‹ L'Allemagne religieuse (volume 3)Chapitre 42 sur 215 · Pacca, Œuvres^ trad. Qiieyras, II, p · texte numérisé non relu

Pacca, Œuvres^ trad. Qiieyras, II, p

C'est qu'en effet Barthélémy Pacca, nonce en Allemagne de 1786 à 1794, avait vu de près les misères profondes qui se dissimulaient derrière cette somptueuse façade et senti, d'une façon cuisante, que, sous ces dehors prospères, le christianisme souffrait étrangement.

Les Mémoires qu'il nous a laissés au sujet de sa nonciature sont singulièrement instructifs : on s'explique, en le lisant, combien les électeurs ecclésiastiques, beaucoup plus princes qu'ils n'étaient évoques, devaient abhorrer la vigilante proximité d'un prélat transalpin qualifié dénonce, qui surveillait leurs mœurs, leurs relations, l'exercice de leur ministère*.

1. Voir, sur l'institution par Lôon X de la nonciature de Vienne et par Gn'goire XIII de celle de Cologne, Stigloher, IHe Errichtung der pnpstUchen Nuntiatur in Alûnchen und der Emner Congrefts, p. 28-30 (Ratishonne, Manz, 1867). - Sur l'importance de la nonciature de Cologne depuis le XVI* siècle, on jjeut lire un j)etit écrit de Pacca: Détails sur l'introduction du protestantisme dans les prorinres rhénanes. « Les nonces de Cologne, dit-il, rendirent d'immenses services au culte et au clergé catholiques, et conservèrent à l'Eglise d'Allemagne, principalement à celle de Cologne, la puissance que les hérétiques voulaient lui ravir. Voilà pourquoi, dans les dernières années de ce xviii« siècle si funeste et si ingrat, les philosophes et les sociétés secrètes firent une guerre si acharnée à la nonciature de Cologne. » (Pacca, Œuvres^ II, j). 11)7.) — L'antipathie des électeurs ecclésiastiques contre les nonciatures n'était pas nouvelle : dès le XVI" siècle, le nonce Bonomi la constatait, au moins à Cologne et à Mayence (comme en témoignent les Nuntiaturberiehte publiés par Stephan Khses et Alois Meister (Paderhorn, SchOningh, 1805); et, en 1704, un chanoine d'Augsbourg, sentretenant avec le nonce Garampi, lui parlait en propres termes de l'excitation qui existait en Allemagne contre le Saint-Siège et de l'aveuglement de lépiscopat.

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Le Rhin, qui traversait en son cours moyen leurs trois électorats, s'appelait vulgairement « la rue des Prêtres » ; mais cette rue n'avait rien d'édifiant, et ces {)rincipautés ressemblaient fort peu à des oasis de prières. Or les prédécesseurs de Pacca, et Pacca lui-même, apparaissaient comme d'importuns témoins, qui contenaient le libertinage des mœurs et guettaient le libertinage des pensées.

Les luttes soutenues par le nonce Archinto, dans le premier quart du siècle, contre Joseph- Clément, archevêque de Cologne, relèvent de la chronique légère plutôt que du droit canon : l'archevêque aimait le voisinage d'une certaine dame, et le représentant du Saint-Siège l'en voulait sevrer^ Sous l'électeur Clément- Auguste, successeur de Joseph-Clément, la nonciature avait dû batailler incessamment contre les habitudes mondaines auxquelles s'abandonnait la curie épiscopale; favorites, acteurs, marchands d'objets de luxe, tous ceux qui bénéficiaient du faste du prélat, tous ceux aussi qui faisaient métier d'y pourvoir, redoutaient et détestaient les représentants du Pape, comme desintrus^. D'incarner la morale rigoriste et l'austérité sacerdotale, c'était là le crime de ces prélats italiens ; on a vite fait d'accuser la morale de se mêler de ce qui ne la regarde point. On leur cherchait chicane avec des textes de droit canon ; mais le droit canon survenait comme un prétexte; et ce qu'avant tout on ne leur pardonnait point, c'était de s'insurger, au nom

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