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« Vraiment ici le Gouvernement fait tout ce qu'il peut pour le progrès des études scientifiques et le développement de l'hygiène ; et on ne doit pas méconnaître que l'autorité, sous ce rapport, a du bon. Par exemple une épidémie de méningite éclate en Silésie, aussitôt le Gouvernement ordonne à son « Institute fur Infektions Krankheit » (Institut pour les maladies infectieuses), que vous verrez au nord de Berlin, de faire des recherches sur l'épidémie, ses causes, ses progrès, sa prophylaxie, son traitement.
— N'avons- nous pas en France l'Institut Pasteur, qui se livre àces recherches?
— Nous aussi nous avons des instituts comme le vôtre, celui de Koch entre autres, et, en plus, une quantité de laboratoires de spéciahstes, bactériologistes éminents, où l'on travaille à des recherches sur toutes les maladies contagieuses. Mais l'État prussien a mieux que cela encore : son propre Institut, pourvu d'une armée de savants, et dont la fonction est la santé publique. L'Institut Pasteur a ses travaux encours, son personnel employé; je ne le vois pas mettant demain à l'étude de la méningite vingt bactériologistes. Ici, c'est ce qui arrive : un ordre est donné, et toute une légion de spécialistes dirige ses lunettes vers le danger signalé. »
Il existe une autre Institution non moins importante ; l'Institut hygiénique de l'État. Là, un jour, le Gouvernement donne l'ordre de faire des études sur le thé et le café, par exemple, dans le but d'indiquer au peuple les avantages et les inconvénients de ces boissons ; ou bien, l'ordre de vérifier une découverte, d'en étudier les conséquences et les applications ; une autre fois, c'est la syphilis que le ministre ordonne d'étudier. Ainsi fut
découvert le spirochète. De sorte qu'on peut dire que c'est par ordre de l'État qu'aura été trouvée la guérison de la syphilis.
Autre exemple de vigilance :
L'augmentation croissante des industries sur le bord des fleuves et des rivières aggrave sans cesse la pollution des eaux. Mayence dit à Francfort; «Conservez donc vos poisons dans le iMein. « Et Manheim et Ludwigshafen continuent à empoisonner le Rhin. Le Gouvernement, voulant remédier à ce danger, a ordonné des expériences sur l'Elbe et le Rhin destinées à rechercher quelles sont les substances mauvaises dont la nocivité augmente dans l'eau, quelles sont celles qui diminuent et celles qui disparaissent tout à fait dans le cours de la rivière.
Pendant un séjour à Dantzig, j'eus l'occasion de me renseigner sur les mesures prises en Prusse pour lutter contre l'épidémie cholérique apportée de Russie en 1905 par les batehers de la Vistule, et qui faillit envahir toute l'Allemagne. Je me rendis compte ainsi de la rigueur des règlements en pareille occurrence et de la discipline stricte avec laquelle on les apphque
Le fléau, apporté par les flissakis qui, de la province russe de Volhynie, amènent leurs radeaux de bois jusqu'à l'embouchure de la Vistule, fit son apparition à Kulm, ville située sur la rive de ce fleuve, le 15 août 1905. Le 20 octobre, il arrivait aux portes de Berlin, à Oranienburg. Il avait donc sufïî de deux mois pour que le réseau de canaux et de fleuves qui traversent la Prusse et le Brandebourg fût entièrement infecté. Après avoir contaminé la Vistule et ses affluents, le microbe, traversant le canal de Bromberg, envahissait le bassin de l'Oder et de ses affluents, puis,
suivant le canal Frédéric-Guillaume qui unit rOder à la Sprée, le canal Finow et de la Havel, traits d'Union entre l'Oder et l'Elbe, il remontait ce dernier fleuve.
Les radeaux de bois s'étaient faits les propagateurs du mal. Les flissakis y vivent, en effet, dans les conditions les plus insalubres, dans l'exiguïté de cabanes de bois où se tassent des familles nombreuses.
L'eau dc:'> rivières — leur unique boisson — polluée par les matières fécales jetées pardessus bord transporta le mal et en accrut l'intensité.
Il fallait donc lutter énergiquement contre sa dissémination dans la population fluviale et la population riveraine.
Le Gouvernement prussien exigea l'isolement absolu de tout malade, la mise en observation pendant cinq jours de chaque personne suspecte ou son isolement complet si le médecin du district le jugeait nécessaire, la surveillance de tout individu atteint de symptômes voisins du choléra ou sain en apparence, mais présentant des bacilles du choléra dans ses selles.
Il ne suflît pas de voter des lois. Il faut les appliquer. L'exécution de ces règlements minutieux fut confiée, d'une part, à la police sanitaire de la navigation intérieure et de la batellerie, d'autre part à la police de l'émigration.
Des postes fixes, portant pavillon blanc, avec le mot : Halte ! imprimé en grosses lettres, furent installés sur les points importants du trafic fluvial. Ils étaient dirigés par un médecin chef, assisté de surv^eillants et d'infirmiers ayant à leur disposition des baraquements pour isoler les malades et les suspects, ainsi que tout le matériel nécessaire à I i .iesinfection et aux recherches bactériologiques. Des canots de surveillance remontaient et des-
cendaient les rivières pour inspecter les radeaux en marche.
On imposa aux bateliers l'emploi do l'eau potable; on leur indiqua à quels endroits ils pouvaient renouveler leur provision d'eau, on les obligea à se servir de vases spéciaux pour y recueillir les matières fécales et à ne les jeter dans le fleuve qu'une fois rigoureusement désinfectées. Tout radeau portant un cas de choléra dut battre pavillon jaune, etc. Je ne peux relater ici dans leur minutie les instructions d'hygiène données par l'Office sanitaire impérial aux bateliers et aux populations riveraines : interdiction aux enfants des villages d'approcher des rives du fleuve, interdiction de jouer dans la rue, fermeture des écoles, fermeture des bains fluviaux, soumission des salles d'attente, gares, v^^agons, hôtels, auberges et cabarets à l'inspection médicale, etc., etc. Bref, rien ne fut oublié. Loin de fermer les yeux comme le Gouvernement russe, qui, en des notes officielles, déclarait que les ravages de l'épidémie cholérique aux rives de la Volga et du Dnieper étaient fort exagérés, et se contentait d'installer très imparfaitement des hôpitaux flottants, le Gouvernement allemand préféra étendre ses investigations, même inutiles, sur un grand nombre de cas simplement suspects. Ainsi le mal fut enrayé et l'épidémie, qui eût pu faire tant de ravages, se bornaàdeuxcentdix-liuitcas, dont quatrevingt-huit mortels.
La suspicion du service sanitaire se porta particulièrement sur les émigrants venant de Russie, de Galicie, de Pologne. Un cas de choléra ;i II mibourg, un autre en Als;ii .'-L'-irauM' .ivaifut été apportés f> \v (]•' riMuveaux .iriixés de ces provinces. Uu I > >uiveilla dun( plus étroitement aux po.sl»'» frontiôn^s instnll(''.s on Pnif^sio ru'ipn-
taie, en Silésie, en Saxe et dans les Provinces rhénanes. Ces postes, qui fonctionnent de façon permanente, examinent minutieusement les émigrants franchissant la frontière. Si leur état de santé est normal, on les envoie au poste sanitaire central de Ruhleben, près de Berlin, où a lieu un nouvel examen. Les suspects sont dirigés sur l'hôpital; les autres sur les ports d'embarquement : Hambourg et Brème.
Là, de nouvelles précautions sont prises.
Ainsi les dangers auxquels l'Allemagne est exposée par le voisinage de la Russie, sa situation centrale en Europe et l'importance croissante de l'émigration, sont bien atténués.
Qu'avons-nous fait chez nous pour nous protéger contre les épidémies dont nous
menacent les milliers d'Européens et surtout les milliers d'Orientaux qui traversent la France pour aller en Amérique ? Ils arrivent au cœur de Paris, et l'on peut voir ce troupeau bariolé séjourner dans la salle des pas-perdus de la gare Saint- Lazare, se mêler aux voyageurs, sans qu'aucune mesure d'hygiène soit prise pour éviter des contacts dangereux. Aux ports d'embarquement, les grandes compagnies de navigation se sont soumises, il est vrai, aux règlements que leur impose le Gouvernement américain. Leur intérêt les y forçait, puisqu'elles doivent payer le voyage de retour aux émigrants suspects refusés à ElHs-Island.
Quant à nous protéger nous-mêmes, nul n'y a pensé.
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Persistance de notre langue et des souvenirs français aux bords du Rhin. — Bonaparte-touche-à-tout. — Ressemblance du Rhénan et du Français. — Hessois et Prussiens. — La joie de vivre. — Mayence, ville favorite de Napoléon. — Minois déluré des jeunes filles. — Le Hessois royaliste et grand-ducal. — Un grandduc libéral et Mécène. — Réalisme allemand et idéalisme germanique. — Philharmonistes marchands de vins. — Lamour du faste. — Le Verkerverein vérifie les additions (Chôteliers. — Scepticisme. — Zèle du bourgmestre et des échevins. — Leurs traitements. — Bourgmestres allemands et maires français. — Confiance dans rautorité. — Écoles populaires et hospices. — L'État serviteur du public.
UELLE ville agréable pour un Français ! Quand on a parcouru la vieille cité aux petites rues proprettes , asphaltées , qu'une armée de balayeurs nettoie du matin au soir, quand on a admiré les trésors de la cathédrale et du château, passé devant la maison de Gutenberg et sous les deux vieilles tours qui gardent le Rhin, traversé les deux ponts, joui de l'admirable, de l'émouvante vue du fleuve, et, à l'horizon, de celle de Wiesbaden, du Rheingau et du Taunus, on peut commencer à étudier la ville. On y est le bienvenu. Tout le monde parle ou comprend un peu notre langue.
Dans toute l'Allemagne, d'ailleurs, les milieux aristocratiques ou de haute bourgeoisie, universitaires, militaires, les « gens d'éducation » enfin, parlent plus ou moins le français. Ici on est gai, accueillant, plein
d'entrain. Vraiment la race a des ressemblances assez frappantes avec la nôtre, ressemblances lointaines sans doute, car elle est patiente et disciplinée, mais pourtant plus vive, plus aimable et plus sceptique que dans le Nord et surtout dans l'Est de l'Allemagne.
LE FRANÇAIS II rcstc même dans le lan- A MAYENCE g^^^ populaire des vestiges de notre langue, qui doivent remonter à la Révolution. Des ouvriers s'abordent quelquefois en se disant : Citoilien, sans savoir ce que cela peut signifier. C'est un mot de salut ! Le lavoir s' appel lafor ; une ruelle, reul ; prenez garde, c'est rendigaas; une toupie se dit dobisch.
Il existe encore une sorte de refrain que les enfants répètent en jouant pour se compter ou pour s'exclure ou pour se répartir dans un jeu (comme chez nous), et qu'on dit là-bas être d'origine française : le voici, bizarrement défiguré par l'Allemand d'abord, par les enfants
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