‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 55 sur 164 · I. AI.1.KMA(,\K M O I) K k \ K · texte numérisé non relu

I. AI.1.KMA(,\K M O I) K k \ K

Guillaume II en tenue de ffénérnl espa^rnol.

Guillaume II en colonel d infanterie russe.

Guillaume II en tenue de l''' dr;i;;ons royal anglais.

Guillaume il en tenue u amiral danois.

Guillaume II en tenue de gi-neral autrichien.

Guillaume II en cnluiiel de iiussards hon<rrois.

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L A I. L \: ^\ A G N E MODERNE

Guillaume II

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— Mais il se trompe, disent les socialistes révoltés : pour prospérer, les peuples n'ont plus besoin de monarques, ennemis naturels de leur libre développement.

— Il a raison, affirme la majorité disciplinée des Allemands. Les Hohenzollern nous ont fait ce que nous sommes. Ils sont si peu les adversaires du progrès que le peuple leur doit les retraites ouvrières, l'impôt sur le revenu, les lois sur l'assistance publique, l'hygiène populaire, l'instruction, les plus avancées de toute l'Europe.

— Notre Empereur est un impulsif, disent, comme Bebel, la plupart de ceux que j'interroge. Quand il se sent « inspiré», il faut qu'il parle et qu'il agisse, mais qu'il parle surtout.

« Il télégraphie à Kruger pour le féliciter de son énergie dans la répression du raid Jameson au Transvaal. Puis, quand la guerre éclate, il ne bouge pas. Et enfin, lorsque le vieux Président vaincu vient pour le voir, il lui refuse audience.

— En télégraphiant, expliquent ses défenseurs, il obéit à son instinct chevaleresque ; en s'abstenant d'intervenir ensuite dans le conflit anglo-boer, il s'incline devant la force des choses. Que pouvait-il faire pour aider les Boers dans leur lutte contre l'Angleterre? Et en recevant Kruger, ne courait-il pas le risque de brouiller son peuple avec son puissant voisin, — inutilement ?

— Croyez-moi, me dit la douairière, c'est en même temps un impulsif qui s'extériorise et un taciturne doué d'une grande force de réflexion. »

Et elle ajouta avec un sourire :

« Théories d'art à part, l'Empereur est extrêmement intelligent, d'esprit vif et de compréhension rapide. Il aime à discuter, mais^non les vérités qu'il considère

comme fondamentales. Alors, il vous met à l'aise et cause avec vous comme avec son égal. Il est plein d'idées personnelles. Ainsi on lui communiqua les plans des sections allemandes aux expositions de Paris et de Saint-Louis. Pour Saint-Louis, au lieu de la maison moyen âge qu'on lui proposait, il choisit la reproduction du château de Charlottenbourg, prêta ses meubles particuhers, etc., etc., en disant :

« — Il faut montrer aux Américains « ce qu'ils n'ont pas : une filiation entre « le présent et le passé. »

« Pour l'Exposition de Paris, M. Ritchter, le distingué commissaire général, qui avait déjà prévenu l'architecte classé premier de l'adoption de son plan, alla montrer ce plan à l'Empereur ; il demanda à voir les autres, et finalement se décida pour celui classé troisième. Désespoir du commissaire général et réponse de Guillaume II :

« — Si vous ne voulez pas que je vous donne mon avis, ne me consultez pas ! » « C'était la logique même.

« Quoi qu'on en ait dit, la contradiction ne l'irrite pas. Ainsi, il lit tout ce que la Zukunft écrit sur lui. Ce journal hebdomadaire est rédigé par un spirituel écrivain berlinois, M. Maximihen Harden, qui approcha Bismarck dans les dernières années de sa vie et auquel le vieux chancelier fit des confidences qui portent encore. L'Empereur ht donc la Zukunft, et l'annote, parait-il. Il a également lu et annoté un hvre écrit sur lui par Liehmann. Mais il ne se laisse pas affecter par les critiques.

« — Il me méconnaît, » dit-il simplement.

— Je trouve cela très bien ! fis-je à mon interlocutrice.

— Nous autres Allemands trouvons, au

contraire, cela très dangereux, me répondit-elle.

— Et à la Cour? demandai-je. On admire tout, naturellement?

— Ne croyez pas cela ! Il y a à la Cour deux partis, comme dans toutes les Cours du monde : celui des satisfaits, des repus, le parti conservateur, c'est-à-dire celui qui tient à conserver ses faveurs, ses ininfluences et ses privilèges, et l'autre, dont je suis, en l'espèce, le parti libéral, puisque dans l'opposition, n'est-ce pas, ajouta-t-elle finement, on est toujours libéral? Ainsi, le contentement extrême que l'Empereur a de lui le fait manquer quelquefois de tact et de mesure. Tenant d'avance pour bien tout ce qu'il pense, il ne prend conseil de personne. Et «il gaffe», comme vous dites. Ainsi, il va en Italie faire visite à son allié, qui est, comme vous le savez, de petite taille, et il emmène une garde de cuirassiers, colosses de 2 mètres, de sorte que pour leur parler le roi Victor- Emmaunel devait lever la tête en Tair. Ne dirait-on pas une plaisanterie gothique, du temps de Conrad de ZoUern? De plus, comme s'il craignait que le roi d'Italie ne pût lui fournir un personnel domestique sufiisant pendant son séjour, il emmène aussi une équipe complète de valets, — ce qui fut également remarqué à la Cour de Rome. Des détails comme ceux-là, en apparence puérils et qui le sont, en effet, prennent beaucoup d'importance dans les rapports de souverains. En tout cas, ils montrent (iiinn homme intelligent comme notre Kaiser, et qui se pique de délicatesse, peut quelquefois se tromper...

«On se moque un peu aussi de son amour du panache, oh ! avec des sourires, pas plus. A son affectation de jovialité dans i'intimité, on préfère U distinction

suprême de son grand-père dont la simplicité était naturelle, et qui, surtout avec les femmes, montrait la courtoisie et l'affabilité du grand seigneur, un sens de la mesure que notre Guillaume II n'a pas.

C'est que son éducation fut tdute militaire. Il lui manque d'avoir été stylé jeune par des femmes distinguées. La vie joyeuse qu'il mena à Bonn était de qualité ordinaire. Et je crois que là encore sa timidité lui fit préférer des plaisirs de cet étage. En tout cas, il a perdu la tradition...

« Nous ne raffolons pas beaucoup non plus de ses démonstrations bruyantes, de ses voyages retentissants, de ses croisières semées de dépêches sensationnelles, ni, en général, de ses télégrammes, trop nombreux. Son grand-père, qu'il prétend vénérer, ne lui a pas donné de tels exemples : c'était le roi discret qui abritait sa majesté derrière ses ministres et n'en était pas moins grand pour cela.

« Très brave et très fidèle dans ses amitiés, quand il a donné sa confiance, il la retire difficilement. Il aime la justice pardessus tout, et il est plus juste que bon. «Peu sentimental, très dur pour !ni même, il n'est pas très accessible aux douleurs individuelles. Les grands cataclysmes, les malheui-s collectifs l'affectent plus que les drames privés... C'est un véritable Empereur, car comment un monarque pourrait-il éparpiller sa sensibilité sur 60 inilliuns de sujets? Ainsi s'explique qu'il ne songe pas à paraître ce que le vulgaire appelle bon.

«On iiii rrproche avec assez d'amertume, en effet, de n'avoir jamais eu de mouvements généreux spuntanés vers les pauvres, vers les condamnés, et de laisser passer les plus belles dates de sa vie, anniversaires et jubilés, sans larfr^^s pensées de miséricorde. »

En dehors de la Cour, on ne juge pas avec bienveillance les manifestations de l'art impérial. J'ai causé là-dessus avec quelques écrivains et artistes de Berlin. L'unanimité est touchante.

LES GOUTS ARTISTIQUES de Guillaume II sont bien connus. 11 aime l'art, mais l'art classique et pompier. En toute occasion il l'affirme et l'étalé, et ne manque jamais de conspuer le rival honni, méprisé, l'art moderne, qui le hante comme un ennemi personnel. D'où vient cette incompréhension? Probablement de l'éducation. Un jour son esprit s'ouvrit à la beauté devant une œuvre classique, peinture, sculpture, littérature, et il se contenta de cette première émotion. Soit que le temps lui ait manqué pour se cultiver dans cette voie, soit que, orgueilleux de conserver ses premières préférences, il ne comprît pas l'ivresse de s'agrandir en étendant sa faculté d'admirer et de sentir, il est demeuré exclusivement féru de la pompe ordonnée du classicisme, qui, d'ailleurs, cadre peut-être davantage avec son instinct du solennel et du processionnel.

Mais il doit pourtant s'intéresser aux productions d'artistes vivants, car il faut des statues, beaucoup de statues, des tableaux d'inaugurations, des drames, des liymnes, des plans de monuments, des dessins de fontaines, de jardins. Et il collabora avec l'auteur de mauvaises pièces patriotiques, Wildenbruch, qui récalcitra ; avec un certain Lauff, ancien militaire et, par conséquent, plus docile; il corrigea la maquette de Begas, emphatique et froid sculpteur qui ne manque cependant pas de talent, et mit des animaux marins dans ses fontaines ; il est l'auteur anonyme du monument de Guillaume I^r^ à Berlin, qui ne manque pas

d'une certaine grandeur barbare, et de la fameuse allée de la Victoire, vraiment un peu ostentatoire avec ses trente-deux Hohenzollern de marbre qui se bousculent dans la verdure du Thiergarten. Le peintre Knackfuss l'aida à mettre debout des tableaux symboliques; et n'est-ce pas M. Leoncavallo, médiocre musicien italien, qu'il choisit pour musiquer un livret de sa composition? De plus, le modèle de l'uniforme des pompiers des usines Rrupp à Essen, c'est lui-même qui l'a dessiné.

« Il n'a jamais assisté à la représentation d'une pièce de Hauptmann, notre plus grand dramaturge moderne, me dit un confrère berlinois. Il abuse même de son autorité en intervenant pour ou contre les artistes et les écrivains, selon qu'ils partagent ou non son esthétique. De la part d'un souverain moderne, il v a là un excès criant qui indigne beaucoup d'Allemands. Ainsi la commission chargée de décerner le prix Schiller proposa deux fois Hauptmann au gouvernement. Deux fois l'Empereur le raya, et le prix alla à des médiocres.

«A des artistes comme Liebermann, peintre de valeur, Max Khnger, sculpteur discuté, mais original, et graveur de premier ordre, il est impossible d'obtenir une crunmande. Les architectes originaux qui, en ce moment, commencent à se multiplier eu Allemagne, ne peuvent exposer leurs plans pour l'Exposition de Saint-Louis ; demandez à Van de Velde ce qu'il p.Mit obtenir du gouvernement. Ce n'est pas que l'Empereur soit ignorant du mouvement artistique de son époque, au contraire, il sait tout et fait l'étonnement de ceux qui l'approchent. Il va un jour à l'atelier

du sculpteur Krause, auteur d'une statue de

l'allée de la Victoire, et lui parle de Rodin.

«— Il a une réputation extraordinaire,

ce Rodin, fait-il. Les Anglais ne viennentils pas de le nommer à la place de Whistler président de la Société artistique internationale ! C'est absurde ! Les Français ne le goûtent pas du tout. La statue de Balzac a fait du bruit, mais tout le monde l'a trouvée ridicule. Et ses dessins, qu'on vient d'exposer à la Sécession (société artistique avancée de Berlin), en France on n'aurait pas voulu les regarder. Ici, les bons Berlinois écarquillent les yeux et les déclarent admirables... »

Que Guillaume II sût ce qu'il y avait à la Sécession où il ne met jamais les pieds, cela suffoquait d'admiration le sculpteur Krause. Celui qui me racontait cette histoire me disait : « Je sais que l'Empereur a été renseigné par le ministre Studt qui visita la Sécession avec le Geheimrath Schmidt. Il excelle, en effet, à tirer parti de ceux qui l'entourent et à profiter de tout ce qu'ils savent. »

Guillaume II n'aime pas les fleurs. Il ne s'amuse pas à les abattre à coups de cravache, mais elles lui sont indifférentes. Ceci expliquerait assez son horreur de l'art moderne et son amour de l'art casqué et conventionnel si éloigné de la nature. Sa passion pour le costume brillant et empesé qu'est l'uniforme allemand, et qui le pousse jusqu'à en inventer de nouveaux, à en changer lui-même plusieurs fois par

jour, répond aussi à son engouement pour le sublime théâtral et pompier auquel il donne sa préférence. Comme les pontifes de tous les cultes, il croit à la suggestion du décor ; il a raison, mais comme eux il exagère.

D'ailleurs, il raffole de l'époque Empire. J'ignore ce qu'il pense de Napoléon, mais je sais son admiration pour les costumes de ses généraux. Un jour qu'il était allé à Dantzig visiter le régiment des hussards de la Mort, dont il est le colonel, il se laissa conduire chez un particulier dont j'oublie le nom et qui a créé chez lui un véritable musée de curiosités. L'Empereur vanta beaucoup les bibelots, mais revint plusieurs fois devant une miniature représentant le maréchal Lefebvre en grand uniforme. Il ne tarissait pas d'admiration devant les détails du costume du duc de Dantzig, ses broderies, ses couleurs, forçait son entourage à s'extasier comme lui, tant et si bien que le brave homme ne put s'empêcher de dire à l'Empereur :

« Sire, puisque cette miniature paraît tant vous plaire, permettez-moi de vous l'offrir. »

Si je suis bien renseigné, le collectionneur fut nommé quelque temps après Geheimrath (conseiller intime), — c'est la Légion d'honneur des civils, — ^ à moins pourtant que Guillaume II ne l'ait oubhé.

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L'ALLEMAÇNE MODERNE

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