PRÉFACE XXIII
vieux libéralisme. Cette prédication est une garantie de paix; lorsque c'est un disciple de Ritschl qui porte dans une chaire « la parole de Dieu », l'Etat est sûr — si l'on nous passe cette expression familière — de n'avoir point d'affaires; et depuis vingt-cinq ans, pour maintenir dans l'Eglise l'unité factice à laquelle tient l'Etat allemand, la théologie moderne fournit elle-même une ressource factice. Il y a toujours des incidents ennuyeux sans doute : ils sont provoqués non par des sermons, mais par des cours d'universités. La théologie incroyante, dans les universités, prend des allures de souveraine ; elle dédaigne les artifices dont elle s'enveloppe devant les communautés. Alors les orthodoxes se plaignent, l'Etat se heurte à des ennuis. Il s'en tire en faisant une part, dans les facultés, aux diverses opinions théologiques ; il impose quelques bons croyants comme professeurs dans les centres où les incroyants sont trop nombreux. Les jeunes candidats au ministère pastoral font ainsi leur choix: on les estime assez pour les initier aux conflits... Us seront bien notés, une fois pasteurs, s'ils savent tenir leur communauté en dehors de ces conflits, qui touchent pourtant à la personne même de
XXIV ï>r£fage
Jésus, à ridée même de foi, à la notion même de Dieu,
Voilà comment l'Etat sauve TEglise d'ipcohérence.
Et voici, d'autre part, comment il est une gêne pour la vitalité du christianisme dans l'Eglise.
L'Empire, à Theure présente, après avoir posé les fondements d'une législation sociale avec laquelle aucun autre pays d'Europe ne pouvait rivaliser, a subitement pris les allures d'un gouvernement de réaction; après avoir jeté l'Eglise réformée dans la mêlée des intérêts économiques, il l'a ramenée brusquement en arrière, rangeant les idées « chrétiennes-sociales » dans la catégorie des absurdités. De son côté, la théologie « moderne », dont les pouvoirs publics toléraient ou secondaient l'ascension, inclinait à encourager le mouvement « chrétiensocial ». Subversive du mystère de la Rédemption, elle vantait volontiers, dans son christianisme à elle, sevré de toute attachemétaphysique, allégé de tout bagage théologique, une doctrine morale « rédemptrice » de l'humanité souffrante,