevaux s'il s'agit de cavaliers, et les canons et les fusils. Dur métier qui demande beaucoup d'attention, malsain, et si peu lucratif ! Les peintresses de soldats de plomb sont, en effet, obligées de payer elles-mêmes les couleurs et les pinceaux, desorte qu'en travaillant vite et bien, c'està-dire en habillant et en harnachant de 1.700 à 1.800 figures par semaine, elles arrivent à gagner au total 5 à 6 francs. Beaucoup d'enfants sont employés à cette besogne, clandestinement, dans les ateliers familiaux, et il n'est pas rare qu'au fort de la saison, en juillet et en août, des familles entières passent la nuit au travail. Elles appellent cela : Freinachi mâche n, faire niul libre.

Une fois peints, les soMiits sur,! i, importés à la fabrique. On les trie selon leur nationalité et leurs armes, puis ils sont alignés dans de petites boîtrs d* bois ovales fabriquées en Tlim inge ou dans des boîtes fn carton à couvercle de verre. L'étiquette collée, les boîtes s'amoncellent dans les magasins de réserve. Et voilà, par milliers, par dizaines de mille, par centaines de mille, les petits soldats couchés sur les planches des \ m illes chambres. Il y a là de quoi constitm r plusieurs corps d'armée allemands, français, autrichiens, russes, italiens I De quoi faire revi\ re les ba-

tailles d'Austerlitz, d'Iéna, de Wagram ; car je vois écrit : garde impériale, grenadiers à pied, fusiliers, tirailleurs, voltigeurs, flanqueurs, conscrits, guides, mamelouks, sapeurs, état-major, chevau-légers, lanciers ; si vous voulez évoquer Gravelotte, Saint-Privat, Sedan, Paris, voici, parmi d'autres, des gardes mobiles de 1870, des francs-tireurs, des zouaves pontificaux, des garibaldiens, à l'assaut, au feu, en embuscade, au pas, au galop, de front, des lanciers en avant-poste, à la charge, des cuirassiers en tenue d'hiver, des zouaves morts au bivouac, des ambulances, des canons, des télégraphistes, et, en regard, l'armée allemande au grand complet, tous les régiments de la garde : grenadiers, fusiliers, chasseurs, cuirassiers, hussards, uhlans, dragons, sapeurs, chevau-légers bavarois, carabiniers saxons, dragons wurtembergeois, ceux de Hesse, de Bade, de Mecklembourg, d'Oldenbourg, de Brunswick. A côté, l'armée russe, l'armée anglaise, l'armée suisse, italienne, espagnole, américaine, bulgare, danoise, serbe, suédoise, grecque, monténégrine, des Marocains, des Abyssins, des Nègres, des Boers, des Indiens peaux-rouges, des Mexicains, des Brésiliens, des Argentins. Puis les anciennes armées de la guerre de Sept ans, do la guerre de Trente ans, hallebardiers, mousquetaires, arquebusiers, piqueurs, les soldats du moyen âge, lansquenets, archers, arbalétriers, écuyers, chevaliers, suisses. Puis les guerriers des temps anciens, Romains, Carthaginois, Gaulois, Huns, Germains, Grecs, Perses, Égyptiens. Toute l'histoire des tueries humaines peut ainsi se reconstituer, depuis le combat des Thermopyles jusqu'aux escarmouches de la Chaouïa...

Pour aider à rendre la vérité de ces batailles, on vous fournit des arbres, des

champs saccagés, des villages ruinés, des églises, des barricades, des bastions, des camps, des fortifications, des ponts, des feux de bivouac, des plaques de verre pour les rivières, des débris d'obus et des soldats morts, tout ce qui peut donner l'idée du carnage et de la dévastation.

Depuis que l'Allemagne devient une puissance maritime, les collections s'augmentent d'accessoires de guerres navales.

On peut déjà reconstituer la bataille de Tsouchima avec des cuirassés, des croiseurs, des torpilleurs russes et japonais.

Il y a aussi des chasses à courre, des chasses au tigre, au crocodile, des scènes de la vie paysanne, marchés, cours de fermes, moissons, labourages, avec mille accessoires varias.

COLLECTIONNEURS On Sait qu'il se trouve PRINCIERS 0 0 0 0 beaucoup d'amateurs, et de très sérieux, pour les reconstitutions guerrières. Les Allemands sont les plus friands de ce genre de distraction. Les princes de la maison royale de Prusse firent leur première éducation militaire à l'aide de ces miniatures. Des officiers se passionnent à faire revivre les combats célèbres de l'histoire ; l'un d'eux me racontait un jour son émotion lorsque, après avoir disposé sur une immense tapis de sable figurant la plnine d'Austerlitz quelques milliers de soldats de plomb, Français, Russes, Autrichiens avec leurs états- ma joi*s, il plaça Napoléon sur une éminence. Il crut l'entendre donner l'ordre du combat, 11 reproduisit la feinte de Davout à l'aile droite, l'assaut de Soult au plateau de Pratzen, les attaques de Lannes et de Murât sur l'aile droite ennemie et linalement la déroute des Russes sur les étangs glacés de Satschau. Il frémissait d'émotion martiale comme s'il avait été

l'acteur vivant de cette journée mémorable.

Dans certaines casernes, des officiers s'amusent à imaginer des manœu\Tes.

Chacun se défend comme il l'entend, suivant son propre plan. On convient seulement des conditions de la victoire, comme dans les manœuvres véritables.

Les meilleufb clients de ces fabricants de soldats ne sont donc pas, comme on pourrait le croire, les enfants, qui se contentent pour leurs jeux d'une boîte de jouets, mais des officiers, des généraux, des princes ou de simples amateurs civils, à qui il faut des corps d'armée ! Pendant que j'étais là, M. Heinrichsen reçut un courrier où il trouva, de France, une commande de cavaliers de Rocroi, de dragons blessés, de cuirassiers impériaux. C'était le fils d'un historien nui étudiait les guerres du grand Condé.

La collection de modèles du fabricant compte jusqu'à 5.000 sujets différents.

Pour arriver à ce total et être sûr de l'authenticité de ses dessins, il alla visiter les musées militaires d'Europe, feuilleter les li\Tes d'histoire et les estampes anciennes, accueillit toutes les rectifications qu'il reçut, corrigea ses croquis. Aussi, aujourd'hui, connaît-il tous les costumes de toutes les armées, comme Edouard Détaille les connaissait lui-même.

Il sort de son atelier de 3.000 à 10.000 soldats par jour, suivant la saison. (Chaque femme peut en produire un millier par jour.) Il en fabrique de 2 à 3 millions par année, d'un poids total de 10.000 kilogrammes environ.

Les collectionneurs français demandent surtout des soldats du premier Empire ; les Allemands, les soldats actuels, les Russes également. Depuis quelquetempsceux-ciréclament en abondance des armées romaines.

J'avais à peu près tout vu de ce que je voulais voir dans cette petite maison qui a fourni au monde près de 100 millions de soldats de plomb depuis sa fondation. Celui qui les crée aujourd'hui ect un homme au visage doux et pacifique. Je lui demande ^'il aime la guerre...

« J'aime mieux celle que font mes joldats,» me répond-il d'un air de bonhomie souriante.

Je jetai en partant un dernier coup d'œil vers les guerriers d'il y a 3.000 ans, endormis à côté de leurs lances et de leurs arbalètes, vers les blessés et vers les morts de toutes les guerres modernes, et vers ceux qui rêvaient, dans leur plate cervelle de plomb, aux victoires, aux débâcles futures.

Dans la petite cour de verdure, j'entendis encore le chant clair de la jeune fille qui empaquetait les militaires.

A côté de ces laboratoires paisibles où l'outillage primitif, l'emploi exclusif de la main-d'œuvre, le maintien des traditions rappellent les ateliers d'autrefois, il y a la grande usine moderne où s'élaborent, avec le concours d'un machinisme ingénieux et subtil et grâce à l'extrême division du travail, des jouets d'une perfection et d'une variété infinies. On se propose ici de fabriquer le jouet éducatif, modèle réduit des machines et des appareils scientifiques les plus compliqués.

Le magasin des modèles d'une de ces fabriques, la maison Bing, qui ocupe à elle seule 3.000 ouvriers, est un vrai musée industriel en miniature. On voit là, à côté de chemins de fer électriques qui fonctionnent sans retards ni accidents, des groupes électrogènes composés d'une chaudière à vapeur chauffée par la lampe au gaz d'alcool, avec moteur et dynamo,

Phol. Slich, Nuremberp.

NUREMBERG PITTORESQUE. — Les maisons aux loils aigus et aux balcons de bols se bousculent le lonp

des ruelles étroites, aux détours imprévus.

Planche

NUKKMBKKC; PI T lOKKSv^UK. — I .^ in.ii-oii> ;hi\ Iml- .,i-ti- .1 ;,iix l.,,|.

liMJ- M- ii..u». iiliMit !.■ Ii.n

i. .-^i ■■'•. ^ijpin I

LES FONTAINES DE NUREMBERG. - le. belle, grilles ,ui les enl.M.renl ...n...i.„.nl de Ihabilelé avec

laquelle on travaillait le fer à NureinbeiK.

Page 1