Sepp, op. rit., p
J. Sepp, ojj. cit., p. 44-40.
pire et dépossédaient l'Eglise, les diplomates, à Rastadt, après d'interminables causeries, disloquaient sentencieusement le corps germanique : les principautés ecclésiastiques étaient, une à une, rayées de la carie ; les seigneuries féodales s'effondraient, et Gœrres, sans pitié ni délai, piétinait ces vaincus. L'article s'intitulait : « Qu'y a-t-il à vendre ? » Gœrres étalait sur son écritoire tous les oripeaux et toutes les hardes dont s'étaient parées ces grandeurs déchues ; il en griffonnait le catalogue, avec d'enragés sarcasmes. On dirait une criée, oii tous les objets à vendre traînent à terre, souillés, profanés ; et le gamin de Goblentz, s'instituant ainsi commissaire-priseur pour tout le bric-à-brac du vieux monde, rappelle ces types de plébéiens, à la carrure puissante, au ricanement féroce et colossal, qui parfois, dans certaines pièces de Shakspeare, encombrent les tréteaux.
Une cargaison de semences d'arbres de la Liberté, dont la fleur donne les plus beaux bouquets pour les sérénissimes princes et princesses... Chez Guillaume IV, landgrave de Hesse, constructeur d'une Bastille nouvelle, douze mille pièces de bétail humain, parfaitement dressé, sachant sabrer, tirer, pointer, aller par le liane droit et par le flanc gauche... Deux mitres d'évôques, richement garnies de clinquant, un peu transpercées par la sueur de l'angoisse, pouvant servir de bonnets rouges pour coifTer des arbres de la Liberté... Plusieurs habits d'abbés et d'abbesses, embaumés du parfum de la sainteté, donc excellents pour expulser le diable et exorciser les vaches ensorcelées, assez amples, d'ailleurs, pour draper une barrique... Un chapeau ducal en peau de lièvre, avec une pierre précieuse en guise de bouton, pierre extraite par un alchimiste des larmes de dix mille veuves et orphelins... Un morceau dt
sceptre avec un demi-relief, sur lequel Nabuchodonosor changé en bœuf mange de l'herbe ^
L'énumération continuait, longue à dessein, lourde à plaisir, ne faisant grâce d'aucune tache, d'aucune tare, d'aucun détail sordide ou ridicule, et secouant aux yeux du monde, en les mettant à l'encan, toutes les défroques d'une Allemagne décrépite. Les décombres du Saint-Empire, des Etats de l'Eglise, delà féodalité allemande, s'amoncelaient les uns sur les autres ; toujours alerte, toujours en belle humeur, interprète docile des gesies de la France, l'imagination de Gœrres se prélassait sur ces monceaux de ruines, jetant à tous les vents, pour qu'ils la balayassent, la poussière des gloires effritées-.
C'était là, pour la France révolutionnaire, une illustre et précieuse complicité ; mais courte en fut la durée. L'année 1799 y devait mettre un terme '^.