‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 4 sur 164 · UNE REVUE A TEMPELHOF · texte numérisé non relu

UNE REVUE A TEMPELHOF

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assises devant des chevalets complètent ce tableau. L'endroit s'appelle Am KrœgcL Je crois difficile de trouver un autre vestige de cet âge a Berlin.

On revient ensuite avec plaisir vers la nouvelle ville ; on se laisse reprendre par le charme de ces avenues si nettes, où l'air circule en toute liberté, de ces habitations variées, spacieuses, bien éclairées, confortables et gaies. Et l'on accorde au Berlinois que, puisqu'il ne dépend pas de lui que la Sprée soit un fleuve limpide et riant, puisqu'il lui est impossible de soulever des coUines d'où l'on jouirait d'émouvants points de vue, il a en somme tiré de la seule platitude dont il disposait le parti le plus avantageux pour l'agrément des yeux, l'art des habitations et l'hygiène publique.

LES QUARTIERS Je m'en rends compte POPULAIRES o o surtout quaud, abandonnant les quartiers aristocratiques et bourgeois de l'ouest et du sud- ouest, je traverse les quartiers populaires de l'est et du nord. Certes, les immeubles sont d'aspect moins luxueux ; mais, dans ces faubourgs renfermant une population ouvrière de 750.000 habitants, les rues et les maisons sont si soignées, les ouvriers et les enfants rencontrés dans les rues les plus pauvres paraissent si propres qu'il est impossible de se croire dans une ville de l'importance industrielle de Manchester, ce qui est le cas de Berlin.

Je parcours des rues entières, Ackerstrasse, Kôpenickerstrasse, Oranienstrasse, Andreasstrasse, dans le sud- est; je pénètre sous des porches qui mènent à de véritables cités, profondes de 300 et 400 mètres, succession de cours abritant des usines de fer, des fabriques de faux bronzes, papeteries, cartonnages, fleurs artificielles,

confections, etc., et des logements ouvriers.

LE MAYERSKOF L'une de ces cités s'appelle le Mayershof. Elle appartient au seul M. Mayer et contenait jadis 2.000 ou 3.000 habitants; aujourd'hui, les locataires sont au nombre de 700 à 800 seulement, les autres ayant cédé la place à de petites industries pour aller vivre dans des maisons plus modernes. Les caves ne sont plus habitées comme autrefois, la police s'y opposant de plus en plus par mesure d'hygiène. Le Mayershof se compose d'une série de larges bâtiments parallèles à la façade principale et séparés par six vastes cours. C'est le type des cités populaires berlinoises, tristes casernes en briques pâles et noircies, mais tenues avec

soin.

Le propriétaire, un brave bourgeois qui habite son immeuble, se promenait d'un bâtiment à l'autre avec sérénité. Aimablement il nous fit les honneurs de sa propriété. Il sonna au paher de plusieurs étages, et nous pûmes visiter quelques logements. La propreté de ces petits intérieurs tristes était remarquable. Certains contenaient un canapé, quantité de bibelots viennois, une machine à coudre, une carpette. Un locataire, dont l'appartement se compose de trois pièces, a fait de l'une des deux chambres un salon en velours rouge, tout comme un fonctionnaire important de chef- lieu ; un enfant écrit ses devoirs sur une petite table basse ; quatre enfants en tout, un cinquième à venir : c'est un ouvrier monteur de chez Siemens qui gagne 8 fr. 65 par jour.

Une chambre et une cuisine se louent 300 francs, une chambre seule 150 francs, deux chambres et une cuisine 450 francs. Il arrive souvent, en Allemagne, que des

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assises devant des chevalets complètent ce tableau. L'endroit s'appelle Am Krœgcl. Je crois difficile de trouver un autre vestige de cet âge à Berlin.

On revient ensuite avec plaisir vers la nouvelle ville ; on se laisse reprendre par le charme de ces avenues si nettes, où l'air circule en toute liberté, de ces habitations variées, spacieuses, bien éclairées, confortables et gaies. Et l'on accorde au Berlinois que, puisqu'il ne dépend pas de lui que la Sprée soit un fleuve limpide et riant, puisqu'il lui est impossible de soulever des colHnes d'où l'on jouirait d'émouvants points de vue, il a en somme tiré de la seule platitude dont il disposait le parti le plus avantageux pour l'agrément des yeux, l'art des habitations et l'hygiène publique.

LES QUARTIERS Je m'en rends compte POPULAIRES o o surtout quand, abandonnant les quartiers aristocratiques et bourgeois de l'ouest et du sud- ouest, je traverse les quartiers populaires de l'est et du nord. Certes, les immeubles sont d'aspect moins luxueux ; mais, dans ces faubourgs renfermant une population ouvrière de 750.000 habitants, les rues et les maisons sont si soignées, les ouvriers et les enfants rencontrés dans les rues les plus pauvres paraissent si propres qu'il est impossible de se croire dans une ville de l'importance industrielle de Manchester, ce qui est le cas de Berlin.

Je parcours des rues entières, Ackerstrasse, Kôpenickerstrasse, Oranienstrasse, Andreasstrasse, dans le sud- est; je pénètre sous des porcùes qui mènent à de véritables cités, profondes de 300 et 400 mètres, succession de cours abritant des usines de fer, des fabriques de faux bronzes, papeteries, cartonnages, fleurs artificielles,

confections, etc., et des logements ouvriers.

LE MAYERSHOF L'uuo de CCS cités s'appelle le Mayershof. Elle appartient au seul M. Mayer et contenait jadis 2.000 ou 3.000 habitants; aujourd'hui, les locataires sont au nombre de 700 à 800 seulement, les autres ayant cédé la place à de petites industries pour aller vivre dans des maisons plus modernes. Les caves ne sont plus habitées comme autrefois, la police s'y opposant de plus en plus par mesure d'hygiène. Le Mayershof se compose d'une série de larges bâtiments parallèles à la façade principale et séparés par six vastes cours. C'est le type des cités populaires berlinoises, tristes casernes en briques pâles et noircies, mais tenues avec

soin.

Le propriétaire, un brave bourgeois qui habite son immeuble, se promenait d'un bâtiment à l'autre avec sérénité. Aimablement il nous fit les honneurs de sa propriété. Il sonna au palier de plusieurs étages, et nous pûmes visiter quelques logements. La propreté de ces petits intérieurs tristes était remarquable. Certains contenaient un canapé, quantité de bibelots viennois, une machine à coudre, une carpette. Un locataire, dont l'appartement se compose de trois pièces, a fait de l'une des deux chambres un salon en velours rouge, tout comme un fonctionnaire important de chef-lieu ; un enfant écrit ses devoirs sur une petite table basse ; quatre enfants en tout, un cinquième à venir : c'est un ouvrier monteur de chez Siemens qui gagne 8 fr. 65 par jour.

Une chambre et une cuisine se louent 300 francs, une chambre seule 150 francs, deux chambres et une cuisine 450 francs. Il arrive souvent, en Allemagne, que des

ménages sous- louent à un ouvrier célibataire l'une de leurs chambres; iJs y trouvent un bénéfice appréciable. Ici le propriétaire interdit ces sous- locations et divise le plus qu'il peut ses logements pour en retirer lui-même tout le profit possible.

LES FAUBOURGS J'ai demandé à voir les coins tout à fait misérables de Berlin; on n'a pu m'en indiquer. Les quartiers excentriques eux-mêmes, qui datent de quelques années feulement, sont loin d'avoir l'air de pauvreté qui frappe dans les vilies industrielles anglaises ou françaises. La Prenzlauer Allée, par exemple, possède des maisons ouvrières snp*»rbes, admirablement exposées sur de vastes voies, percées de larges baies, garuit»s de balcons fleuris, tout comme dans U's quartiers riches. On peut se croire dans une plaine M«)n<eau plus aérée, plus

étendue, avec plus de fleurs et plus de balcons dorés.

Ce n'était pas ce que je cherchais : je voulais le Whitechapel berlinois, ou certaines rues de la butte Montmartre, quelque crapaudière humide et gluante, quelque coupe-gorge comme il en reste tant à Londres, à Paris, à Saint-Pétersbourg ou à Rome. Cela n'existe pas ici Les rues faubouriennes sont tenues aussi nettes que celles du centre ; les magasins, sans être aussi luxueux, ofîrent une apparence bourgeoise. Les maisons se ressemblent d'un quartier à l'autre ; les gens, décemment habillés, mêmelespluspauvros, n'ont jamais cette gueuserie de nos vagabonds et men(li.ifit> parisiens. Je ne veux pas dire .ji il n v ;i pas de misère à Berlin, car je sais le contraire. Mais il est très significatif qu'elle se cache si bien et 4ti i lie ait honte.

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