Friedrich, Ignaz von Dôllinger, I, p
sociaux, surveillant, indiscret mais indispensable des opérations de crédit, contrôleur des finances publiques comme des consciences particulières, un Dieu très vigilant et même, si Ton ose ainsi dire, très entrant, mais un Dieu qui vivait, et qui faisait vivre '.
Aimant tous quatre une certaine forme prophétique, et parfois prophétisant en effet; ayant tous quatre conscience d'être complètement distincts de leurs contemporains, et d'être inaccessibles, de tous points, à la prise des partis qui les voulaient cataloguer; toujours déracinés de leur époque, souvent déracinés de leurs patries, Joseph Gœrres, Frédéric Schlegel, Charles-Louis de Haller, Adam MûUer, firent campagne, chacun avec sa méthode, contre l'absolutisme politique et social, sous quelque forme qu'il essayât de prévaloir. Gœrres par ses leçons de Heidolberg, Schlegel par ses productions romanesques et critiques, Mldler par ses conférences sur la science et la littérature allemandes, avaient incarné le romantisme ; avec le temps, et sous l'impulsion de la foi religieuse, ils cessaient de demander au moyen âge, uniquement, des thèmes esthétiques, des amusements d'imagination, des consolations pour les malheurs de leur peuple; ils lui demandaient des leçons d'architecture politique, des maximes de vie sociale chrétienne, des normes pour un ordre économique chrétien. Quelque fragmentaire qu'ait été leur œuvre, quelle qu'ait pu être, parfois, leur complai-
1. Briefwechsel, p. 220. Mùller explique les connexités entre le domaine du crédit et le domaine de la foi.
sance pour les anachronismes, ils furent les précurseurs intellectuels de ce mouvement catholiquesocial autrichien auquel, il y a vingt-cinq ans, le baron de Vogelsang rendit une impulsion durable ; et c'en serait assez pour nous attacher à leur œuvre et nous faire retenir leurs noms. Mais leurs physionomies, replacées dans le cadre de l'histoire générale, méritent de s'y dessiner en un relief plus saillant encore. Tandis qu'en France la littérature catholique, hormis l'école menaisienne, se donna trop souvent les apparences de servir, en politique, la cause des ultras^ et tandis que l'auteur du Pape était le théoricien par excellence de l'absolutisme, l'Allemagne lisait, dans les penseurs catholiques que nous venons d'observer, la condamnation de €e système politique, et l'Allemagne constatait que la pensée catholique se dérobait à l'orbite de la Sainte-Alliance. Lorsque, plus tard, une opinion populaire aura le droit d'exister, et lorsque ce droit même la rendra victorieuse, elle ne flétrira pas dans Schlegel, dans Mûller, dans Haller, les complices des bureaucraties vaincues ; et quant k Gœrres, elle l'honorera comme un devancier de la victoire.