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LE PORT de la Frederic-Alfred Hutte à Rheinhausen. Six hauts fourneaux de :.':> mètres île li.iuleur sy
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beaucoup à la villa Hiigel. M"^^ Krupp, qui a des goûts simples, je l'ai déjà dit, donne sept ou huit bals chaque hiver, des five o'clock tous les jeudis. L'énergique veuve ne montre pas grand goût pour les ingénieurs, qui comptent pourtant un peu dans le passé et le présent de sa fortune. Elle ne les trouve pas assez «distingués». Fille du général von Ende, elle préfère l'entourage des militaires, qui partagent son dédain pour ces bonshommes empêtrés dans leurs redingotes sans désinvolture. Jamais un de ces jeunes blancs becs inutiles, qui sont là pour la parade, ne consentirait à épouser une fille d'ingénieur, à entrer dans la Kruppiana, comme ils appellent les 3.000 employés civils, leurs femmes et leurs enfants. Aussi ce sont des officiers venus de Cologne, de Bonn, de Dûsseldorf, de Grefeld et même de Hanovre, qui composent la fine fleur de tous ses bals... L'hiver, M^^ Krupp, qui a des goûts simples, je le répète, loue un grand hôtel public à Berlin, généralement l'hôtel Continental, et y donne deux grands bals auxquels toute la Cour assiste, les princes et l'Empereur lui-même.
Le personnel domestique de la villa Hiigel est assez nombreux : il se chiffre par une centaine de valets et de filles de chambre. Soixante chevaux dans les écuries, qui ne servent pas à M™® Krupp, — vous pensez bien 1 elle a des goûts si simples, — mais aux princes quand ils viennent. Toute cette valetaille ne loge pas au château : on a fondé pour elle, à quelque distance, une colonie spéciale.
Les appartements sont, m'assure-t-on, superbes. De grandes richesses les remplissent : tapis rares, tableaux, vases précieux...
On chasse peu ici. Dans le Westervvald, entre Coblentz et Bonn, près de Neuwied,
la famille Krupp possède des milliers d'hectares de forêts giboyeuses où ont lieu de grands carnages à chaque saison.
Et malgré ce faste, malgré ces richesses imposantes, — puisque de son vivant M. Frédéric Krupp payait ses impôts sur 12 millions de revenu, — on m'assure que les plus grands dîners n'ont jamais plus de deux plats, même aux jours de gala où l'Empereur s'invite.
Mme Krupp a des goûts simples.
LE DIRECTOIRE Actuellement, les établis- DES USINES o o sements Krupp sont gérés par un Conseil de direction dont le président est le landrath Rœttger. Ce conseil se compose non seulement d'ingénieurs, mais de financiers, de diplomates, de juges et de militaires ! Mais M. Rœttger n'est qu'un président pour rire, c'est-à-dire pour la forme : il reçoit, il parade, il représente. Le véritable chef est un homme d'une intelligence remarquable, le docteur en philologie Schmidt, ancien vice-président de la Société des chemins de fer d'Egypte, qui, ne voyant presque plus clair, est obligé de se faire lire lettres et rapports. C'est lui qui alla discuter à Dûsseldorf la position des établissements Krupp devant le Syndicat de l'acier, lors de la création de ce fameux Stahlwerksverband.
Malgré toute son habileté, il n'a pu encore résoudre un petit conflit qui se pose pour l'administration de Rheinhausen. Les usines, qui datent de dix ans à peine, sont toutes neuves. Et l'espace manque déjà pour les agrandissements nécessaires. Quelques hectares de prairies restent enclavés au milieu des terrains appartenant à la société Krupp. Ils sont la propriété d'un paysan qui y fait paître ses vaches ; or, ce seigneur, très conscient de la
valeur stratégique de sa position, ne veut pas vendre son herbe pour moins de 2 militons ! On a essayé, de toutes les façons, de l'influencer, l'homme tient bon. Ses prairies, au cours d'usage, valent bien 10.000 marks. La légende du meunier Sans-Souci, qu'on apprend dans les écoles, pour la gloire de la justice prussienne, n'aura pas été stérile.
« Deux millions, dit le paysan, pas un pfennig de moins ! M. Krupp ne se ruinera pas pour si peu. Et moi je me trouve bien ici. »
Il existe, paraît-il, chez Krupp, une organisation occulte de contrôle et de surveillance réciproques entre tous les chefs, comme dans Tordre des Jésuites.
Chacun se méfie des autres, et croit voir des espions partout. On intrigue, on complote, on se ligue, on se trahit, comme autour des empereurs byzantins. Un coulage considérable... D'autre part, les six cents officiers en retraite ou « à la suite», placés là non pour leurs capacités, mais pour leur parentage, conservent les mœurs et le ton de la caserne. Les portiers des cent portes de l'usine saluent bien en joignant les talons, mais, chose bien étonnante et pourtant réelle, les ouvriers se plaignent des façons du commandement. Aux dernières élections, Essen a encore envoyé au Reichstag un député du centre, mais avec 6.000 voix seulement de majorité. Le parti social-démocrate fait chaque jour des progrès. J'ai causé avec quelques-uns des membres de la section d'Essen (j'y reviendrai), et ils paraissent sûrs deTemporter aux prochaines élections. Alors, les grèves commenceront avec les revendications... On .in lU, lorsqu'on dresso l'-r.Milr.. qi^. .je Magdebourg à Kit'J, L't d Lsstn a la Westervvald, un léger
craquement se fait entendre. Serait-il vrai que, arrivées à un certain point de développement, les maisons comme les empires subissent l'inévitable loi de la décadence? II n'y a plus de Krupp, ses lieutenants se disputent et se combattent en secret, l'armée murmure, observe et attend. Ehrhardt veille... Thyssen est prêt...
La supériorité des Krupp a toujours consisté à savoir s'entourer d'hommes de valeur. Comme des monarques prévoyants, les trois Krupp se sont dit :
« Mon fils sera peut-être un incapable, mais il ne faut pas que notre œuvre périsse... » Ils n'avaient pas pensé que la troisième génération ne produirait que des filles.
Depuis mon passage à Essen, les deux demoiselles Krupp se sont mariées à des barons de l'Empire. Lors de mon séjour, on disait :
« Il faut que M"^ Bertha se marie, il le faut^ c'est une afTaire d'État. Tous les ingénieurs le demandent. On a besoin d'un chef ici. De trop graves intérêts sont en jeu pour que l'Empereur les laisse plus longtemps péricliter. « On dit d'ailleurs qu'il a trouvé des maris pour les deux filles.
J'ai cru comprendre que l'aînée, ^I^'6 Bortha, ne passait pas pour aussi intelligente que sa cadette, M^'^ Barbara, de deux ans plus jeune qu'elle. Mais les avis sont partagés sur ce point.
Ce besoin de direction et d'autorité sera-t-il satisfait pu h- mariage de VIHe Berth;! Knipp avec un homme choisi par l'pmppr'iiî ( iuillumit'? C'est douteux. Ori dit hit ri iji).' Ir -^Miix ff ,)i!i ii'a |>as seulemont pensé au iHUihiur de sa jeune amie en rhnisissnnt parmi ses barons l'époux cMhju.! i! lit reconnaître par le contrat «le ni.tiiage une rente annurlln do 500.000 franco. Il .luraif, m m^nu' t<'inps, songé à l'intérêt de l'I-^tat [ini.s>it>n, qui a
besoin, croit-il, de conserver l'intégrité de la maison Krupp pour sa sauvegarde.
Et le baron si richement doté serait l'homme à comprendre admirablement les intentions de l'Empereur. Il surveillera avec un soin jaloux les 160 millions d'actions représentant une partie de la valeur des usines et qui sont entre les mains de sa femme. Mais fera-t-il le miracle d'empêcher les compétitions sourdes qui agitent le puissant Directoire de onze membres, aussi puissant qu'un État? Empêchera-t-il les ministres de caser aux bonnes places grassement rétribuées leurs frères, leurs cousins et leurs amis incapables? Et si le grand mérite de Krupp fut toujours, comme Carnegie et comme Napoléon, de savoir s'entourer de gens supérieurs, il n'est pas sûr que M. de Bohlen-Halbach ait trouvé ce don-là dans la corbeille de noces.
Présentement, grâce aux nouveaux rameaux que la vieille firme a greffés sur
son vénérable tronc, grâce aux aciéries de Magdebourg, grâce aux fonderies de Rheinhausen, grâce aussi aux chantiers navals de Kiel alimentés par la valeur du monarque, les affaires se maintiennent. Mais, en même temps, les forces s'éparpillent, les influences malfaisantes se multiplient autour des proconsuls délégués... Et il n'y a plus personne — que l'Empereur — pour veiller à l'unité et à l'intégrité de la colossale affaire. Et Guillaume II est déjà si occupé !
Je ne veux pas de mal à la maison Krupp, qui ne m'a rien fait. Je pense au contraire que, dans ce coin fumeux de la Westphalie, on a donné au patronat de tous les pays de bons exemples de prévoyance et de charité que je détaillerai au prochain chapitre. Mais je suis obligé, pour être impartial, de reproduire les bruits qui circulent, et les jugements portés devant moi sur l'état actuel de cette puissante oligarchie.
(SUITE