‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 2 sur 164 · ASPECT GENERAL · texte numérisé non relu

ASPECT GENERAL

Berlin est-il une vraie capitale ? — Caractéristiques de Berlin. — Les Linden. — ParUter Platz. — L'Ambassade de France. — La Friedrichstrasse. — Potsdamer Platz. — L'ordre dans la circulation. — Le Tiergartcn. — Le Reichstag. — Charlottenbourg. — Le vieux Berlin. — Les quartiers populaires. —

Le Mayershof. — Les faubourgs.

MuMCK, il est courant de dire de celui qui est né dans la capitale prussienne : « Il faut bien naître quelque part... Il est né à Berlin. »

C'est que Berlin n'est pas du tout considéré par les Allemands comme la vraie capitale de l'Allemagne. Cologne, Leipzig, Hambourg, Dresde, Munich, toutes les vieilles grandes villes lui refusent la primauté. Les édiles concurrents vous rappellent qu'il n'y a guère de vieux monuments à Berlin; les marchands vous citent une ou deux maisons de commerce qui remontent à cent ans à peine, tandis que Brème, Cologne, Mayence, Leipzig et dix autres villes se vantent de firmes datant de deux siècles.

« Ce n'est pas solide, disent- ils. Qui

sait si toutes ces sociétés financières, ces magasins fondés il y a dix ans, vingt ans ou hier, n'auront pas fait failHte l'année prochaiii'^ ? »

Je n'attache pas grande importance à ces propos, et je crois qu'il s'y mêle un peu d'envie pour la prospérité rapide et même un peu insolente de la métropole.

Un Hambourgeois considère Berlin comme une ville ennuyeuse et paysanne.

« Que peut-on bien faire pendant deux mois à Berhn ? » m' écrivait- on de Hambourg avec un étonnement qui n'était pas joué.

La capitale prussienne m'a, pour ma part, extrêmement intéressé. J'aime Berlin, je le trouve gai, vivant, accueillant, avec son aspect luisant et neuf, ses rues nouvelles, les façades blanches, les balcons dorés, les fleurs, les maisons nouvellement bâties, si jolies, si claires,

si pimpantes, si variées, dont je raffole.

Les vieilles \illes simt séduisantes à la façon des douairières. On aime les voir quelquefois pour se reposer de la puérilité exubérante de la jeunesse, mais on n'y retourne que si elles savent s'entourer de ^té.

Cest le cas de Paris, ville multiple, qui offre à ses visiteurs, outre les attraits de l'histoire et de l'art, l'irrésistible séduction du plaisir et de la mode. Mais, dans les villes qui n'ont pour plaire que leur ancienneté, les étrangers passent quelques jours de vacances rapides, ils n'y habitent pas volontiers, excepté les malades peutêtre, les gens fatigués, qui trouvent dans les choses mortes ou vieillies une harmonie à leur propre épuisement.

Berlin pèihe par un excès contraire.

L«« villes tn»p jeunes ressemblent à ces jeunes filK»s de dix- sept ans, ces « backfiache ■, comme on les appelle ici, dont le charme un peu vert ne compense pas rinaignifiance. Les amateurs d'art en ont Tite (ait le tour... Mais quand même, pkéMS de promesses, elles intéressent ceux qui aiment la vie et croient en fa venir.

Si Ton ne songe qu'à sa propre béatitude,

il y a ici <]>

ires calmes à vivre

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bouche, les regards en\neux trahissent toutes les tares de la canaille qui, un jour de révolution, se déchaînerait avec ivresse dans le crime. A Berlin, comme en général dans toute l'Allemagne du Nord, les figures sont placides ; les gens acceptent de se soumettre, comme si cette soumission était un devoir volontaire ou provisoire. Le garçon de café à qui vous vous adressez n'est pas humilié de son métier et semble vouloir vous montrer qu'il sait servir. L'ouvrier, très conscient de ses droits et qui tient à les faire respecter, n'a pas pour cela les airs de voyous en révolte de certains des nôtres. Les gens qui contribuent à voire biv^nêtre ne paraissent pas éprouver de haine contre vous et, faisant avec joie leur partie dans ce décor de luxe neuf, ils vous aident à l'apprécier avec optimisme et à jouir sans amertume de cette atmosphère de confort, de discipline, d'ordre et de progrès.

Berlin est bâti dans une vaste plaine de sable monotone, au milieu de la province de Brandebourg, exposée à tous les vents du nord, de l'ouest et de l'est qui balayent rudement, sans obstacle, cette terre ingrate. Les maisons de pierre barrent l'horizon. Pas d'échappées comparables à celle de la place de la Concorde à l'Étoile, pas de jM,iîit de vue rappelant relui qn^ri a des collines «{ui jalonnent Paris, Montmartre ou Sainte- Geneviève, pas de bords de fleuve sem- Itlables aux (juais de la Seine ou de la raim.-. [.a Sprée est une étroite rivière iii.i!''' et tMitueuse (à son passage au centre de Berlin, car au delà elle s'élarfifit en irrand fleuve), et sur ses rives, niélancoliqii'^ «,aume celles d'un canal, rien iia[)[)araît pour le plaisir des j'eux.

Ceux des Berlinois qui sont artistes —

et il y en a — savent bien ce qui manque à leur ville. Ils disent : « Berlin s'est développé par les pieds et par les bras, s'étendant vers ses extrémités; mais le tronc — c'est-à-dire le centre — demeure pareil à ce qu'il était autrefois. Il faudrait lui donner de l'air, tracer de grands boulevards et de larges avenues qui rayonneraient du centre de la ville dans toutes les directions. Ah si l'on pouvait y apporter six ou sept collines... »

Je sais que ce plan — collines à part — a germé déjà dans de fortes têtes qui n'abandonneront pas leur idée de sitôt.

Et peut-être qu'avant vingt ans nous verrons Berlin complètement transformé. Car je crois l'édilité capable de toutes les hardiesses et de tous les sacrifices ayant pour but la prospérité et la renommée de la ville.

J'ai habité Berlin plusieurs mois, arpenté tous ses quartiers, vécu de la vie des différentes catégories sociales, écouté parler des centaines de gens, et je commence à connaître la capitale de l'Empire. Mais j'y ai perdu beaucoup de temps à chercher sa caractéristique.

CARACTÉRISTIQUE M' interrogeant moi- DE BERLIN o o o o même, questionnant les autres, et sans succès, je m'entêtais à découvrir par où Berlin pouvait se peindre particulièrement. Les uns me répondaient :

« Ce qui distingue Berlin, c'est le militarisme général de la population. Le premier cocher venu vous dira la date des prochaines manœuvres et le nom des généraux qui doivent y prendre part.

Écoutez-les parler entre eux, aux stations de voitures, des changements de garnison ou de la valeur do leurs chefs. Qu'un régiment passe, même dans les quartiers

les plus socialistes, et vous voyez la foule accourir, rayonnante. »

« Berlin n'existe pas, m'écrivait l'un des premiers écrivains de l'Allemagne.

L'individuahté lui manque. »

Et il ajoutait :

« Le phénomène qui pour moi reste toujours étrange, c'est qu'on y travaille tant (plus qu'ailleurs) et que pourtant les rues, les restaurants, les cabarets, les cafés regorgent jusqu'au matin. »

« La Sièges Allée caractérise parfaitement Berlin, me dit une dame de l'aristocratie. Ces trente- deux Hohenzollern de marbre réalisent bien ce que l'étranger doit s'attenfire à voir dans le Brandebourg.

J'interrogBai sur leurs impressions quelques compatriotes charmants, que la nostalgie rapproche, et que j'eus le plaisir de rencontrer.

« Ce qui caractérise BerUn, me dit l'un, c'est l'uniformité.

— Ce sont ses tramways et les joUes rues de l'Ouest, contredit un autre.

— J'opine pour la propreté, dit le troisième.

— Et moi pour le modernisme de la municipalité.

Il n'y a rien ou presque rien de vieux

à Berlin, fit le dernier. Et le peu qui subsiste du passé n'a pas grand intérêt : le château, quelques palais royaux et princiers, très laids d'aspect, raides et lourds, et si tristes avec leurs façades noires. »

Une dame, dont j'aime la raison et la modération d'esprit, s'exprime ainsi sur

Berlin :

« Deux choses me frappent ici : d'abord la médiocrité d'aspect de la rue (je parle des rues centrales), rallure bourgeoise, commune, des gens. Au début.

L'ALLEMAGNE MODE i^ NE

si pimpantes, si variées, dont je raffole.

Les vieilles villes sont séduisantes à la façon des douairières. On aime les voir quelquefois pour se reposer de la puérilité

.xuiiérante de la jeunesse, mais on n y retourne qut* 6i vU>:-> 5a\ t-nt s'eatuurer de galté.

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Berlin pèche par un excès contraire.

Les villes tmp jeunes ressemblent à ces jeunes filles de dix-sept ans, ees « ba<kfische )), comme on les appelle ici, dont le charme un peu vert ne compense pas l'insignifiance. Les amateurs d'art en ont vite fait le tour... Mais quand même, pleines de promesses, elles intéressent ceux rjui aiment la vie et croient en l'avenir.

Si l'un ne Songe qu'à sa propre béatitude, il y a ici des heures calmes à vivre. Berlin n'est pas raffiné, et son luxe un peu trop neuf et insolent choque vite les délicatîi. Cependant, pour qui sait donnera certains détails l'importance qu'ils méritent, la métropole prussienne réserve des moments pleins d'agrément tranquille. Il faut, dans des villes comme Paris, une grande puissanee d'illusion pour être satisfait de soi et des autres. A chaque instant, dans la foule qui se presse dans les rues, l'air gouailleur des gens, le mauvais pli de la

bouche, les regards en\neux trahissent toutes les tares de la canaille qui, un jour de révolution, se déchaînerait avec ivresse dans le crime. A Berlin, comme en

général dans toute l'Ail» magne du Nord, h s figures sont placides; les gens acceptent de se soumettre, comme si cettf Soumission était un d»'Vuir volontaire ou provisoire. Le garçon de café à qui vous vous adressez n'est pas humilié (h' SdU métier et semble vouhàr vous montrer qu'il sait servir. L'ouvrier, très eons. it'ut (le ses droits et qui tient à les faire respecter, n'a pas pour cela les airs de voyous en rt'vulte de certains des nôtres. Lt'S u'ens (pii contribuent à votre bienêtre nt' paraissent pas éprouver de haine contre vous et, faisant avec joie leur partie dans (^e dé(N)r de luxe neuf, ils vous aident à l'apfjréeier avec optimisme et à jouir sans amertume de cette atmosphère de confort, de discipline, d'ordre et de progrès.

Berlin est bâti dans une vaste plaine de sable monotone, au milieu de la province de Brandebourg, exposée à tous les vents du nord, de l'ouest et de l'est qui balayent rudement, sans obsta<^le, cette terre ingrate. Les maisons de pierre barrent l'horizon. Pas d'échappées comparables à celle de la place de la Concorde à l'Étoile, pas de point de vue rappelant celui qu'on a des collines qui jalonnent Paris, Montmartre ou Sainte- Geneviève, pas de bords de fleuve semblables aux quais de la Seine ou de la Tamise. La Sprée est une étroite rivière noire et tortueuse (à son passage au centre de Berlin, car au delà elle s'élargit en grand fleuve), et sur ses rives, mélancoliques comme celles d'un canal, rien n'apparaît pour le plaisir des yeux.

Ceux des Berlinois qui sont artistes —

et il y en a — savent bien ce qui manque à leur ville. Ils disent : « Berlin s'est développé par les pieds et par les bras,

s'étendant vers ses extrémités ; mais le tronc — c'est-à-dire le centre — d»'iuoure pareil à ce qu'il était autrefois. 11 faudrait lui donner do l'air, tracer de grands boulevards et de I arides avenues qui rayonneraient du centre de la ville dans toutes les directions. Ah si l'on pouvait y apporter six ou sept collines... »

Je sais que ce plan — collines à part — a germé déjà dans de fortes têtes qui n'abandonneront pas leur idée de sitôt.

Et peut-être qu'avant vingt ans nous verrons Berlin complètement transformé. Car je crois l'édilité capable de toutes les hardiesses et de tous les sacrifices ayant pour but la prospérité et la renommée de la ville.

J'ai habité Berlin plusieurs mois, arpenté tous ses quartiers, vécu de la vie dos différentes catégories sociales, écouté parler des centaines de gens, et je commence à connaître la capitale de l'Empire. Mais j'y ai perdu beaucoup de temps à chercher sa caractéristique.

CARACTÉRISTIQUE M' interrogeant moi- DE BERLIN o o o o même, questionnant les autres, et sans succès, je n\' entêtais à découvrir par où Berlin pouvait se peindre particulièrement. Les uns me répondaient :

« Ce qui distingue BerHn, c'est le militarisme général de la population. Le premier cocher venu vous dira la date des prochaines manœuvres et le nom des généraux qui doivent y prendre part.

Écoutez-les parler entre eux, aux stations de voitures, des changements de garnison ou de la valeur de leurs chefs. Qu'un régiment passe, même dans les quartiers

les plus socialistes, et vous voyez la foule accourir, rayonnante. »

« Berlin n'existe pas, m'écrivait l'un des promiei"S écrivains de l'Allemagne.

L'individualité lui manque. »

Et il ajoutfdt :

« Le phénomène qui pour moi reste toujours étrange, c'est qu'on y tra\ aille tant (plus qu'ailleurs) et que pourtant les rues, les restaurants, les cabarets, les cafés regorgent jusqu'au matin. »

« La Sièges Allée caractérise parfaitement Berlin, me dit une dame de l'aristocratie. Ces trente- deux Ilohenzollern de marbre réalisent bien ce (juc l'étranger doit s'attenij'c à voir dans le Brandebourg.

J'interrog \ai sur leurs impressions quelques compatriotes charmants, que la nostalgie rapproche, et que j'eus le plaisir de rencontrer.

« Ce qui caractérise Berlin, m*> dit l'un, c'est l'uniformité.

— Ce sont ses tramways et les jolies rues de l'Ouest, contredit un autre.

— J'opine pour la propreté, dit le troisième.

— Et moi pour le modernisme de la municipalité.

— Il n'y a rien ou presque rien de vieux à Berlin, fit le dernier. Et le peu qui subsiste du passé n'a pas grand intérêt : le château, quelques palais royaux et princiers, très laids d'aspect, raides et lourds, et si tristes avec leurs façades

noires. »

Une dame, dont j'aime la raison et la modération d'esprit, s'exprime ainsi sur

Berlin :

(( Deux choses me frappent ici :

d'abord la médiocrité d'aspect de la rue (je parle des rues centrales), l'allure bourgeoise, commune, des gens. Au début,

cela m'amusait. J'avais l'impression de me promener au milieu de caricatures vivantes, celles des Lustige BlœUer.., Je sais bien qu'à Paris il ne manque pas de quartiers de ce genre, sans élégance ni beauté. Mais nous avons, pour respirer et nous reposer, surtout pour nous donner une sensation de vie différente, les boulevards, le Bois, l'avenue des Champs- Elysées, éclatants de luxe et de faste heureux

« Ce qui me frappe encore, c'est l'obsession des choses guerrières, l'obsession des Hohenzollern et de l'armée, que l'on retrouve partout.

« Comparez la promenade du nouvel arrivé à Paris, Londres et Berlin, et voyez ce que le Berlinois vous offre, du château impérial à la Sièges Allée :

« Place du Dôme : statue équestre du roi Frédéric- Guillaume III ;

« En face du château : statue de Guillaume \^ \

« Sur le pont du château : huit sujets guerriers ;

a Au commencement des Linden : la statue de Frédéric le Grand ;

« Le corps de garde du Roi ;

« L'arsenal ; les trophées, les canons qui l'encadrent ;

« Les statues des généraux Scharn horst, de Bûlow et de trois autres ;

« Enfin, plus loin, à l'extrémité des Linden, derrière la porte de Brandebourg, la Sièges Allée et ses trente deux Hohenzollern cuirassés, bardés de fer et farouches et sa colonne de la Victoire aux bas- reliefs guerriers.

« Si, de là, vous faites un petit détour et passez le pont de Moltke pour aller à V Austellungspark (parc de l'Exposition), vous voyez, comme motif de décoration du pont, des bambins de bronze autour

des becs de gaz, casqués, armés de bouchers, de lances et de piques. Si l'on vous conduit au musée Friedrich- Wilhelm, tout neuf, au lieu de trouver une Victoire de Samothrace ou une Vénus de Milo qui vous accueille, vous vous heurtez à une collection do généraux de marbre.

« Les gymnases s'appellent comme les rois et les reines de Prusse : il y a le gymnase Auguste, le gymnase Frédéric, le gymnase Frédéric- Guillaume, le collège Royal, le collège del'Empereur-Guillaume, l'école Hohenzollern, le collège Sophie, le collège de la Reine- Louise ; j'en passe !

« II y a l'allée de l'Empereur, la place Frédéric, le bois Frédéric, le mont Frédéric, la rue de l'Empereur- Frédéric, la rue Frédéric, l'allée de l'Impératrice- Augusta, la galerie de l'Empereur, la rue Guillaume, la place Guillaume, la me de la Reine-Augusta, la place de l'Empereur- Guillaume, la place Karl- August. Il y a la rue Royale, la Nouvelle rue Royale, la place Royale, l'allée Royale, le chemin Royal, la porte Royale, le pont Royal, la chaussée Royale.

« Les musées, les hôpitaux, les orphelinats sont hohenzollernisés.

« Je ne parle pas des statues, des Denkmœler dédiés aux rois de Prusse et aux généraux modernes, les Roon, les de Moltke.

« Et il paraît qu'il y a encore des Allemands qui ne savent pas l'histoire des Hohenzollern... »

Quant à moi, j'ai changé plusieurs fois d'avis sur la caractéristique de Berlin. Et j'ai fini par reconnaître que cette caractéristique, que je cherchais depuis si longtemps, c'était justement de n'en pas avoir.

Planche 3.

cela m'amusait. J'avais l'impression de me promener au milieu de raricatures vivantes, celles des Liislige Blœttcr... Je sais bien qu'à Paris il ne manque pas de quartiers de ce genre, sans élégance ni beauté. Mais nous avons, pour respirer et nous reposer, surtout pour nous donner une sensation de vie différente, les boulevards, le Bois, l'avenue des Champs- Elysées, éclatants de luxe et de faste heureux.

« Ce qui me frappe encore, c'est l'obsession des choses guerrières, l'obsession des Hohenzollern et de l'armée, que l'on retrouve partout.

« Comparez la promenade du nouvel arrivé à Paris, Londres et Berlin, et voyez ce que le Berlinois vous offre, du château impérial à la Sièges Allée :

« Place du Dôme : statue équestre du roi Frédéric- Guillaume III ;

« En face du château : statue de Guillaume I^i" ;

« Sur le pont du château : huit sujets guerriers ;

« Au commencement des Linden : la statue de Frédéric le Grand ;

« Le corps de garde du Roi ;

« L'arsenal ; les trophées, les canons qui l'encadrent ;

« Les statues des généraux Scharn horst, de Bûlow et de trois autres ;

« Enfin, plus loin, à l'extrémité des Linden, derrière la porte de Brandebourg, la Sièges Allée et ses trente deux Hohenzollern cuirassés, bardés de fer et farouches et sa colonne de la Victoire aux bas-rehefs guerriers.

« Si, de là, vous faites un petit détour et passez le pont de Moltke pour aller à VAustellungspark (parc de l'Exposition), vous voyez, conmie motif de décoration du pont, des bambins de bronze autour

des becs de gaz, casqués, armés de boucliers, de lances et de piques. Si l'on vous conduit au musée Friedrich- Wilhelm, tout neuf, au lieu de trouver une Victoire de Samothrace ou une Vénus de Milo qui vous accueille, vous vous heurtez à une collection de généraux de marbre.

« Les gymnases s'appellent comme les rois et les reines de Prusse : il y a le gymnase Auguste, le gymnase Frédéric, le gymnase Frédéric- Guillaume, le collège Royal, le collège derEmpereur-Guillaumo, l'école Hoh3nzolIern, le collège Sophie, le collège de la Reine-Louise ; j'en passe !

« Il y a l'allée de l'Empereur, la place Frédéric, le bois Frédéric, le mont Frédéric, la rue de l'Empereur- Frédéric, la rue Frédéric, l'allée de l'Impératrice- Augusta, la galerie de l'Empereur, la rue Guillaume, la place Guillaume, la rue de la Reine-Augusta, la place de l'Empereur- Guillaume, la place Karl- August. Il y a la rue Royale, la Nouvelle rue Royale, la place Royale, l'allée Royale, le chemin Royal, la porte Royale, le pont Royal, la chaussée Royale.

« Les musées, les hôpitaux, les orphelinats sont hohenzollernisés.

« Je ne parle pas des statues, des Denkmœler dédiés aux rois de Prusse et aux généraux modernes, les Roon, les de Moltke.

« Et il paraît qu'il y a encore des Allemands qui ne savent pas l'histoire des Hohenzollern... »

Quant à moi, j'ai changé plusieurs fois d'avis sur la caractéristique de Berlin. Et j'ai fini par reconnaître que cette caractéristique, que je cherchais depuis si longtemps, c'était justement de n'en pas avoir.

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LA POKllL DE BRANDEBOURG rsl inspinV cU-s l'ropyU'os et sos colonnes (lori(|iu>s soulitMinent U- ruineux clii;nlri;;e tli' l.i \ utoiir c|iu' Niij.ol.on .iv.iit f.iil fi:ins[,()iler:i l':>ris cl (|iic les Prussicnsr;im»-iu"'H'nl ."i Hoilin en |N| ',

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LA SIEGESALLEE. ou Avi-iuu- dr l;i V'icloire, lr;iveis»- le Tier^Mrlrn du iionl iui sud. St-s conlre-îdliVs soni ornées des sliiliu-s de trente-denx souverains ;dleni;inds, iriffées, de IK'.tS à l'.IUl. ;hi\ frais de (Miillaiinie II.

l'I A \' Il I ,

LES LiNDEN G'est vers les Linden et la Friedrichstrasse que l'étranger revient sans cesse. Le foyer d'attraction est là, dans ce cercle qui, s' agrandissant chaque jour, englobe aujourd'hui les quartiers jadis excentriques de la Potsdamer Platz. Les magasins, les agences de voyage, les bureaux d'affaires et les banques y attirent une foule active ; les Linden et le Tiergarten voisins y amènent les promeneurs ; de la gare métropolitaine débarquent incessamment les voyageurs de la banlieue. Berlin rassemble ici la plupart de ses monuments, peu nombreux d'ailleurs : les musées, l'Université, l'Opéra, la Bibliothèque royale, le Dom, les médiocres palais princiers, celui, si banal et si sombre, du vieux Guillaume, rempli de ses souvenirs, et le château royal qui donne l'impression d'orgueil et de raideur mélangée de force sévère et d'énergie, correspondant parfaitement à la grave figure qu'ont prise devant l'histoire les Hohenzollern, et que les Prussiens euxmêmes se sont faite à l'image de leurs monarques.

Une seule large trouée met de l'espace dans les rues serrées du centre berlinois : la promenade des Linden, que coupe en son milieu la Friedrichstrasse. Le Berhnois en est fier. Quand il vint à Paris, le jeune prince Adalbert, troisième fils de l'Empereur, trouva que les grands boulevards leur ressemblaient. Il n'y a pourtant guère de rapport entre les deux endroits, à part les arbres. Les Linden sont une avenue très courte, d'à peine un kilomètre de long, qui commence près du Tiergarten et finit à l'Opéra royal, non loin du Château. Très large, puisqu'elle mesure 60 mètres, elle est plantée de quatre rangées d'arbres, dont beaucoup sont encore petits. Le miheu de l'avenue

est un terre- plein réservé aux promeneurs, de chaque côté duquel se trouvent une voie cavalière, une chaussée carrossable et un large trottoir bordant les magasins. L'aspect du boulevard parisien et celui delà principale voie berlinoise apparaissent donc extrêmement différents. A Paris, une animation incomparable ; ici, une circulation assez pauvre. A Paris, une suite ininterrompue de voies courbes, longues de près de cinq kilomètres, do la Madeleine à la Bastille, et qui diffèrent d'ailleurs entre elles par la variété de leurs tronçons, puisque chaque boulevard a un aspect et même un public différents. A Berlin, une courte promenade rectiligno, uniforme, bordée de maisons neuves, de magasins éclatants, aux revêtements de marbre et de stuc, aux enseignes brillantes.

G'est sur les Linden que se trouve la maison bâtie par l'architecte Messel, au coin même de la Wilhelmstrasse, et qui décida l'Empereur à accepter l'architecture moderne, dont il était jusque-là l'ennemi actif et résolu. Elle n'est pourtant pas jolie, cette maison, et m'a paru n'offrir qu'un intérêt médiocre; il y a ici, parmi les centaines, les milliers de maisons bâties d'hier, en briques et en stuc, plus d'une architecture autrement caractéristique et réussie.

PARiSER PLATZ A l'extrémité des Linden, près de la porte de Brandebourg, et à l'orée du Tiergarten, s'étend la Place de Paris. Là, en retrait derrière un parterre gazonné, se trouve, parmi une demi- douzaine d'hôtels privés, celui de l'ambassade de France, petite mais élégante construction xviii^ siècle, à un seul étage et à mansardes, précédée d'un perron à colonnes. Porte à porte demeure le riche financier Israélite Friedlainder.

LA PORTE DE BRANDEBOURG est inspirée des Propylées et ses colonnes doriques soutiennent le fiimenx .|Uiulri;;e <le l.i \ nloire i|iie Napoléoii avnit Hiit transportera F»aris et que les Prussiens ramenèrent à Berlin en |S| f.

t. s, li.-rl.

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LA SIEGESALLÉE. ou Avenue de la Victoire, traverse le Tier^'arten du iioni au

ornées des statues de trente-deux souverains allemands, érigées, de iSKS à l'.'Ol, aux frais de (iuillaume II

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LES LiNDEN G'est vers les Linden et la Friedrichstrasse que l'étranger revient sans cesse. Le foyer d'attraction est là, dans ce cercle qui, s' agrandissant chaque jour, englobe aujourd'hui les quartiers jadis excentriques de la Potsdamer Platz. Les magasins, les agences de voyage, les bureaux d'affaires et les banques y attirent une foule active ; les Linden et le Tiergarten voisins y amènent les promeneurs; de la gare métropolitaine débarquent incessamment les voyageurs de la banlieue. Berlin rassemble ici la plupart de ses monuments, peu nombreux d'ailleurs : les musées, l'Université, l'Opéra, la Bibhothèque royale, le Dom, les médiocres palais princiers, celui, si banal et si sombre, du vieux Guillaume, rempli de ses souvenirs, et le château royal qui donne l'impression d'orgueil et de raideur mélangée de force sévère et d'énergie, correspondant parfaitement à la grave figure qu'ont prise devant l'histoire les Hohenzollern, et que les Prussiens euxmêmes se sont faite à l'image de leurs monarques.

Une seule large trouée met de l'espace dans les rues serrées du centre berlinois : la promenade des Linden, que coupe en son milieu la Friedrichstrasse. Le Berlinois en est fier. Quand il vint à Paris, le jeune prince Adalbert, troisième fils de l'Empereur, trouva que les grands boulevards leur ressemblaient. Il n'y a pourtant guère de rapport entre les deux endroits, à part les arbres. Les Linden sont une avenue très courte, d'à peine un kilomètre de long, qui commence près du Tiergarten et finit à l'Opéra royal, non loin du Ghâteau. Très large, puisqu'elle mesure 60 mètres, elle est plantée de quatre rangées d'arbres, dont beaucoup sont encore petits. Le milieu de l'avenue

est un terre- plein réservé aux promeneurs, de chaque côté duquel se trouvent une voie cavalière, une chaussée carrossable et un large trottoir bordant les magasins. L'aspect du boulevard parisien et celui delà principale voie berlinoise apparaissent donc extrêmement différents, A Paris, une animation incomparable ; ici, une circulation assez pauvre. A Paris, une suite ininterrompue de voies courbes, longues de près de cinq kilomètres, de la Madeleine à la Bastille, et qui diffèrent d'ailleurs entre elles par la variété de leurs tronçons, puisque chaque boulevard a un aspect et même un public différents. A Berlin, une courte promenade rectiligne, uniforme, bordée de maisons neuves, de magasins éclatants, aux revêtements de marbre et de stuc, aux enseignes brillantes.

G'est sur les Linden que se trouve la maison bâtie par l'architecte Messel, au coin même de la Wilhelmstrasse, et qui décida l'Empereur à accepter l'architecture moderne, dont il était jusque-là l'ennemi actif et résolu. Elle n'est pourtant pas jolie, cette maison, et m'a paru n'offrir qu'un intérêt médiocre; il y a ici, parmi les centaines, les milliers de maisons bâties d'hier, en briques et en stuc, plus d'une architecture autrement caractéristique et réussie.

PARISER PLATZ A l'extrémité des Linden, près de la porte de Brandebourg, et à l'orée du Tiergarten, s'étend la Place de Paris. Là, en retrait derrière un parterre gazonné, se trouve, parmi une demi- douzaine d'hôtels privés, celui de l'ambassade de France, petite mais élégante construction xviii® siècle, à un seul étage et à mansardes, précédée d'un perron à colonnes. Porte à porte demeure le riche financier Israélite Friedlœnder.

En face, et de l'autre côté, des arbustes, des pelouses à jet d'eau, le casino des officiers et le nouvel hôtel Adlon, d'une architecture sobre et fière, de grand caractère, sur la façade duquel le sculpteur a mis une procession d'Isadoras Duncans, drapées dans des tuniques aux beaux plis et qui animent la pierre de leur danse merveilleuse.

LAMBASSADE DE FRANCE L' ambassade de France se trouve donc à la fois au centre de Berlin et dans l'Ouest, quartier élégantdela capitale berlinoise. Longtemps, r intérieur de l'hôtel ne répondit guère à l'extérieur. Je me souviens de ma honte le jour où je vis, dans le salon d'attente, des chaises dorées tapissées de dcimas ruuge et d'où sortait, comme un toupet de clown, t<.Mit le cnn du siège. Était-ce possible? En étions-nous là vraiment, et n'y avait-il plus d'argent en France pour remplacer ces étufYes déchirées, usées jusqu'à la corde, ces tapis sales, ces meubles boiteux, ces tapisseries lamentables ? J'en voulais à l'ambassadeur d'alors d'étaler ainsi la misère de la France. Je la revis souvent, cette pouillerie. Enfin elle a disparu. Dès son arrivée, M. Gambon a appelé de Paris les tapissiers et les décorateurs de chez Kriéger, et on peut, sans rougir de honte, parcourir les salons et la salle des fêtes, la salle de billard, le fumoir et le reste de l'hôtel, qui font, à présent, honneur au représentant de notre pays. Si j'ai rappelé ve détail, c'est pour mieux faire comprendre le contraste saisissant entre notre laisseraller actuel, on peut dire notre résignation, et la préoccupation du Prussien, visible partout, de vivre dans le neuf, de remplacer tout le vieux, tout le passé pauvre, par l'ultra- moderne, et de déperi:,er tout ce qu'il a pour paraître. Ne sommes-

nous pas un peu comme ces enfants bien doués et orgueilleux, connus des professeurs de lycées, qui, se sentant menacés par un nouveau venu, dédaignent de concourir ?

LA FRiJEDKiCHSTRASSE. Eiiti traverse en toute sa longueur le centre berlinois. Très étroite près des Linden, bordée de boutiques petites et serrées, elle s'élargit aux deux extrémités, vers le quartier populau-e d'Oranienbourg d'une part et la place de Belle- Alliance de l'autre, qui touchent aux faubourgs de Berlin. Les abords de la gare métropolitaine grouillent de vie. Petits et grands omnibus, autobus et fiacres se croisent à cet endroit.

La réunion à ce carrefour, ou aux environs tout proches, des grands hôtels et des cafés, fait que cette partie de Berlin demeurera toujours pour l'étranger le vrai centre. Je connais même des Français qui habitent ici depuis dix ans et qui conservent cette impression depuis le jour de leur arrivée. Ils débarquèrent à la gare de FWedrichstrasse ; depuis lors, ils vinrent chaque jour y acheter leurs journaux ou y prendre le train, et ils se persuadèrent, par paresse de chercher ailleurs et de regarder, que Berlin n'était que là.

POTSDAMER PLATZ Pourtant, si l'on vcut se faire une idée de l'animation de Berlin à certaines heures, c'est à la Potsdamer Platz qu'il faut aller. Un centre nouveau s'y est formé, relié au précédent par la Leipzigerstrasse, larue la plus commerçante de la capitale. Le trafic de cette place est remarquable.

Je crois que la moitié des tramways électriques de la ville y passent, débouchant par quatre larges voies. J'en ai compté une centaine en quelques minutes.

Et, notons-le, jamais ou presque jamais d'accidents.

L'ORDRE DANS LA Pour arriver à cette CIRCULATION o . sécurité, quel ordre magnifique fut créé. Quelle discipline intelligente et acceptée de tous! Une douzaine d'agents se tiennent en permanence aux quatre coins et au miheu de la place, entre les aiguilles des tramways, les arrêtent, les ralentissent et les font avancer sur un signe. Calmes et froids, ils dirigent tout ce mouvement sans un cri et pour ainsi dire sans un geste. Les conducteurs, l'œil fixé sur eux, attendent un regard, un signe de tète, pour stopper ou repartir.

Quand la ville de Berlin reçut les journalistes anglais, c'est au Palast Hôtel, qui se trouve Potsdamer Platz, qu'elle les logea.

On eût voulu qu'ils remportassent en Angleterre, avec le souvenir des indigestions, l'impression d'un Berlin aussi actif que Londres, d'une ville plus moderne, qui fît honte à la capitale de l'Angleterre de ses rues sales et sans tramways. En dehors de ce centre dont l'animation égale celle des plus grandes capitales, où les rues se coupent à angle droit comme les voies américaines et divisent les maisons en une série de pâtés, s'étendent tout de suite des quartiers plus récents, percés de larges voies rectilignes, où les passants se clairsèment. De quelque côté qu'on aille, elles se succèdent, bordées de jolies maisons fleuries.

LE TiERGARTEN Vers l'oucst, à l'oréc du Tiergarten, se trouve le quartier chic par excellence, celui des résidences, le W, comme on dit à Berlin (prononcez V), séjour privilégié des aristocraties. Le Tiergarten

s'étale devant, trait d'union de verdure entre les Linden et la ville voisine de Gharlottenbourg : un bois de Boulogne plus petit et intra muros, qui commencerait à la Madeleine, avec ses lacs mignons, ses coins solitaires, ses taillis, ses clairières, ses ronds- points, ses étoiles et ses statues nombreuses, Gœthe, Lessing, Beethoven, Wagner, la reine Louise, des empereurs.

Point d'équipages, ou à peine. Les tramways rapides qui le traversent en toute sa longueur et quelques fiacres remplacent les victorias et les coupés élégants.

On y croise le matin de rares cavaliers qu'accompagnent des amazones un peu lourdes. En été, la plupart, hommes et femmes, sont habillés de tussor et de kaki. C'est bien, en dehors des allées de tramways, un lieu de quiétude véritable, encore apaisé par le cortège des nourrices dans le costume des filles du Spreewald, courte jupe rouge et coiiTe blanche, refuge verdoyant où les enfants trouvent, pour s'amuser, des endroits réservés, de grands trous sablonneux entourés d'arbres et de bancs ; le rendez- vous, aux soirs d'été, des couples d'amoureux.

Bordé au nord par la Sprée, le Tiergarten l'est au sud par une avenue large et ombreuse où s'élèvent, au milieu de jardins, sous des verdures de lierre et de vigne vierge, des villas et les palais gréco- italiens de banquiers riches d'hier, d'industriels et de spéculateurs dont les pères plantaient la pomme de terre dans les champs voisins de Schœneberg.

LE REICHSTAG A cinq cents mètres de là, sur une vaste place où se font face les gigantesques statues de Bismarck et de Moltke, se dresse la masse du Reichstag. Plus loin, au sommet d'une colonne can-

nelée reposant sur une colonnade circulaire de granit rose, une statue de la Victoire, dorée, ailes éployées, semble vouloir prendre son vol vers l'allée triomphale, cette Sièges Allée que bordent les trente- deux Hohenzollern de marbre blanc. Mais son vol pétrifié et sa lourde silhouette pèsent sur cette colonne trop petite pour sa taille et l'écrasent.

Le mauvais goût, l'ignorance des proportions, l'amour du colossal habituels au Prussien, se ramassent dans ce coin de Berlin, entre cette Victoire inharmonique, ces statues brutales de conquérants, ce Reichstag massif et ces Hohenzollern ostentatoires.

CHARLOTTENBOURG Le large anneau des nouveaux quartiers riches décrit sa courbe au delà du Tiergarten, dans la direction de Charlottenbourg à l'ouest et de Schœneberg au sud, jolies communes toutes proches de Berlin, qui paraissent ne faire qu'un avec la capitale, quartiers bâtis d'hier, séjour paisible de bourgeois aisés, d'industriels et de commerçants enrichis. Les pensions de famille y abondent, fréquentées par les Américains et les Anglais. C'est une sorte de Passy, plus verdoyant et plus fleuri.

Des ronds- points gazonnés se dessinent de loin en loin, d'où partent de longues rues bordées d'arbres : Nollendorf Platz, Victoria- Luise Platz, Lûtzovv Platz, squares qu'entourent des maisons aux façades cerclées de balcons d'où pendent des chevelures de vignes vierges piquées de géraniums roses et rouges. Les yeux se réjouissent de tant de fraîcheur et de couleurs, de l'architecture nouvelle des maisons et de la netteté des rues. A la longue, pourtant, une sorte de lassitude naît de ces avenues toujours les mêmes.

de ces perspectives au buut desquelles se retrouve une place, suivie d'une autre perspective. Nous sommes tellement habitués, chez nous, aux vieilleries, que nous serions heureux de découvrir un carrefour oublié, un vieux cloître, quelque chose qui solliciterait l'imagination ou forcerait la mémoire à remonter le passé.

LE VIEUX BERLIN H existc bien, à l'autre bout de la ville sur un îlot de la Sprée, à l'endroit même où se forma au xii^ siècle la bourgade de pêcheurs qui fut le noyau de la future métropole, un ancien quartier, V AU Berlin, qui groupe ses vieilles bâtisses dans le voisinage du Château Royal et de l'Hôtel de Ville, jolie construction moderne de briques rouges. Là se trouve le seul vestige d'un passé assez lointain, l'égliseSaint- Nicolas, qui dateduxiii^ siècle. A part cela, l'Ait Berlin n'a rien de pittoresque. Ses rues sont moins larges, il est vrai, que celles des nouveaux quartiers ; quelques maisons datant d'un ou deux siècles, remises à neuf, ont leur pignon sur rue et des façades plates, percées de petites fenêtres qu'on ne voit plus ailleurs. A les regarder longtemps on commence à comprendre la honte des Berlinois pour ces antiquailles sans caractère, qui font tache sur la netteté du décor environnant. Au fond de deux ou trois passages étroits, où l'on entre par des porches bas, on a la surprise de se trouver soudain devant quelque vieille bâtisse du xv® siècle, occupée aujourd'hui par une douzaine de petits artisans, tonneliers, charrons, ferblantiers, ravaudeurs, fripiers, savetiers. Des poules picorent la terre, des bambins au museau sale vous suivent en récitant ensemble, sur le même ton et le même rythme, l'histoire de ces lieux qui servirent autrefois de prison. Deux jeunes Anglaises

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nelée reposant sur une colonnade circulaire de granit rose, une statue de la Victoire, dorée, ailes éployéos, semble vouloir prendre son vol vers l'allée triomphale, cette Sièges Allée que bordent les trente-deux Hohenzollern de marbre blanc. Mais son vol pétrifié et sa lourde silhouette pèsent sur cette colonne trop petite pour sa taille et l'écrasent.

Le mauvais goût, l'ignorance des proportions, l'amour du colossal habituels au Prussien, se ramassent dans ce coin de Berlin, entre cette Victoire inharmonique, ces statues brutales de conquérants, ce Reichstag massif et ces Hohenzollern ostentatoires.

CHARLOTTENBOURG Le large anneau des nouveaux quartiers riches décrit sa courbe au delà du Tiergarten, dans la direction de Charlottenbourg à l'ouest et de Schœneberg au sud, jolies communes toutes proches de Berlin, qui paraissent ne faire qu'un avec la capitale, quartiers bâtis d'hier, séjour paisible de bourgeois aisés, d'industriels et de commerçants enrichis. Les pensions de famille y abondent, fréquentées par les Américains et les Anglais. C'est une sorte de Passy, plus verdoyant et plus fleuri.

Des ronds-points gazonnés se dessinent de loin en loin, d'où partent de longues rues bordées d'arbres : Nollondorf Platz, Victoria- Luise Platz, Liitzow Platz, squares qu'entourent des maisons aux façades cerclées de balcons d'où pendent des chevelures de vignes vierges piquées de géraniums roses et rouges. Les yeux se réjouissent de tant de fraîcheur et de couleurs, de l'architecture nouvelle des maisons et de la netteté des rues. A la longue, pourtant, une sorte de lassitude naît de ces avenues toujours les mêmes.

de ces perspectives au bout desquelles se retrouve une place, suivie d'une autre perspective. Nous sommes tellement habitués, chez nous, aux vieilleries, que nous serions heureux de découvrir un carrefour oublié, un vieux cloître, quelque chose qui solliciterait l'imagination ou forcerait la mémoire à remonter le passé.

LE VIEUX BERLIN II existc bien, à l'autre bout de la ville sur un îlot de la Sprée, à l'endroit même où se forma au xii® siècle la bourgade de pêcheurs qui fut le noyau de la future métropole, un ancien quartier, V Alt Berlin, qui groupe ses vieilles bâtisses dans le voisinage du Château Royal et de l'Hôtel de Ville, jolie construction moderne de briques rouges. Là se trouve le seul vestige d'un passé assez lointain, l'égHseSaint- Nicolas, qui datedu xiii^siècle. A part cela, l'Ait Berlin n'a rien de pittoresque. Ses rues sont moins larges, il est vrai, que celles des nouveaux quartiers ; quelques maisons datant d'un ou deux siècles, remises à neuf, ont leur pignon sur rue et des façades plates, percées de petites fenêtres qu'on ne voit plus ailleurs. A les regarder longtemps on commence à comprendre la honte des Berlinois pour ces antiquailles sans caractère, qui font tache sur la netteté du décor environnant. Au fond de deux ou trois passages étroits, où l'on entre par des porches bas, on a la surprise de se trouver soudain devant quelque vieille bâtisse du xv^ siècle, occupée aujourd'hui par une douzaine de petits artisans, tonneliers, charrons, ferblantiers, ravaudeurs, fripiers, savetiers. Des poules picorent la terre, des bambins au museau sale vous suivent en récitant ensemble, sur le même ton et le même rythme, l'histoire de ces lieux qui servirent autrefois de prison. Deux jeunes Anglaises

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