Aichinger, op. cit., p
et qui, subitement, s'en est senti délogé par un assaut du catholicisme marchant parallèlement avec le protestantisme croyant ^ .
Est-il vrai, comme d'aucuns le prétendent, que, dans cette marche parallèle, Sailer, à certaines heures, inclina peut-être trop aisément à limiter les exigences dogmatiques que Forthodoxie catholique impose à ses adeptes? C'est de quoi les théologiens peuvent discuter à loisir, en épiloguant sur la lettre très importante, et très conciliante, dans laquelle il répondait à une question du libraire Perthes sur les obligations intellectuelles du catholique ~. Mais ce qui est certain, c'est que, dans l'entraînement même de la réaction contre la « philosophie des lumières », Sailer s'exalta jusqu'à patronner, de son incomparable prestige, certains mystiques fort équivoques. Il lui plaisait de surprendre, sur les humbles lèvres de ces enthousiastes, comme un réveil de la révélation divine ; il partageait l'attrait de son ami Feneberg pour leur vivante éloquence, qui semblait faire affront à l'intellectualisme du siècle. Michel-Nathanael Feneberg*^ avait connu et aimé Sailer à l'université de Dillingen; il l'avait même défendu, de son mieux, contre les injustes accusations d'illuminisme au nom desquelles on l'avait disgracié : devenu
1. Stolberg et Sailer se réjouissaient que la BibelgeselUchaft eût répandu en Bavière dix mille exemplaires d'un Nouveau Testament traduit par un catholique (Perthes, Friedrich Perthes Leben, II, p. 345).
2. Le texte en est cité dans Aichinger, op. cit., p. 395-396.
3. Sur Feneberg (1751-1812), qui resta toujours à l'écart des extravagances du séparatisme mystique, voir les pages du chanoine Schmid qui fut son vicaire {Mémoires, trad. Dodille, p. 240-243 et 448-458); et quant au mouvement des Eveillés {Aftermystiker), le meilleur résumé d'ensemble est donné par Silbemagl, Die Kirchenpolitischen und religiôsen Zustânde im neunsehnten Jahrhundert, p. 85-96 (Landshut, KrûU, 1901).
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curé de Seeg, il eut pour vicaire, en 1796, le prôtre Martin Boos, déjà fameux pour les inquiètes ardeurs de son myticisme, et c'est par l'entremise de Feneberg que Sailer fut mis en contact avec ces groupements « d'éveillés » qui, çà et là sur le sol de Bavière, s'improvisaient avec une merveilleuse soudaineté, et se tournaient vers la personne de Boos, comme vers un aimant mystérieusement irrésistible.
Martin Boos * était une âme touchante et troublante. Dieu l'avait fait obstiné, et les hommes, en lui créant la réputation d'être un saint, avaient achevé de l'éloigner de la sagesse commune ; sans le savoir, sans le vouloir, il était hérétique, parlant de la foi et des œuvres comme en parlait Luther, parlant de l'Eglise comme en parlait Jean Huss ; et les ennuis qu'il subissait, les comparutions auxquelles il était convié devant les tribunaux ecclésiastiques, les emprisonnements qui l'empêchaient, pour un temps, de correspondre avec l'humanité, mais jamais avec Dieu, apparaissaient aisément à ses dévots comme l'épreuve et la sanction de son exceptionnelle vocation. Sailer fut pour
1. Martin Boos (1762-1825) avait été, à Dillingen, élève de Sailer. Devenu chapelain à Unterthingau, il entendit une femme mourante lui dire : « Si je me reposais sur mes bonnes œuvres, je serais certainement perdue ; Jésus mort pour moi sur la croix, voilà ma confiance. » Boos mûrit et médita ce propos; il en tira la théorie de « la foi qui seule justifie », et ne s'aperçut qu'au bout de vingt ans (Aichinger, op. cit., p. 268) que c'était là du luthéranisme. Après deux procès ecclésiastiques devant le tribunal ecclésiastique d'Augsbourg, il passa dans le diocèse de Linz, et à l'instigation d'une piétiste protestante, Anna Oberdorfer, il recommença, en 1810, des prédications qui firent de lui le chef et le centre d'une sorte de mouvement méthodiste. L'Etat s'inquiéta ; après un an de prison dans un couvent, Boos, en 1816, quitta le diocèse et l'Autriche, et s'en fut mourir en Prusse Rhénane, curé d'une paroisse des environs de Goblentz.
Boos, à partir de 1796, un défenseur assidu*, non point qu'il contestât Tincorrection de certaines idées outoutau moins de certaines paroles deceprêtre^; mais il y avait, en Saiier même, un mystique, pour qui la foi en Boos semblait être parfois une sorte de corollaire de la foi en Dieu ; et puis, avec son instinct de fraternité chrétienne, Sailerétait peuple; son àme vibrait avec celle de la foule ; et, comme la foule, Saiier subissait en quelque mesure Vélrange séduction qu'exerçait Boos. «Je tremblerais de comparaître devant Dieu, écrivait-il en 1810, sans avoir, avant ma mort, confessé devant Dieu, que lagrande affaire dupieux Boos vient de Dieu^, » A la longue, pourtant, sa sécurité fut médiocre : écrivant à un autre homme d'Eglise intimement mêlé au mouvement de « réveil », le jeune Gossner, il Tavertissait que certaines nuances de mysticisme risquaient de conduire au protestantisme^ ; et c'est en effet ce qui advint, dans la suite, pour Gossner lui-môme^, et pour le prêtre « mystique »