‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 49 sur 164 · r" 1 ri I I r r'v i I /- . i · texte numérisé non relu

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de myosotis, de giroflées et d'oseille.

Les vieilles femmes apportent ici leur modeste mobilier : une armoire, une commode, un lit de bois et un canapé couvert d'une antique étoffe, parfois une étagère avec une grosse bible, des portraits de famille, celui de l'Empereur et des Krupp naturellement, et des devises enluminées dans des cadres de bois vernis ou brodées en coton rouge sur des napperons de toile blanche : « Notre forteresse, c'est notre Dieu ! » ou « La plus grande joie, ici-bas, c'est l'union dans le ménage. » Une autre vieille, toute branlante, ridée et parcheminée, s'approche de nous, essayant de sourire. Elle a soixante-dix-sept ans. De ses cinq enfants, aucun n'a pu la recueillir.

« Ma dernière fille est à San- Francisco, me dit-elle, elle a six enfants et n'est guère plus riche que moi. Pensez si cela doit être triste, monsieur (elle faisait allusion au récent tremblement de terre). Elle m'a écrit pour avoir de l'argent. Mais quoi lui envoyer avec mes 22 marks par mois ?

Rien de mélancolique comme ces vieillesses solitaires qui s'éternisent au milieu des souvenirs du passé, sans autre distraction qu'une partie de loto, le soir, ou les récits toujours les mêmes des histoires d'autrefois.

Dans une maison voisine, un vieux de soixante-seize ans, solide encore, la barbe à peine grisonnante, les yeux vifs derrière de grosses lunettes, vit parmi ses oiseaux qui l'occupent presque toute la journée. L'usine lui alloue une pension de 30 marks par mois. L'État lui donne 13 marks 50 et une rente de 10 marks de la caisse des invalides de la guerre, car il a fait les campagnes de 1866 et de 1870.

« Et c'est assez ?

— Dos muss genug sein (Cela doit me suffire), répond-il en secouant sa barbe

d'un gros rire. Je ne fais pas d'économies, bien sûr. »

Celui-ci pourtant n'a pas à se plaindre. On lui donne, avec le logement, la nourriture, mais il doit acheter le pain et le beurre. Et avec ses 53 marks par mois (qui font 66 francs), il ne lui manque rien.

Voici donc la règle : tous les vieillards devenus invalides obtiennent une partie de maisonnette ; ils sont nourris, c'est-àdire qu'ils vont toucher de la viande, de la soupe, des pommes de terre et du café à une cantine. Ils payent eux-mêmes leur pain, leur beurre et leur tabac et reçoivent comme pension 75 p. 100 de leur dernier salaire. La plupart augmentent ce léger revenu en fabriquant des petits paniers d'osier que l'usine leur achète, mais il faut pour cela qu'ils aient travaillé vingt ans. D'autres institutions patronales de Krupp sont à citer dans cet ordre d'idées : Un hôpital, deux baraques d'isolement pour maladies épidémiques, deux étabUssements de bains, un lavoir à vapeur, six réfectoires, un casino pour les employés, un casino pour les contremaîtres, une école ménagère, quatre écoles d'industrie pour garçons et filles, une bibliothèque, une caisse d'épargne, une société d'assurances sur la vie, une clinique dentaire.

Ceux qui sont mariés ont une petite cuisine. Ils reçoivent les denrées crues au lieu des mets tout préparés que les célibataires et les veufs vont chercher gratuitement à une maison de convalescence voisine: c'est l'asile de convalescence Kaiserin- Augusta- Victoria, fondé pour les ouvriers blessés à l'usine, ou relevant de maladie. Ceux-ci ont droit à quatre semaines de repos sous la surveillance d'un docteur spécial. Il y a là des ouvriers de tout âge, depuis des gosses de quinze ans, pâles et qui soignent déjà une maladie d'estomac,

jusqu'à des hommes de soixante ans qui toussent à fendre Tâme. En arrivant, ils laissent leurs habits, leurs chaussures, leur linge même, et ne portent plus que des objets prêtés par Tasile qui les accoutre d'une sorte de pijama-uniforme de toile à larges raies blanches et bleues, et les coiffe d'un feutre tyrolien grisâtre orné d'une plume. Ils ont là-dessous des airs pitoyables.

On me fait visiter tous les locaux. Les règles d'hygiène les plus strictes y sont observées. Les murs blancs luisent sous leur couche de vernis, les salles spacieuses, bien éclairées, cuisines, salles de provision, officines, dortoirs. Dans la cuisine, on conserve précieusement deux couvercles de marmite émaillés de blanc qui portent ces inscriptions peintes en noir : Zur Erinnerung an den Kaiserbesuch et Andenken an den Kronprinz, avec la date de la visite impériale. L'Empereur et son fils ont soulevé de leurs propres mains ces couvercles pour respirer l'arôme du rata, et le fétichisme féodal des fonctionnaires commémore ce geste extraordinaire.

L'asile, construit au sommet d'une colline, regarde au midi un horizon splendide de bois, prairies, de vignes et de rivière. De la terrasse, bordée de parterres fleuris et que prolongent des pergolas couvertes de pampres, la vue plonge sur cet océan de verdure fraîche.

« A qui appartient ce parc?

— A M'"*^ Krupp.

— Et ces pâturages si v^rts, si frais, si doux n vnir!^

— A M'"^ Krupp.

— Et ces bois f(Mi «levaient au l(jin?

— A \î^"^^ Kruf)}..

Et a droite et a gauche, et tout près, et là-bas, tout l'horizon, aussi loin que

l'œil peut voir, tout appartient à Mme Krupp.

— A combien s'élèvent les frais de l'asile?

— A 150.000 marks par an.

— Qui les paye?

— C'est la caisse des maladies instituée par M. Krupp, avec un capital de 300.000 marks. Mais comme la caisse n'est pas assez riche, l'usine bouche les trous, soit 50.000 francs par an. »

Une maison analogue sera construite prochainement pour les femmes, ^me Krupp a déjà donné un million à cet effet.

Le patronat n'a pas songé seulement à l'installation matérielle de ses ou\Tiers. Il a créé des écoles, et particulièrement des écoles pratiques, industrielles et ménagères, qui permettent aux générations féminines de s'initier à leur rôle futur de mères de famille et de maîtresses de maison.

Dans l'une d'elles, moyennant 2 marks par mois, deux cents jeunes filles viennent de neuf heures à midi et de deux heures à cinq heures, apprendre à coudre, broder, piquer à la machine, tailler des robes.

La plupart épousent des ouvriers ou petits employés et apportent ainsi dans le ménage l'appoint de leur savoir ingénieux, des qualités d'ordre et d'économie qu'on leur a fait acquérir ici.

iJan.-i uni' autre, une école ménagère proprement dite, on leur enseigne à équilibrer un budget ouvrier, la quantité de viande et de légumes nécessaires à la nourrit uro innrnnliôre, les règles frônérales pour le ehi'iv il'S t (imostiblos, rentretien de la rnaiMiti. du jirit:»'; elles font des travaux de raccommodage, de remmaillage, etc.

Naturellement, elles apprennent à faire la cuisine. Le dîiar préparé par elles est distribué en partie aux ouvriers di'tit les

femmes malades ne peuvent momentanément s'occuper de leur ménage. Moyennant 35 pfennigs, vingt-six ouvriers reçurent, ce jour-là, pour leur repas du midi, une soupe, une bonne choucroute avec du lard et des haricots. Les jeunes filles mangent aussi à l'école gratuitement. Les frais d'études ne s'élèvent qu'à 3 marks, remboursés, d'ailleurs, à la fin de leur séjour, qui ne dure que quatre mois. L'argent est déposé à la caisse d'épargne en leur nom, et le livret leur est remis quand elles partent. Ceci a pour but de les encourager à l'économie.

Tout près de l'école, une basse-cour, un jardin potager et un jardin d'essai où les jeunes filles apprennent à bêcher, planter, semer, etc.

BIBLIOTHÈQUES Les ouvriers de la maison Krupp peuvent, si la fatigue leur en laisse le goût, passer les soirées en lectures sérieuses ou amusantes. Une bibliothèque centrale, riche de 52.000 volumes, met à la disposition des liseurs les œuvres les plus variées. Il existe, en outre, des filiales dans les colonies un peu éloignées du centre. Celle de Friedrichshof est un modèle d'installation confortable et gaie, bien faite pour attirer et retenir l'amateur de lecture. Les murs sont peints de clair ; de grandes baies laissent entrer à flots la lumière ; les tables légères de bois vernissé, les lustres électriques d'art nouveau, le chauflage à vapeur, rien ne manque.

Tout près de la salle de lecture, un petit fumoir avec des jeux, papier à lettres, journaux amusants.

Les ouvriers et employés qui préfèrent lire chez eux ont le droit d'emporter les livres de leur choix et de les conserver pendant trois semaines. 75 p. 100 des emprunteurs sont des ouvriers ou leurs fem-

mes. Les premiers ne se contentent pas de la lecture frivole des romans, — les livres techniques, dont l'ensemble compose une bibliothèque spéciale, forment le fond de leurs lectures. Quant aux femmes, là, comme partout, ce sont les romans qui les attirent, et, parmi nos romanciers, Zola, Loti, Dumas, mais particulièrement Loti. Pécheur d'Islande a été, l'an dernier, « l'une des plus fortes lectures », me dit le bibliothécaire.

« Et, au total, lit-on beaucoup? lui demandai-je.

— Il y a toujours 20.000 volumes sortis.» Les ouvriers sont donc assez bien traités, comme on voit, mais les ingénieurs et les employés, au nombre de quatre ou cinq mille, ne sont pas oubliés.

Et d'abord, ils peuvent laisser leurs appointements en tout ou en partie à la caisse, qui leur sert un intérêt de 5 p. 100. Les ingénieurs, outre leurs appointements, touchent une prime sur la production de leur service.

Sur le bord de la Ruhr, à quelques kilomètres des usines, non loin de la villa Hiigel, s'étendent de superbes prairies où paissent des troupeaux de vaches. Krupp a fait construire ici un garage de canots pour ceux qui font du canotage. Un club y est adjoint, avec salles d'escrime et de gymnastique.

Un champ de polo se trouve à proximité ; plus loin, un champ de golf qui s'étend à perte de vue.

A la porte de la ville, Krupp a réservé un vaste emplacement divisé en une douzaine de compartiments de tennis où, l'après-midi, les femmes o\i les filles des employés civils de l'usine vont faire leur partie. Jamais les officiers appointés de l'usine ne viendraient là... « C'est bon pour la kruppiana... », me dit l'un d'eux.

Un manège aussi est à la disposition du personnel. Car ces dames aiment à monter à cheval.

A Rheinhausen comme ici, des maisons sont louées aux ingénieurs mariés ; faites soit pour quatre ménages (chacun payant 800 francs par an), ou pour deux ménages (1.200 francs par an), ou pour un seul ménage (1.900 francs). Des jardins, des vergers éclatants de fleurs blanches entourent les habitations, des pelouses de tennis, tout y est combiné pour retenir les employés et leurs femmes dans l'affreuse cité et pour combattre l'horreur du voisinage des usines, de leur fumée et de leur poussière.

L'usine, — j'allais dire l'État, — distribue à ses salariés, l'Ordre de l'Obus, sous forme d'épingle de cravate ou de boutons de manchettes. Pour la première classe des ouvriers (vingt ans de service), c'est un obus en platine monté sur or ; pour la deuxième classe, le même, monté sur argent. Les employés reçoivent des obus doubles, reliés par une chaînette, pour leurs manchettes.

J'ai trouvé cette idée d'un goût barbare, mais parfaitement allemand. Et soyez sûr que l'homme en qui elle poussa en fut rudement fier ! En tout cas, ceux qui portent ces insignes sans beauté en paraissent bien glorieux et les trouvent très jolis.

« Tout cela est superbe, me disait un ouvrier de Bochum attaché au syndicat ouvrier où j'étais allé chercher la contrepartie de l'optimisme où je vivais à Essen.

Mais les ouvriers de Krupp, en acceptant ces prétendus bienfaits, sont à jamais domestiqués. Qu'est-ce que ça lui coûte, à Krupp, de bâtir des maisons? Il fait payer 140 marks de loyer à huit familles, soit 1.120 marks de rente, alors qu'une maison comme celles que vous avez vues vaut 6.000 marks à peine, car il a ses maçons, ses menuisiers, ses briquetiers.

En cinq ou six ans, il a récupéré son capital et n'a plus qu'à empocher la rente des loyers. Où est la philanthropie ? Il a fait une bonne affaire, voilà tout !

« C'est comme pour les Konsums...

L'ouvrier qui s'y approvisionne est dans l'impossibilité absolue de faire grève.

Car on s'arrange toujours pour qu'il ait un compte à payer à l'épicerie, à la boulangerie ou ailleurs. Et, s'il ne peut les payer, en temps de grève, on en profiterait pour le chasser de chez lui. D'ailleurs, le prix des marchandises est aussi élevé dans les Konsums que chez les commerçants de la ville, et Krupp ne doit pas y perdre, au contraire.

« On s'extasie aussi sur ses maisons d'invalides. Mais songez donc que pour 52.000 ouvriers qui travaillent à l'enrichir, il entretient peut-être 200 invalides ! Avezvous calculé combien de générations d'ouvriers sont morts pour lui depuis le jour où, il y a cent ans, Krupp alluma son premier four à Essen? En somme, s'il y a des ouvriers invalides ici, ils le sont devenus pour faire la fortune de qui ?

« Ah I conclut l'ancien mineur, l'ouvrier est encore bian stupide ! »

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LE MARIAGE DE GUILLAUME II. — Lo prince Fmlt'ric Guillaume é|)ousa le 27 fé\rier 1881 la princesse Auguste Victoria de Schleswig-llolstein. De ce mariage d'inclination sont nés sept enfants.

FAMILLE DE SOLDATS. - Les fils de Guillaume Il portent très tôt l'uniforme..

DANS L'INTIMITE. — L'Empereur. l'Impératrice et ses trois fils aines.

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