Restauration^ I, p. lvii
4. D'ailleurs, l'enthousiasme de certains lecteurs justifiait cette exalta-
âlâ PENSÉE CAtBOLlQUÈ ET PENSÉE âLLÉMâ!<1)Ë
noble, plus désintéressée, qu'un certain scepticisme politique, qui s'accommode et s'ajuste atout, et ne péchera jamais, à coup sûr, par excès de naïveté. Le quatrième volume de l'œuvre de Haller, qui parut en 1820, renfermait implicitement — ce sont ses propres expressions — « une profession de foi faite devant l'univers entier* ». Que l'univers écoutât, ou bien qu'il fût distrait, Haller devenait catholique, et cela en vertu même de son système : par foi en lui-même, par foi en ses théories, il prétendait faire acte de foi à l'Eglise romaine-. C'est ce que nous révèle un curieux passage de la lettre publique qu'il écrivit à sa famille, en 1821, pour déclarer sa détermination :
Une seule idée, simple et féconde, véritablement inspirée par la grâce de Dieu, celle de partir d'en haut, de placer
tion de Haller. Ainsi, dans les cercles conservateurs prussiens où se formaient les jeunes de Gerlach, bien qu'on regrettât que Haller neùt l>as développé l'idée de nation, on admirait dans son livre la réfutation de Rousseau. {Denkwûrdigkeiten aus deni Leben von Leopold von Gerlcuh^ herausg. Von seiner Tochter, I, p. 6, Berlin, Hertz, 1891.) — «< Combien nous enthousiasma la voix de ce prophète ! écrivait plus taM Louis de Gerlach. Nous venions de rentrer, pleins de haine contre la révolution et l'absolutisme despotique, mais encore très désorientés sur les fondements éternels du droit et de l'Etat. » {Hassel, op. cit., I, p. 187.)
1. Lettre de Charles-Louis de Haller à sa famille pour lui déclarer son retour à VEylise catholique^ apostolique et romaine, p. 16 (Paris, Méquignon, 1821).
2. L'attrait qu'il avait pour la beauté des temples catholiques, les rapports qu'il avait entretenus avec des prêtres durant son émigration, le besoin qu'il éprouvait d'opposer à l'union des sociétés révolutionnaires une société religieuse, apparaissent aussi, dans la Lettre de Haller, comme des causes secondaires de sa conversion. Déjà, dès 1801, dans son Etoffe de Lavater, Haller avait «justifié plusieurs usages de l'Eglise catholique et surtout son unité ». (Raemi de Berligny, op. cii„ p. 20.) La conversion fut quelque temps tenue cachée, pour que le cinquième volume, traitant « des seigneurs spirituels indépendants ou des Etats pontificaux >», et dont certains chapitres sont une apologie de la foi catholique, parût écrit par une plume i)rotestante et fît plus d'impression. (Robert von Mohl, Uie Geschichte und Literatur der Staalswissenscluiflen^ II, p. 529 et suiv. — Erlangen, Enke, 1855-1858.)
dans l'ordre du temps, et dans la science comme dans la nature, le père avant les enfants, le maître avant les serviteurs, le prince avant les sujets, le docteur avant les disciples, amena de conséquences en conséquences le plan de ce livre, ou de ce corps de doctrine, qui fait aujourd'hui tant de bruit en Europe, et qui, j'ose le dire, est destiné peut-être à rétablir les vrais principes delà justice sociale, et à réparer beaucoup de maux sur la terre. Je me représentais donc aussi une puissance ou autorité spirituelle préexistante, le fondateur d'une doctrine religieuse, s'agrégeant des disciples, les réunissant en société pour maintenir et propager cette doctrine, leur donnant des lois et des institutions, acquérantpeuà peu des propriétés territoriales pour satisfaire aux divers besoins de cette société religieuse, pouvant même parvenir à une indépendance extérieure ou temporelle. Consultant ensuite l'histoire et l'expérience, je vis que tout cela s'était ainsi réalisé dans l'Eglise catholique ; et cette seule observation m'en fit reconnaître la nécessité, la vérité, la légitimité ^
Ainsi, parce que la genèse et les développements de TEglise romaine répondaient en tous points aux hypothèses théoriques de Haller, il reconnaissait dans cette conformité une marque de vérité ; et le penseur satisfait s'inclinait en fidèle. Alors, sentant grandir son rôle h mesure que Thistoire même de l'Eglise s'encadrait dans sa doctrine personnelle, il écrivait avec transport :
Dieu suscite un républicain pour asseoir et rétablir les monarchies sur leur véritable base ; un homme simple et peu instruit, dont l'éducation fut assez négligée, pour con-
1. Lettre, p. 5. — « La lettre adressée à ma famille, écrit Ilallcr à l'évèque Yenni le 14 juin 1821, a été répandue dans toute la France, et de nombreux exemplaires sont partis jusqu'au Canada d'un côté et jusquà Saint-Pétersbourg de l'autre. Elle a déjà paru à Londres en langue anglaise. M. le comte de Senfft la traduit en allemand. » Et, le 29 juillet 1821 : « Si j'eusse prévu le succès, j'eusse donné à la Lettre à 7na fçirnille vjn peu plus de développements. Il en a déjà paru sept éditions
fondre la science la plus orgueilleuse des savants, celle dont il fut lui-même imbu dans sa jeunesse, dont il partagea un instant les erreurs; un laïque, enfin, et un protestant, le descendant d'un réformateur même, pour faire briller l'Eglise universelle d'un nouvel éclat, et la défendre avec des armes qu'on n'avait pas encore employées ^
Plusieurs plumes protestantes s'essayèrent à réfuter ce néophyte ; Tintolérance de ses compatriotes bernois le raya, parce que catholique, de la liste des autorités cantonales^; Haller, alors, vint à Paris se mettre au service de la Restauration; et, sous la monarchie de Juillet, il s'en fut à Soleure, oîi s'écoula lentement sa pensive vieillesse^.
Haller, avec un esprit tout ensemble féodal et laïque, avait entrepris une œuvre sociologique, et c'est au cours de cette œuvre qu'il avait rencontré et accepté des conclusions chrétiennes. Fré-
fr.ançaises, i)lusieur8 traductions anglaises, une flamande, une hollandaise et quatre à cinq allemandes. » La copie de ces lettres a été mise à notre disposition par M. Hyrvoix de Landosle. — Le théologien protestant Krug, professeur à l'université de Leipzig, publia une Critique de la lettre de M. de Haller à sa famille, concernant sa conversion à l'Eglise catholique (trad. Richard. Paris, Treuttel et Wurtz, 1821).