‹ L'Allemagne religieuse (volume 3)Chapitre 50 sur 215 · Pacca, ŒwTes, II, p · texte numérisé non relu

Pacca, ŒwTes, II, p

'l. Si la religion, écrivait plus tard Pacca, était encore presque pai'tout dominante dans la vaste contrée du Rhin; si le culte divin avait été rétabli dans les lieux d'où l'avait chassé la prétendue Réforme ; si, depuis plus de deux siècles, tous les efiforts du protestantisme pour s'introduire dans les pays catholiques avaient été réduits à néant ; si l'on y voyait encore, florissantes, de pieuses institutions, d'utiles fondations pour former la jeunesse destinée à l'état ecclésiastique et pour convertir les hérétiques; si enfin la discipline était encore en pleine vigueur dans la plupart des cloîtres ; si l'on comptait parmi le clergé bon nombre d'hommes versés dans les sciences sacrées, tout cela, cet état encore si prospère, était, on peut le dire sans exagération, le fruit des labeurs apostoliques et de la vigilance des nonces ordinaires de Cologne. » (Pacca, Œuvres, II, p. 176.)

merait en terre germanique la juridiction des nonces; les riverains de là « rue des prêtres » voulaient mettre le Pape et ses délégués à la porte de l'Allemagne ; et sentant que le peuple catholique était avec Pacca, c'est vers les princes qu'ils se tournaient. Mais leur proposition, telle qu'ils la formulaient, attentait à la liberté même de ces princes. Par là même qu'un souverain, petit ou grand, voulait être maitre chez lui, n'avait-il pas le droit, si bon lui semblait, de tolérer et même de bien accueillir, entre ses frontières, l'activité spirituelle d'un nonce ? C'est ce que soutint Charles- Théodore de Bavière ; et sa thèse prévalut. Que les métropolitains s'entendissent mal avec Rome, c'était affaire h eux ; mais à quel titre prétendaientili, par une loi d'Empire, obliger tous les princes d'Allemagne à manquer de courtoisie au Saint- Siège? Les susceptibilités des princes s'offusquèrent, comme s'étaient offusquées, au lendemain du Congrès d'Ems, les susceptibilités des évéques, et l'acte d'accusation dressé par les métropolitains contre Pacca ne reçut aucune sanction ^

Les souverainetés laïques avaient refusé d'infliger à Rome l'affront définitif que ces hauts prélats avaient concerté. Ils trouvèrent, en 1790, une faible revanche; la capitulation que signa le nouvel empereur Léopold contint quelques lignes formellement offensantes pour la juridiction des nonces^. Mais les archevêques d'Allemagne étaient les premiers à sentir que ce n'étaient là que des formules de style. Dans leur duel contre Rome,

\. PftOCâ, Œuvres, II, p. 2^4-238. — Stigloher, op. cit., p. 235-236. 2 Pacca Œuvreê, p. 254-257— Otto Meier, op. cit., h p. 130-136.

ils ne pouvaient compter que sureux-m<^mes. Héritiers malencontreux des erreurs d'optique de Febronius, ils avaient, comme lui, méconnu la marche de Thistoire; en s'ingéniant, comme ils l'eussent fait au xv® siècle, à provoquer une manifestation des Etats laïques en faveurdes principes antiromains, ils n'avaient point voulu s'apercevoir que désormais chacune des souverainetés laïques avait en matière religieuse une politique personnelle, concertée d'après ses propres intérêts. Il était trop tard pour demander aux princes d'agir systématiquement au nom du fébronianisme ou d'offrir une satisfaction posthume aux Pères de Bâle : la raison d'Etat était la seule raison dont à l'avenir les conseils princiers s'inspirassent.

Alors les métropolitains déçus ébauchèrent un mouvement de résipiscence. Trêves, Cologne, Salzbourg, firent tour à tour amende honorable au Saint-Siège ' . Mayence restait debout : l'archevêque Erthal caressait avec acharnement la pensée d'un synode qui bouleverserait dans son diocèse toutes les traditions religieuses et tous les usages liturgiques ; il recueillait à l'avance les avis de ses conseillers contre le célibat des prêtres, contre la somptuosité du culte, contre les processions, contre la messe latine 2. C'est quatre jours après la prise de la Bastille qu'Erthal eut assez de loisir d'esprit

i 1. Stigloher, op. cit., p. 252-253.

2. Stigloher, ojt. cit., p. 242-248. — Pacca, Œuvres, II, p. 333-335. Le livre de Kopp publié en 1830, sur l'Eglise catholique dans le xix« siècle^ les changements adaptés à notre temps, sa constitution ultérieure, et, en particulier, les cliangements qu'on y avait faits dans l'ancien archevêché de Mayence et ensuite à Ratisbonne (Mayence, Kûpferberg), rapporte les vœux et les opinions émis par divers conseillers de l'archevêque à l'occasion de la préparation du synode (Pacca, Œuvres, II, p. 243-244).

pour lancer a ses prêtres, comme une dernière provocation à l'adresse du Saint-Siège, une circulaire en vue du synode* : essayant sur le Rhin ce que révoque Ricci venait d'accomplir à Pistoïe, il voulait mobiliser contre Rome une partie de TAllemagne ecclésiastique. Des incidents successifs amenèrent Tajournement de l'assemblée ; et puis la réalité brutale, survenant dans la personne de Gustine et de nos soldats, étouffa le schisme avant même qu'il ne fût éclos.

C'était en octobre 1792 : d'Erthal cessa d'être le maître de May ence. Wedekind, Hofmann, Forster, tous les hommes de science et de « lumières » auxquels le prélat donnait coquettement sa confiance, s'improvisèrent jacobins; ce fut dans l'ancien entourage de l'électeur que la « convention nationale des Allemands libres » recruta ses plus impétueux tribuns ; et Ton vit, par leur bouche, la raison et la philosophie signifier un congé définitif à celui qui les avait si longtemps flattées , et réclamer l'incorporation du peuple rhénan-germanique libre à la République Française^. Mais,deson côté, la foi traditionnelle, demeurée vivace dans les campagnes, prenait très allègrement son parti de la catastrophe devant laquelle d'Erthal s'enfuyait. « Sept ans durant, disaient les paysans du diocèse, nous avons dû chanter la messe en allemand; mais à présent que nous sommes libres, nous voulons la chanter en latin 3. » Telle fut, sur les lèvres des simples, l'oraison funèbre de l'électorat ecclé-

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