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CHAPITRE PREMIER

LA CARTE RELIGIEUSE DE l' ALLEMAGNE

La paix d'Aiigsbourg (1555) reconnut aux souverains dans les principautés, aux majorités dans les villes libres, le droit de changer de religion ; elle accordait la liberté de conscience aux détenteurs du pouvoir, et à eux seuls. L'absolutisme laïque alla croissant. Les sujets et les minorités durent confesser et prier Dieu comnie la puissance temporelle voulait qu'il fût confessé et prié; la conscience de l'individu, sauf tolérance, dut refléter strictement la conscience de l'Etat; si le prince oscillait entre des confessions rivales, il pouvait exiger que les âmes de son peuple oscillassent, tout comme la sienne, et la fidélité à un dogme devenait coupable, si de ce dogme le prince se détachait. Le droit public de la vieille chrétienté défendait à tous, grands et petits, l'apostasie; les maximes nouvelles permirent aux puissants, suivant les évolutions de leur esprit ou de leurs caprices, non point seulement de défendre, mais d'ordonner des changements de confessions Pro-

2 L ALLEMAGr^K RELIGIEUSE

moteurs de la Réforme au xvi* siècle ou serviteurs de la Contre-Réforme au xvii*, nombreux furent les souverains allemands qui exploitèrent cette permission. Cujus regio^ ejus religio, tel était l'adage ; pris au pied de la lettre, il signifiait que la sujétion d'un homme à une souveraineté temporelle impliquait et devait entraîner, sauf licence spéciale, son obéissance spirituelle, soit au pape, accepté par le prince, soit au prince, « pape en ses terres ».

C'est au nom de ce principe que, deux siècles durant, de 1556 à 1750, la carte religieuse de l'Allemagne fut remaniée. Un certain nombre d'âmes mystiques, d'une beauté et d'une pureté achevées, avaient salué dans la Réforme les noces d'argent du Christ avec son Eglise, qu'il voulait faire plus sainte pour la rendre plus digne de lui ; elles y avaient applaudi, aussi, un réveil intense de l'initiative religieuse. L'illusion fut courte, le réveil bientôt assoupi ; la crise religieuse qui travaillait l'Allemagne se vint dissoudre en une période d'engourdissement qui dura jusqu'au xvni* siècle. Dans chaque petit Etat de TEmpire, la foi, au lieu de fermenter dans les âmes, se superposait à elles. En dépit des doctrines mêmes de Luther, elle n'était plus un mouvement et un produit de la conscience, mais comme une livr.ée que le prince imposait au sujet. La religion descendait d'en haut, non point, comme au moyen âge, d'une colline lointaine, le Vatican, cime religieuse par essence, assez élevée d'ailleurs et d'un assez vaste rayonnement pour ne point écraser ceux qu'elle abritait, mais d'une cime toute prochaine, d'au-

tant plus impérieuse que médiocre en était l'allitude, étouffant tout dans l'étroit périmètre qu'elle commandait, et concentrant sur elle-même les rayons de la religion plutôt qu'elle ne les répercutait. S'exaltautsur un pareil faîte, l'Etat fixait aux sujets l'obédience de Luther, ou l'obédience de Rome, et mesurait, d'ailleurs, en ce dernier cas, le degré de déférence qu'ils devaient au pape.

Un jour vint où l'ancien régime sombra ; de ces innombrables princes, évêques, abbés et margraves, qui détenaient chacun quelques terres et quelques âmes allemandes, la ruine fut en un clin d'œil consommée ; leurs querelles de mitoyenneté furent oubliées ; leurs peuples furent triturés et mêlés pour l'installation d'un nouvel équilibre germanique; leurs juristes tombèrent en inactivité d'emploi ; ce fut une universelle et brusque déchéance ; et, de tout ce que ces princes avaient pensé et ordonné, c'est dans la géographie religieuse, et là seulement, que subsistent des vestiges. Pour les y rencontrer en grand nombre, il suffit de se promener à travers l'Allemagne religieuse, avec une vieille carte de l'Allemagne politique i.

Un peu plus de trois lieues séparent Tubingue, la ville universitaire du Wurtemberg, et Rottenburg, la bourgade épiscopale. La route est plane ; parfaite de rectitude et d'aisance, elle ne frôle

1 Tous les détails qui suivent, relatifs à l'histoire et à la géographie confessionnelles du sud-ouest de rAllemagne, sont empruntés à l'excellente thèse de M. WilhelmSievers : Ueberdie Abh.'ingigkeit der jetzigen Confessionsmrteilung in Sûdwestdeutschland von den frûheren Ten'itorialgrenzen, mit einer Karte (Gôttingen, Peppmuller, 1884).

aucun de ces obstacles naturels qui maintiennent parfois des douanes intellectuelles : on imaginerait, à l'œil nu, qu'un même courant, flux protestant ou reflux catholique, a dû s'épandre tout le long du chemin, et que ce morceau de terre, homogène au point de vue physique, est homogène aussi au point de vue religieux. Il n'en est rien ; sous l'aspect uniforme des choses, survivent, entre les hommes, des bigarrures de croyances ; tels villages sont protestants, tels autres catholiques, suivant qu'ils relevaient, aux siècles passés, du duché de Wurtemberg ou du comté deHohenberg; la lisière mitoyenne qui séparait les deux territoires s'interposait, à la façon d'une cloison étanche, entre les deux confessions. Parmi les Souabes, jadis soumis à des dominations diverses, le XIX* siècle a pu créer une certaine unité politique ; mais, dans cette patrie agrandie et précisée que le Wurtemberg leur a ménagée, le morcellement religieux persiste, dernière trace d'une époque où l'unité n'existait pas.

Pour une plus persuasive expérience, descendez la rive badoise du Rhin. Vous y trouvez d'abord une assez longue bande protestante : ainsi le voulut Charles II, margrave de Bade-Durlach, qui réforma son église en 1553. Mais, à trois reprises, cette bande est trouée par des villages catholiques ; dépendant de Févêché de Bàle ou de l'Autriche, ils avaient le droit et le devoir de conserver la messe. Lorsque au margraviat succèdent les anciennes possessions autrichiennes, le catholicisme reparaît; mais, au milieu de son domaine, le protestantisme pointe ; c'est au village de Weis-

weil, dont la famille de Bade-Durlach, qui en était propriétaire, donna les âmes à la Réforme. Les seigneuries de Mahlberg et de Lahr succédaient aux terres d'Autriche le long du fleuve ; elles étaient le bien commun des margraves de Baden- Baden, longtemps indécis et finalement catholiques, et des comtes protestants de Nassau. N'y cherchez point l'uniformité religieuse : la conscience collective des deux maisons souveraines était ondoyante et diverse ; cette diversité s'est maintenue. A la hauteur d'Offenburg, la rive redevient catholique : les margraves de Baden- Baden en étaient les maîtres ; ils se convertirent deux fois au protestantisme et deux fois au catholicisme ; à la dernière oscillation, ils installèrent, avec plein succès, l'Eglise romaine dans leurs terres. De nouveau, la Réforme est riveraine en face du confluent de l'IU ; Philippe IV, comte de Lichtenberg, gouvernait ces parages; en 1545, il y supprima la messe ; depuis lors c'est un pays de prêches. Un tout petit village, Hanau, échappait à ce prince ; il relevait du chapitre de la cathédrale de Strasbourg ; on le retrouve catholique, comme ses anciens seigneurs. Quatre souverainetés se succédaient ensuite le long du fleuve ; Baden-Baden (et la rive est catholique jusqu'à lahauteur de Carlsruhe) ; Bade-Durlach (et la rive est protestante jusqu'à la hauteur de Landau) ; l'évêché de Spire (et la rive redevient catholique jusqu'à la hauteur de Spire) ; enfin le Palatinat. Cette dernière région fut réformée au xvi° siècle, redevint catholique après 1625, protestante après 1648, catholique après 1685. Mais, à la différence du

margraviat de Baden-Baden, où la dernière conversion du prince rallia tous les habitants, le Palatinat ne recouvra point son unité religieuse ; et la rive badoise du Rhin se termine, au nord, par une bande de terre où les confessions sont passablement mélangées.

On pourrait poursuivre une pareille étude pour toutes les régions de l'Allemagne. La ville libre de Nuremberg, en 1524, introduisit la Réforme dans ses terres; le margrave Georges d'Anspach fit de même, en 1528, aussi bien pour Bayreuth, dont il était régent, que pour Anspach, dont il était souverain : voilà l'origine des districts protestants de la Bavière ; et les petites communes catholiques, qui dessinent à travers ces districts un très léger pointillé, répondent à d'anciennes enclaves possédées par les ducs de Bavière, par les évêques d'Eichstadt ou de Wurzbourg, ou par l'Ordre teutonique. Les bourgs ou cantons isolés, sorte d'oasis catholiques, qui font tache en pays protestants, sont, en général, de vieux domaines épiscopaux : Geisa, par exemple, aujourd'hui doyenné catholique dans le protestant duché de Saxe- \Yeimar, appartenait à l'évêché de Fulda. Peur expliquer la genèse de l'Allemagne religieuse actuelle, le spectacle de la Prusse orientale est spécialement instructif ; le diocèse d'Ermeland, qui la régit, comprend une enclave catholique, dont Braunsberg est la grande ville, et une vaste région, presque entièrement évangélique, dont Kônigsberg est le centre * L'enclave est formée

1 De cette distribution des paroisses catholiques dans l'Ermeland, on peut se rendre un compte très exact en consultant la

LA CAKIE IVELIGIEUSE DE L ALLE.MAGNE 7

par les terres de Tancien évêché : devant le palais épiscopal de Fraiienbiirg, posté sur une éminence qui domine la Baltique, deux petits canons sont installés, aussi pacifiques, aujourd'hui, que les agneaux porteurs de bannières, dont leur culasse est ornée comme d'une armoirie ; ils rappelle!!!; l'époque où les prélats d'Ermeland avaient le sceptre en môme temps que la crosse, et qui finit au premier partage de la Pologne. La fidélité de ces évoques à l'Eglise romaine permit aux sujets de rester catholiques ; Albert de Brandebourg, à leurs portes, faisait du duché de Prusse une terre protestante. Partout, en Allemagne, les anciens maîtres ont gardé sur les consciences une prise posthume ; sur le système de correspondance entre les hommes et Dieu, ils ont pour longtemps marqué leur empreinte ; et la confession chrétienne, dont ils décidèrent le règne, continue de régner, même sans leur dynastie. Tant bien que mal, on a pu niveler le sol de l'Allemagne politique : mais on n'a point obtenu que le sol de l'A'''^ Ai-

gieuse cessât complètement d'être rubuieux.

Que le XTX" siècle en ait atténué les aspérités, cela d'ailleurs est indéniable. Si, prenant deux cartes d'Allemagne, on y marquait, à l'aide de couleurs

carte des diocèses de Culm et d'Ermeland, publiée par M. Paw« lo-wski (Graudenz, Gâbel, 1800).

variées, le domaine des confessions en 1750 et en 1896, on constaterait, sans doute, une parfaite analogie quant à la disposition des masses coloriées ; mais la carte de l'Allemagne contemporaine comporterait des nuances plus amorties, des teintes moins accentuées, des couleurs moins décisives et moins sûres d'elles-mêmes. On indiquerait, par ce commencement de dégradation, que l'homogénéité des anciens noyaux religieux n'est point demeurée intacte et que les unanimités d'autrefois, catholiques ou protestantes, descendent à la situation de majorités. Munich, Cologne, Fribourg-en-Brisgau étaient, au début du siècle, des villes purement catholiques ; la première, aujourd'hui, compte plus de 48.000 protestants^ ; la seconde, 34.0002 ; la troisième, 13.000 ^. Inversement, Berlin, jadis exclusivement protestant, abritait, en 1846, 16.000 catholiques, 51.000 en 1871, 80.000 en 18S0, 99.000 en 1885, 135.000 en 1890 S et, s'il en faut

* Neefe, Sfatistîches Jahrbuch der Stàdte, V" Jahrgantj, p. 124 (Breslau, Korn, 1896).

2 Sur les progrès du protestantisme à Cologne, M. le pasteur Rebensburg a publié, lors de l'inauguration de la Chrisius/cirche, un intéressant opuscule : Feslschrift zur Einweihung der evaiigC' lischen Christuskirche in Koln den 2 Dezember 1894 (Cologne, Steven). Les statistiques qu'il donne à la page 149 attestent une ascension constante de la population protestante à Cologne: 2.000 en 1826, 5.340 en 1840, 8.159 en 1850, 13.196 en 1860, 14.631 en 1870, 18.7GG en 1880, 31.000 en 1890, 32 000 en 1891, 33.000 en 1892, 34.000 en 1893. La Christuskirche est la troisième église protestante de Cologne ; les deux premières datent de 1806 et 1860.

3 Deutsche evangelische Kirchenzeitung, 1893, p. 67.

* Voir pour ces chiffres : Chronik der chrisllichen Welt, 10 mars 1892 ; Markischer Almanach, 1895, p. 33 et Braasch : Das Conlo zwischen der evangelischen und katholischen Kirche auf dem Gebiet der Mischehen in Devlschland, p. IG (Icna, Costenoble, 1883).

croire V Almanach de la Marche^ près do 150.000 aujourd'hui. De 1880 àl8S5, en Prusse rhénane et en Westplialie, où le catholicisme est prééminent, la proportion des catholiques, par rapport à la population totale, s'est abaissée, et celle des protestants s'est élevée^. On constate le phénomène contraire dans le reste de la Prusse, où le protestantisme prédomine 2. Représentez-vous une échelle, l'une des confessions tout près du faîte, l'autre tout près du pied, et la première ayant commencé de descendre, la seconde ayant commencé de monter : voilà l'image des évolutions religieuses sur beaucoup de points de l'Allemagne.

C'est dans le royaume de Saxe qu'on peut saisir avec la plus frappante précision le jeu comple?œ, et relativement récent, de ces échanges confessionnels. On distingue en Saxe les Etats héréditaires (cercles de Dresde, Leipzig, Zwickau), où pendant longtemps il n'y eut presque point de catholiques, sauf à la cour, et TOberlausitz, où l'Eglise romaine eut toujours des fidèles. Dans les Etats héréditaires, on comptait, en 1835, 9.000 catholiques; en 1871, près de 27.000; en

' En Wcstphalie, en 1880, il y avait, sur 1.000 habitants, 521 catholiques et 465 protestants; en 1883, 520 catholiqufs et 470 protestants. — En Prusse rhénane, en 1880, sur 1.000 habitr;nîs,723 catholiques et 264 protesl-ants ; en ISSii, 717 catholiques ( t 270 protestants {Stimmen aus Maria Laach, 1890, xxxviii, p. 603 et sq.).

- Sur 1 .000 habitants, le chiffre des catholiques, dans les provinces dont rénumération suit, était le suivant en 1880 et 1885 :

Prus.'e occidentale

Po>nanie

Siiésie

Berlin

Br.indebour;;

Sclileswi,? Saxe Hanovre Pni?5»5 lira-siounc oiie;il;'.le

1875, près de 44.000; en 1887, 57.000. C'est dans l'arrondissement de Dresde, surtout, et durant les années qui suivirent la guerre, lorsqu'on commençait à profiter de la loi sur la libre circulation dans l'Empire [Freizûgigkeit), que cette poussée fut la plus forte. Or, en 1835, les 18.000 catholiques qui habitaient la région de l'Oberlausitz représentaient les deux tiers du catholicisme saxon ; elle en possède, aujourd'hui, 29.000, mais ils ne représentent plus qu'un tiers de la population catholique de Saxe. Ainsi le centre de gravité du catholicisme saxon s'est déplacé ; et dans l'ensemble du royaume on n'évalue guère à plus de 15 0/0 le nombre des paroisses protestantes demeurées vierges de toute infiltration romaine ^

Ces pénétrations ne dissolvent ni ne désagrègent les anciens groupements religieux ; mais elles en tempèrent l'exclusivisme en constellant d'un certain nombre de taches des districts jusqu'ici homogènes; sur la physionomie religieuse de chaque région, elles répandent quelque incertitude ; c'en est assez pour alarmer 2. Que dans une

1 Si l'on veut posséder le détail complet de ces changements confessionnels, on doit consulter l'écrit que nous résumons ici : Scheuffler, Der Besitzstand des Kalholicismus in Sachsen, 18 lô und 1888 (Neusalza, 1889). Voir sussi l'article de M. Bôhmert, Zeilschrift des K. sàchsischen stnlistischenBûreavs,i.S2l,i). 53. Utilisant les chiffres du recensement de 1800, il établit ainsi la balance confessionnelle : en 1840 les luthériens fonnaient 98 0/0 de la population et les catholiques 1,73 0 '0 ; en IS'JO les luthériens forment 95,29 0/0 de la population et les catholiques 3,67 0/0.

2 Les progrès d'une confession dans une ville s'expliquent en général par la prédominance de cette confession dans les campagnes d'où l'on émigré vers cette ville : c'est là une loi plus exacte que cette autre iju'on a souvent formulée : « La confes-

bourgade luthérienne des travailleurs catholiques s'installent; aussitôt la Ligue évangélique en induit un plan de conquête occulte, lentement préparé par les Jésuites pour la ruine de la Réforme ^ Etcommele grand nombre des officiers et fonctionnaires protestants envoyés en Prusse rhénane est de nalure à surprendre les catholiques, volontiers ils accuseraient le gouvernement de tenter leurs filles en multipliant pour elles les occasions séduisantes de mariages mixtes- et de les trahir, au lendemain de la noce, en les exilant, par de systématiques mutations de postes, dans quelque province lointaine, strictement évangélique, oii périclite leur foi.

sion de la minorité s'augmente plus vite que celle de la majorité. » Voir à cet égard l'opinion d'un des statisticiens les plus distingués de l'Empire, M. Hermann Losch, Wurllemberr/er Jahrbiicher fur Stafistik und Landcskunde, I, p. 211 (Stuttgart, Kohlhaniraer, 1894).

' Voir, par exemple, ce curieux cri d'alarme protestant: « Notre question était ainsi conçue : D"où vient que le catholicisme s'augmente beaucoup plus rapidement dans les villes protestantes du Wurtemberg que le protestantisme dans les villes catholiques ? La première réponse qui s'oC're est la suivante : Cet étonnant mouvement de population répond, de tous points, aux principes du Pape, des Jésuites, du catholicisme propagandiste. Il est une conséquence du catholicisme propagandiste, qui considère l'Allemagne comme une terre de mission que le catholicisme doit reconquérir » {Konfessionelle Beuol/cerungsbeivegung in Wurttewberg, p. 44. Halle, Strien, 1888).

- Le chanoine Heinrich, de Mayence, l'une des notabilités du catholicisme allemand vers 1830, disait que, pour refuser certains mariages de cette nature, la jeune fille catholique, parfois, doit avoir l'étoffe du martyre. — La question des mariages mixtes ût de leur répercussion sur le progrès ou le recul des deux confessions protestante et catholique est perpétuellement discutée en Alieiiiagne ; l'étude de cette question prendrait place, tout naturellement, dans un chapitre sur les rapports réciproques des deux confessions; nous ajournons ce chapitre pour un volume

i2 L ALLEMAGNE RELIGIEUSE

Il est deux points de l'Empire où le gouvernement prussien travaille, ouvertement, à renverser la situation réciproque des confessions, et se sert du protestantisme comme d'un légat: ce sont la Pologne et rx\lsace-Lorraine. L'immigration protestante, ici et là, est commandée par le pouvoir central ; pour que les nouveaux maîtres trouvassent une majorité de dévouements, il faudrait, paraît-il, que la vieille confession catholique ne conservât plus que la minorité des âmes. C'est au nom du patriotisme germanique que la Ligue évangéliqae et l'Association de Gustave-Adolphe veulent multiplier, dans ces deux pays, les églises et les écoles évangéliques ^. Dans les couches profondes des deux peuples annexés, il y a comme une fidélité stagnante aux anciens souvenirs ; secouer cette volontaire existence d'outre-tombe, remuer cette stagnation, en y faisant s'infiltrer, ou même s'engou tirer, un flot de protestantisme prussien : telle est la politique impériale. M. de Bismarck et son successeur ont semé les colonies allemandes à travers l'antique Pologne; mais juxtaposer n'est point mêler ; entre-choquer n'est point assimiler; la mieux combinée des mosaïques demeure une œuvre factice, et M de Bismarck n'a pu faire qu'une mosaïque.

ultérieur. On peut consulter sur les mariages mixtes : Braasch, Das Conto zwischen der evangelischen und katholischen Kirche anf dem Gebiet der Mischehen in Deutschland (léna, Costenoble, 1883).

1 On s'en peut convaincre en feuilletant la collection, déjà nombreuse, des tracts que publie VEvangelisclier Bund (Leipzig, Braun), et spécialement le tract du pasteur Barwinkel • Der evangelische Bund zur Wahrung der deutseh-proleslanlisclien Interessen.

Lorsque les Polonais dénoncent l'invasion du germanisme évangélique, les ministres prussiens, pour leur rétorquer leurs griefs, citent l'exemple deDanzig, où, depuis 1868, un noyau polonais aurait repris droit decité^ et l'exemple de certains villages de la Prusse occidentale, oii des écoles fondées par l'association protestante de Gustave- Adolphe seraient tombées aux mains et au service des catholiques par suite de l'immigration systématique d'une plèbe polonaise -. Gomme jadis les chevaliers de l'Ordre teutonique, arborant la croix noire sur le manteau blanc, luttaient à coups d'épée contre leurs voisins de Pologne, ainsi dans la Prusse occidentale, redevenue comme il y a cinq siècles la Marche de deux races — et devenue

• Hermens, Die gemeinsame Gefahr der evangelischen Kirche und der deutsclien Nationalilnt in der Diaspora der deulschen Grenzmarken, p. 48 (Leipzig, Braun, 1893).

2 Hermens, op. cit., p. 51-52. Cet opuscule, publié par les soins de VEvangelischer Bund, donne de nombreux renseignements, d'inspirntjon protestante, sur l'injîltration polonaise dans les vieilles Marciies germaniques. — Voir aussi, dans la Chronik des 11 et 18 août 1892, deux articles fort documentés sur les progrès du « Polonisme » dans la Prusse occidentale. — M. le ministre de Gossler déclarait à la Chambre prussienne, le 12 mars 1890, que les régions du roj'aume de Prusse qui jadis étaient considérées comme protestantes par excellence se peuplaient aujourd'hui de catholiques, et surtout de Polonais. On pourrait citer, comme exemple, la ville de Brandebourg, où s'est fondé, en 1890, le Vereiii catholique polonais Sobieski, et où la communauté catholique s'est tellement développée qu'eu 1889, pour la première lois depuis la Réforuie, un évêijue catholique a mis le pied à Brandebourg (Ernst Uiedel, Katliolisches Leben in der Mark Drandenburg, p. 108 et 127. Berlin, imprimerie de la Gcrmania, 1894). — Dans la province de Brandebourg, entre 1880 et 1890, le nombre des catholiques s'est accru de 10 0/0, au dire de M. Rogge {Die Zunahme des Katholicismus in der Provint Brandenburg , p. 5, Leipzig, Braun, 1893).

par surcroît la Marche de deux conressions — c'est, si l'on ose dire, à coups de colons, de journaliers et de vagabonds, que le germanisme protestant et le polonisme catholique se combattent incessamment sans pouvoir jamais s'évincer i.

Partout ailleurs, les infiltrations religieuses accomplies déjà et celles, plus importantes, que promet l'avenir, sont plutôt commandées par la force des choses que par des intentions de propagande ; elles sont un phénomène , non une manœuvre. La législation du xix^ siècle, plus tolérante que ses devancières, les a permises ; elles ont été provoquées et encouragées par l'abaissement des barrières entre les divers Etats, par les facilités du transit, par les circonstances économiques qui réclamaient un chassé-croisé de travailleurs-. Elles attestent la vie complexe, agitée, un peu essoufflée, de l'Empire unifié : par politique, il aime à mêler ses enfants ; bon économe de leurs forces, il les détache là oii leurs bras peuvent le mieux servir ; il exploite, en toutes ses régions, des Allemands de partout ; et ses grandes cités, réceptacles de Polonais et de Rhénans, de Badois et de

' Hermens, op. cil., p. 40, donne les chiffres suivants sur la proportion des deux confessions dans la Prusse polonaise:

Plusse orientale.. . 833 protesteuits ; J 31 catholiques; 7 israélite Prusse occidentale. 4T3 — 500 — 14 —

Posnanie 309 — 664 — 26 —

* Dans de tout petits Etats môme, ce chassé-croisé de travailleurs provoque d'intéressants changements confessiounels; en Anhalt, par exemple, de 1887 à 1892, le nombre des protestants a augiiicnt'j de 8,40 0/0, et celui des catholiques de 61,56 0/0 (Chronik, 1892, p. 50).

LA CARIE RELIGIEUSE DE L'aLI.EMAOIsE 13

Saxons, deviennent, en quelque mesure, une école de fusion et d'unification, oii les poignets se trempent pour une lutte industrielle contre l'Angleterre, cette émule qui paraît une moitié d'ennemie. Le soldat, à son tour, dans le district oiî il cantonne, est un exotique, et Fadepte, souvent, d'une religion exotique' : dans le protestant Brandebourg, un tiers des fidèles du pape se compose des recrues de l'empereur, originaires d'autres régions ; on a vu se créer des paroisses, celle de Wismar, par exemple, pour offrir une messe à des soldats 2, et s'édifier des temples, en Prusse rhénane, pour que la garnison protestante eût un prêche. Préoccupée de broyer entre elles les diverses populations, peu importe à la Prusse que dans cette robuste besogne elle trouble, en beaucoup d'endroits, la tranquillité, longtemps bien assise, du vieil établissement religieux, protestant ou catholique; dans la première année de la domination prussienne en Hanovre, la communauté catholique s'accrut de 1.500 membres-^. Joignez-y le va-et-vient des fonctionnaires 4, et vous comprendrez qu'au contact de

1 A Brunsch-wick, où la législation religieuse est encore une législation d'exception contre les catholiques, 300 soldats et quelques officiers appartiennent à l'Eglise romaine.

2 Bernhard Lesker, Aus Mecldenburg's Verg mr/enheif, p. iH-113 et p. 157-138 (Ratisbonne, Pustet, 1880). En plusieurs endroits du Mecklembourg-Schwerin, c'est pour subvenir au.x besoins religieux des Français prisonniers en 1870 que des édifices catholiques ont été ouverts.

3 Woker, Geschichte der katholischen Kirche uncl Gemeinch in Uannover und Celle, p. 246-247 (Paderborn, Schôningh, 1889). Les catholiques, dans la ville de Hanovre, étaient 4.500 en 1866, et 11.6o0 en 1895 {op. cit., p. 228 et 236).

* Depuis longtemps déjà, dans les provinces prussiennes, le v&-et^ieat des fonctioimaires et des luilitaires auiène des chou-

cette incessante circulation le visage correct que s'étaient composé les anciens groupements religieux, bien barricadés et bien policés par les souverainetés d'autrefois, se chiffonne ou se ride inévitablement.

Formation, aux xvi" etxvii* siècles, d'un certain nombre de terroirs, exclusivement protestants ou catholiques, qui coïncidaient exactement avec les limites des principautés, grandes ou minuscules, et qui survécurent à ces principautés : voilà un premier fait qui explique le morcellement religieux de l'Allemagne.

Développement, au xix* siècle, de minorités confessionnelles qui n'empêchent point, sans doute, la Basse-Bavière ou la Prusse rhénane de demeurer catholiques, ni le Brandebourg ou la Saxe de demeurer protestants, mais qui, réclamant la tolérance, font brèche dans la sévère cohésion des vieux cadres : voilà le second fait ;

gements confessionnels. C'est par l'installation, dans les provinces catholiques de Prusse, de soldats et de bureaucrates protestants que M. Julius Bachem explique la aiultiplication des paroisses protestantes, dans la période entre 1815 et ISGO; de 1815 à 1840, 80 paroisses protestantes y furent créées ; de 1840 à ISoO, 91 ;de ISoO à 1861, 160 (.lulius Bachem, Preussen und die katholische Kirche,^' édit.,p. 51, Cologne, Bachem, 1887). — Le Màrkischer Almanach de 1895 publie un certain nombre de chiffres qui permettent d'évaluer l'appoint catholique que les soldats catholiques apportent dans le Brandebourg :

Francfort-sur-Oder.. sur3. 750 catholiques, 750 soldats

Juterbog — 500 — 400 —

Neu-Ruppin — 600 - 300 —

Potsdam-ville —5.500 - 1.500 —

Spandau —7.700 — 1.700 —

Stargard-ville — 1 .100 — 500 —

et ces Diasporas , comme on les appelle, essaims protestants lancés en terre catholique, essaims catholiques lancés en terre protestante, aggravent et corrigent, tout à la fois, le morcellement légué par Tancien régime ; elles le corrigent en le rendant moins abrupt, en inclinant les barrières religieuses dont les principautés aimaient à s'enfermer; elles l'aggravent, aussi, en exigeant chaque jour, en-deçà de ces barrières, un nouveau sacrifice de l'homogénéité confessionnelle.

En nous aidant de ces observations comme d'une légende explicative, nous sommes en mesure, désormais, de lire une carte confessionnelle de l'empire allemand.

Prusse rhénane et Westphalie, Bavière, Pologne, telles sont les trois régions éminemment catholiques de l'Empire. Le catholicisme rhénan doit être observé dans les meetings ; le catholicisme bavarois, dans les chapelles ; quant au catholicisme polonais, il offre je ne sais quoi de boudeur et d'archaïque, qui, tout à la fois, impose la réserve et séduit la curiosité.

Volontiers on parle de la « catholique » Bavière, et l'épithète est méritée. Elle est, par excellence, lasiie des traditions pieuses ; et le clergé régulier,

iS L ALLEMAGNE RELIGIEUSE

qui les entretient, est relativement plus nombreux an Bavière que dans toute autre partie de l'Allemagne. Longtemps encore, au-dessus de la porte des masures rurales, s'ouvriront les bras d'une madone ou s'allongeront ceux d'une croix, A la cour, des cérémonies survivent, qui de partout ailleurs sont disparues. Une fois par an, dans la chapelle royale, le prince régent arme des chevaliers ; c'est à la fête de saint Georges. Debout devant l'autel, sévèrement serrés dans une tunique de soie blanche, les postulants écoutent un sermon, qui les éclaire sur leurs futures obligations. Elles sont doubles : tirer le glaive pour le Christ et rimmaculée-Gonception et se dévouer pour les pauvres et les malades. Entre les mains du prince régent, intermédiaire entre euxet Dieu, ils en prêtent le serment; le prince, alors, leur donne l'accolade, les enrôle dans la milice de Saint-Georges, et préside à leur toilette, à la remise du casque, de l'épée, des éperons, du manteau bleu ciel au collet d'hermine, tandis qu'à l'autel la messe se poursuit et s'achève. On rêverait pour cette scène, comme théâtre, les arceaux d'une cathédrale, et comme témoins, des pauvres et des malades, fourmillant au fond des nefs : l'étroite chapelle, de style jésuite, semble plutôt faite pour des mariages morganatiques que pour des pompes de chevalerie. C'est après la solennité que le comparse populaire est admis : dans une salle du palais, les princes et les chevaliers entrecoupent d'une série de toasts un déjeuner des plus somptueux ; ils se passent l'un à l'autre, en signe de fraternité, une coupe archaïque, pétillante de vin, qui dessine une tête

r.A CARTE RELIGIEUSE DE L' ALLEMAGNE 19

de lion ; et, derrière un léger rideau de gardes, le bon peuple de Munich délile, jetant sur le gala des coups d'oeil brefs et sui'pris. Survivance d'un âge où la religion créait et ordonnait les tètes de cour, cette cérémonie de la Saint-Georges, par le l'ait même qu'elle est un anachronisme, témoigne d'une fidélité littérale aux anciennes coutumes religieuses, trait distinctif de la piété bavaroise ^ La Bavière a des pèlerinages fréquentés ; Notre-Dame d'Alt-Oetting attire un grand concours de foule ; autour de l'image miraculeuse, des statues d'argent, à demi agenouillées, font sentinelle ; ce sont des princes de Bavière, chevaliers servants de la reine céleste 2.

« Tu ne peux pas aujourd'hui comprendre l'éclar de ton berceau ; tu ne soupçonnes pas pour quels sévères devoirs, pour quels douloureux renoncements la destinée nous a élus. Tous s'inclineront profondément ; en face ils te souriront, et par derrière te déchireront ; n'aie point d'espoir en l'amitié. Mais ta vie épineuse connaîtra des heures de joie ; Dieu a voulu qu'il y eût des grands pour que le bien fût fait à profusion. Fais le bien ; trouver la reconnaissance, c'est chimère. L'ingratitude même t'est réservée ; le salaire, c'est Dieu qui l'offre ; à ceux qui ont fait le bien, il donne la

' Voir la brochure : Der këmglîch Bayerîsche Haus-Ritier-Orden vom heiligen Georg, nach seinen gegenw'iriig bestehenden Vorschriften, Einrichlungen und Gehràuchen (;\Ianich, 1880). L'histoire de l'Ordre (p. 1-8), le détail des cérémonies religieuses et des serments prêtés par les chevaliers (p. 54-70), le texte consacré des toasts )p. 70-11), y seront lus avec intérêt.

2 WallfahrLsort Allôlling und seine Sehenswûrdiqkeiten, p. 24-30 (Altôtting, Lutzcnherger, s. d.).

paix. » C'est en 1881 qu'une infante d'Espagne*, dont l'enfance avait été promenée dans l'exil, soupirait ces mâles leçons sur le berceau de sa nièce Mercedes. Devenue princesse de Bavière, applif[uant ses propres conseils, elle incarne à Munich !a charité catholique ; la « séraphique Union d'amour pour les enfants pauvres et abandonnés », qui fait beaucoup de bien et en rêve plus encore, ne l'a point seulement pour bienfaitrice et présidente, mais pour collaboratrice de son Bulletin'^^ auquel elle adresse, entre autres oboles, celle de ses vers. C'est une cour officiellement catholique que la cour de Bavière.

Mais, en dépit des pompes du catholicisme, en dépit même de ses œuvres, la prise qu'il avait jadis sur la vie publique bavaroise va s'affaiblissant. Munich est l'une des rares villes catholiques de l'Empire oiile socialisme se soit implanté ; il détache deux représentants au Reichstag, un au Landtag. Vainement chercheriez-vous, en Bavière, cette correspondance presque adéquate que l'on observe, sur d'autres points de l'Allemagne, entre les données de la statistique religieuse et le résultat des élections législatives : dans les deux circonscriptions de Munich, la proportion des catholiques au nombre total des habitants est, respectivement, de 79 et 88 0/0, et les suffrages recueillis par le Centre ne dépassent pas 21 et 28 0/0^. Si quelqu'un

1 s. A. R. la princesse Louis-Ferdinand de Bavière [Bas Marienkind, janvier 1894, p. 5. Altôtting, imprim. du Seraphisches Liebeswerk).

* Seraphischer Kinderfreund, Altôlting.

» W. Schwarze, Wii^d dieCentru7nspaitei dieausschlaqaebende

semblait appelé, par son insigne expérience du terrain catholique, à réparer ces disgrâces, c'était assurément le comte Conrad de Preysing, neveu de Ketteler; devant lui, les obstacles foisonnèrent; il fit tout ce qu'il put, non tout ce qu'il eût voulu. Le Centre est traité d'invention prussienne par certains Bavarois de vieille souche. Il est contrebalancé, dans les campagnes — spécialement en Basse-Bavière, où il a perdu la moitié des circonscriptions — par la Ligue des paysans [Bauernbund), dont vainement il signale les candidats comme protestants ou « libéraux » ^ On mesurerait assez exactement la force de l'Eglise romaine en Bavière, en disant que l'électeur ne tolère point de la sentir attaquée : M. de Vollmar et ses amis socialistes sont, en matière religieuse, des opportunistes respectueux. Non moins exactement, on mesurerait la faiblesse de cette Eglise, en disant que l'électeur accepte malaisément, pour ses votes, la discipline du clergé : les candidats de la cure ne sont point, forcément, les élus des fidèles. La presse catholique, en Bavière, est moins riche et moins influente qu'en d'autres pays ai'.emands^.

L'esprit public, depuis quelques années, échappe

Partei im Reichstage bleiben ? p. 31 (Berlin, imprim. de la Germania, 1S94).

* W. Schwarze, op. cit., p. 31-32. Les trois circonscriptions de Straubing, Pfarrkirchen, Kelheim fuient enlevées en 1893 par le Bauernbund ; et dans celles de Landshut, Passau et Deggendorf, les candidats du Bauernbund eurent 36,1 0/0, 44,9 0/0 et 40,2 0/0 des suHraires.

2 VAur/sburr/er Poitzeifung, le principal journal catholique de Bavière, a publié, dans les premiers numéros de janvier 1897, une série d'articles sur la Bavière en 1806, auxquels ou peut se reporter pour de plus complets renseignements.

lentement à l'Eglise, et les mœurs aussi lui échapperaient-elles ? Certaines statistiques des naissances illégitimes tendraient à le prouver. Dans cette laïcisation de la vie publique, dont le socialisme profite, l'Etat bavarois a sa part de responsabilité : depuis Mongelas, ministre au début du siècle, jusqu'à M. de Lutz, ministre hier, les hommes politiques de la Bavière ont lentement tari la sève catholique. C'est à l'instigation de ce royaume que fut inséré, en 1872, dans la législation de l'empire, le fameux « paragraphe de la chaire », prélude du Culturkampf 1. Le premier ministre de Bavière, chancelier actuel de l'Empire, fut en 1869 le seul gouvernant en Europe qui rêvât d'une ingérence des pouvoirs laïques dans les délibérations du concile 2. Les prêtres, « vieux catholiques » hostiles à l'infaillibilité papale, furent maintenus par M. de Lutz, vingt ans durant, dans les paroisses catholiques dont ils étaient titulaires 2. La réunion, à Munich, d'un congrès catholique allemand fut, en 1S90, quasiment prohibée *. L'établissement

1 Sur le rôle joué par la Bavière dans le Culturl;ampf, voir, dans la Pieviie des Deux Mondes du 1" mars 1897, l'article de M. le comte Lefebvre de Béhainc : Léon XIII et le prince de Bismarck.

2 On trouvera des renseignements à ce sujet dans l'ouvrage de M. Emile OUivier: L'Eglise et l'Etat au Concile du Vatican (Paris, Garnier).

3 C'est seulement lorsqu'il fut établi que les « vieux catholiques » avaient été amenés, peu à peu, à repousser d'autres dogmes que celui de l'infaillibilité, que le ministère des cultes bavarois, par un acte du lo mars 1890, les invita à se faire reconnaître comme une confession spéciale et cessa de les considérer comme « catholiques » (Voir le texte de cet acte dans J. Ver us : Der Culturkampf in Bayern, p. 77-81. Berlin, imprim. de la Germania, 1890).

* La lettre du prince régent à l'archevêque de Munich, du

LA CARTfi RELIGIEUSE DE L'aLLE.MAGINB 23

catholique, en Bavière, est somptueusement instalié ; mais dans cette installation il est comme calfeutré *. On permet au clergé des œuvres de philanthropie ; mais, s'il se mêlait trop activement aux conflits sociaux, il risquerait d'être arrêté au nom de l'ordre public.

On lui permet de se manifester par des processions et par des missions-; mais s'il s'abandonnait H certaines hardiesses de propagande, il risquerait d'être arrêté au nom de la paix religieuse. Au fond de ces églises bavaroises, où l'on ne refuse aucun luxe à Dieu, vous rencontreriez, surtout depuis le Congrès catholique qui s'est réuni à Munich en 1895 s, plus d'un prêtre tout enveloppé des vapeurs de l'encens, qui volontiers échangerait ce confort contre la liberté d'action du clergé rhénan.

Dans la Prusse rhénane et la Westphalie, le cals mai 1890, où était exprimé le désir d'un ajournement du congrès cathoiique, est publiée dans Verus : Der Culturkampf in Bayern, p. 81 (Berlin, imprim. de la Germania, 1890).

1 Au Conseil fédéral, les représentants de la Bavière sont opposés au rappel des Jésuites ; le président du conseil et plusieurs ministres bavarois sont protestants.

2 Dans les douze églises catholiques de Munich, au carême de 1893, 48 missionnaires entreprirent une vraie campagne de prédications, dont les Bavarois catholiques parlaient avec orgueil [Verhandlungen der Ai General-Versammlung der Kalholiken Deutsclilands in Miinchen vom 25 bis 29 August 1893. IMunich, Herder, 1895, p. 109\

3 « Nous viendrons à Munich, non maintenant, mais plus tard » Ainsi parlait Windthorst, en 1890, au congrès de Coblentz, au lendemain des démarches par lesquelles le gouvernement bavarois avait prohibé la réunion du congrès à Munich. Cinq ans plus lard, la promesse de Windthorst s'accomplissait, et le comte de Preysing se plaisait à le faire observer dans le discours par lequel il inaugurait le congrès [Verhandlungen der 42 General- Versammlung der Katholikcn Deu'sdilands in Munchen V07n 25 bii 29 August 1695, p. 106, Munich, Herder, 1895).

tliolicisme a pris, en effet, au cours de notre siècle, une allure apostolique et l'attitude d'une puissance sociale. Sans lisière ni compression, ou peu s'en faut, il est ici tout ce qu'il veut être. Le pouvoir central est lointain ; c'est par surcroît un pouvoir protestant : dirigé par un Etat catholique, un Culturkampf a l'air d'un rappel à l'ordre (ce qui fait hésiter et douter les consciences) ; dirigé par un Etat hérétique, il a l'air d'une provocation (ce qui les soulève et les fait vaincre). A la faveur des circonstances et sous l'impression des cours de droit canon professés à Bonn par le savant Ferdinand Walter i, se développa peu à peu, dans la Prusse rhénane, un mouvement d'émancipation catholique, qui surprit tout d'abord les clergés et les fidèles des Etats voisins, façonnés par le joséphisme. Droste-Vischering, archevêque de Cologne, en donna le signal, en se laissant incarcérer à iMinden, en 1837, pour rébellion contre la législation civile des mariages mixtes. Les lois de mai, œuvre commune de M. de Bismarck et de M. Falk, décimèrent l'Eglise rhénane ; elles ouvrirent une crise, où plusieurs évêques perdirent leurs sièges et gagnèrent la prison ; mais, entre le clergé tracassé

1 L'influence de Ferdinand Walter et de son enseignement contrebalança d'une façon très efficace l'esprit joséphisle dont étaient encore imprégnées certaines sphères du clergé. « Ce cours fut une révélation, écrit M. !<; baron Alphonse de Courcel ; il eut un retentissement considérable : dans les provinces rhénanes, en particulier, les catholiques, mieux assurés de la justice historique de leur cause, reprirent conscience de leur force » (Ferdinand Walter, p. 5-6, typogr. Lahure, 1880). Et le biographe n'hésite pas à appeler "SV aller « un des plus utiles pionniers du grand mouvement de rénovation chrétienne qui a signalé la première moitié du xix' siècle » (p. l).

LA CARTE RELIGIEUSE DE L'ALLEMAGNE 2û

par im pouvoir protestant et le petit peuple jaloux d'arracher aux industriels protestants une amélioration de son sort, une curieuse alliance fut conclue, qui dure encore, et dont le Centre prussien profita. L'histoire de cette alliance, sur laquelle nous reviendrons un jour, domine le catholicisme rhénan ^ Dans la plupart de ses actes, il y eut un mélange de préoccupations religieuses et de préoc-

1 « Avec le Culhirkampf, un nouveau principe entra en scène pour la formation des partis: les tisserands de la Prusse rhénane durent prendre position dans une question où jusque-là ils étaient neutres. Le conflit social entre fabricants et travailleurs subsista ; un conflit nouveau, entre cléricaux et libéraux, s'y joignit. Dans la lutte entre libéraux et socialistes, le clergé était resté plus ou moins neutre; il n'avait aucune raison de s'échauffer pour les libéraux, protestants et anticléricaux, et il devait êtrs réservé vis-à-vis des révolutionnaires, qui avaient pour chefs des Juifs et des athées. Mais maintenant commençait une lutte contre le clergé lui-même : il devait sortir de sa réserve et se chercher des appuis. Où les trouva-t-il? A Crefeld sans exception, à Gladbach en majorité, les fabricants étaient des protestants ou des catholiques anticléricaux; d'eux, il n'y avait rien à attendre. Le clergé dut se tourner vers l'autre classe: le peuple, les travailleurs, les tisserands, la composaient... La lutte religieuse et la lutte sociale furent parallèles... Le parti libéral apparut comme le groupement des fabricants et des anticléricaux, le parti du Centre comme le groupement des travailleurs et du clergé. Plus que jamais les ecclésiastiques, hostiles aux fabricants libéraux, furent rejetés vers le peuple... Les tisserands sont les adeptes de l'ultramontanisrae, moins parce qu'il est un parti religieux que parce qu'il est devenu un parti social » (Alphons Thun, Die Industrie am Niederr/iein und ihre A7'beiter ; Erster Thei\: Vie linksrheinische Textilindustrie, p. 197-198, Leipzig, Duncker, 1819). La citation, très curieuse, comporterait plusieurs réserves (Voir Hertling, Aufsàtse und Reden socialpolidschen li^halts, p. 74 et suiv., Fribourg, Kerder, 1884) ; et l'étude du catholicisme allemand nous permellia d'insislor sur ces pn^cs de .M. Thun et de les discuter. Mais on peut dire que l'apparence extérieure des événements, tels qu'ils se déroulèrent en Prusse rhénane, y est fort bien saisie ; et c'est pourquoi nous avons voulu reproduire tout de suite ces lignes caractéristiques.

cupations sociales, qui se soutenaient et s'enveloppaient entre elles. L'Eglise descendit dans les fabriques, consentit à faire siennes les questions matérielles de l'existence ouvrière. Les fidèles, alors, brisèrent ces compartiments derrière lesquels autrefois ils retranchaient leur vie civique ; et leurs votes allèrent au Centre, parce que leurs âmes étaient à l'Eglise. Elle associait tour à tour les ouvriers de la grande industrie, les paysans, les ouvriers, les commis de boutiques, comme elle avait, dès 1815, associé les compagnons ambulants. C'est en Westphalie et en Prusse rhénane que prirent naissance ces puissants Vereine, lentement ramifiés à travers toute l'Allemagne. Ils trouvaient la place prise par un discret fourmillementd'associationsetdefraternités pieuses, œuvres de conservation, qui groupaient en des chapelles bien closes, pour la protéger contre le mal, une dévote élite triée dans la foule. Sans évincer ces Brudei'schaften^ qui dans certaines villes, comme Aix-la-Ciiapclle, résument encore presque exclusivement l'action catholique, les Vereine s'y juxtaposèrent, avec des cadres plus amples et des façons plus conquérantes. On y choquait les verres en même temps qu'on y mêlait les prières; on s'y groupait pour la réalisation concrète et terrestre d'un certain idéal chrétien; loin de fouiller la vaste pâte populaire pour en extraire le levain et empêcher qu'il n'y fût étouffé, on voulait, au contraire, qu'il fermentât au milieu de cette pâte: c'est sur de larges fondations que ces groupes nouveaux étaient assis. Ils dressèrent le peuple catholique à penser par lui-même et à agir par lui-

même, sans attendre d'en haut, comme une sorlc de supplément k la révélation, un mot d'ordie quotidien pour la conduite politique et sociale ^ Or il fallait que sur le terrain politique la prépondérance du catholicisme rhénan trouvât son expression : grâce à la vertu éducatrice des Vereine, cette expression put prendre une autre forme que celle qu'on appelle vulgairement le gouvernement des curés. Le Centre rhénan est d'un acabit fort laïque: il se maintient, avec la hiérarchie ecclésiastique, en une communauté générale d'idées ; mais il la laisse en paix, et elle le laisse en paix. Delà Gazette populaire de Cologne^ qui depuis trente-sept ans, avec un mélange presque artistique de souplesse et de fermeté, commente et conduit la politique du Centre, jamais on n'entendrait dire sommairement, non plus que de l'ensemble des journaux catholiques allemands : « C'est l'organe de l'évêché. » Telle est, en son complexe aspect, l'orientation dt! catholicisme rhénan.

Il parlait aux foules de justice sociale, voire même d' « exploitation capitaliste », avant que Ici socialistes nesefussentprésentés^. Devancés dans la

1 On ne saurait avoir une idée plus complète de l'activité « sociale catholique » dans la Prusse rhénane qu'en lisant la monographie consacrée par M. Brandts au diocèse de Cologne : Die kathoUschen WohlthuUqkeits-Anslaltea und Vereine f^owie dus katholisch-sociale Vereinswesen insbesondere in der Erzdiocese Kbln (Cologne, Bachem, 1896).

2 Sur cette activité sociale du catholicisme, voir les livres de M. l'abbé Kannengieser : CalhoUques alloncnds, le Réveil d'un Peuple (Paris, Lethielleux): el l'opuscule hostile de M. le pasteur Weber : Die sociale Organisation des rômischen Katholicismus in Deutschland (Halle, Strien, 1890).

contiance du peuple, ceux-ci perdirent toute chance de victoire. Leur clientèle, composée surtout d'ouvriers immigrés, se trouve parfois en majorilé pour certaines élections professionnelles; mais, pour les élections politiques, l'agglomération industrielle qui s'est entassée dans la région do Cologne demeure une bastille du Centre allemand. Avec cette fidélité politique, la pratique religieuse va de pair, ainsi que le bon aloi des mœurs ; sur 100 catholiques, on évalue de 75 à 95 le chiffre des communions pascales; et si l'on excepte la petite principauté de Schaumburg-Lippe, enfoncée d'ailleurs comme un coin dans la Westphalie, celle dernière province et la Prusse rhénane sont les deux pays d'Allemagne oij les naissances illégitimes sont le plus rares K Dans un journal de voyage, récemment mis en lumière par le P. Lecanuet, Charles de Montalembert, en 1834, écrivait: « La Westphalie est le foyer du catholicisme dans l'Allemagne du Nord, c'est la Bretagne germanique -. » Ce témoignage demeure exact.

Dans quelle mesure la poussée des intérêts agrariens risque-t-elle, à la longue, de désorganiser le Centre rhénan-westphalien, d'imposer des hommes nouveaux à la confiance des catholiques ruraux, et de troubler l'harmonie entre la vie religieuse et la

1 Voir Schneider: Theologisches Jahrbiich aufdas Jahr '}S97, p. 234 (Gûtersloh, Bertelsmann). — Sur la moralité dans la principauté de Schaumburg-Lippe, voir Kiihne: Die geschlechlUch-si/llichen VerhUltnisse der evangelischen Landbewo/iner in Brauu' sc/iweig, Oldenburg, Lippe, Schaumburg-Lippe und Brewen, p. 58-6i (Leipzig, Werther, !89u .

- P. Lecanuet, la Jeunesse de Montalembert^ p. 380 (Paria, Poussielgue, 1896).

vie publique ^ ? Nous l'éludierons plus tard. La plus récente manifestation du Centre dans cette région fut l'élection législative de Cologne, cnjanvierl896; M. l'avocat Karl Trimborn recueillit un nombre de voix supérieur encore à celui que le Centre obtenait d'ordinaire ; dès le premier tour, il fut élu ~. Un industriel de Mûnchen-Gladbach, M. Brandts, et M. Trimborn lui-même comptent beaucoup, pour maintenir la discipline électorale, sur l'Association populaire pour l'Allemagne catholique ( Volksverein fïh'das katholische Deiitschland)^ dernière création de Windthorst, et dont ils se partagent la présidence ^. Cette association est destinée à répandre, à travers toute l'Allemagne, cet esprit d'initiative laïque et ce programme d'action sociale qui font la force du catholicisme rhénan. Le catholique de la Prusse rhénane est attaché à son autonomie ; il se dit volontiers Rhénan, tient fort peu à passer pour Prussien; il a conscience de ce qu'il vaut;

1 Le 10 septembre 1894, a été créée, à Cologne, la rkeinische Vollisstimrne, journal calliolique agrarien. M. le baron Félix de Loe, l'actif fondateur des associations agricoles de la Prusse rhénane, était l'inspirateur de ce journal ; il est mort en 1896.

- Le tableau suivant permet d'apprécier la force du Centre dans Ifs diverses villes de la Prusse rhénane :

Pour 100 Pour 100

Cologne 80 des habitants sont catholiques ; 42 i votèrent

Dusseldorf 72 — — 4b | pour

Crcfeld 80 — ~ 58 leCcntre

Aix-la-Chapelle. 92 -- — 74 ' en 1893.

(Schwarze, Wird die Centrumspartei die aiisschlaçigebende Parlei im Reichstage bleiben? p. 9. Berlin, imprim. de la Germania, 1894.)

* Voir KannengieseT : Ketteler et VOrganisalion sociale en Allemagne, p. n3-2o4 (Paris, Lethielleus).

et par surcroît il a l'ambition d'introduire en

d'autres pays allemands ses procédés, ses allures et ses habitudes de succès. Il rêve que sa province soit un foyer; et rappelant avec orgueil l'immense foule d'Allemands qui se pressaient aux deux pèlerinages de Trêves, en 1844 et 1888, pour vénérer la sainte tunique, il conclurait volontiers que la Prusse rhénane est prédestinée, de droit divin, à régler dans l'Allemagne catholique les pulsations de la vie mystique, comme celles de la vie politique. Entre l'Eglise polonaise et le peuple de Pologne se maintient aussi la plus intime union; mais, tandis que, dans la Prusse rhérane, la solidarité qui rapproche les prêtres et les masses est l'œuvre des temps récents, elle est, en Pologne, un legs du passé. Se drapant dans le deuil de ses fidèles, l'Eglise de Pologne les maintient et s'immobilise en une sorte de vie posthume, déjà plus que centenaire, faite de regrets, d'espérances et d'élans vers une résurrection. A cet égard, la cathédrale de Posen a la valeur d'un symbole. Au-delà delà ville allemande, qui chaque année multiplie ses bâtisses, le petit pont de la Wartha conduit vers un faubourg étrange ; des bicoques mal alignées, si chétives et si basses qu'on les dirait désireuses de rentrer sous terre, font avenue jusqu'à la cathédrale, disgracieux et lourd squelette, fort vilainement habillé par la mode du siècle passé ; plus loin, la campagne commence. Entrez dans la basilique : vous croyez voir une arrière-garde polonaise, oubliée là, par mégarde, à lalisière du cheflieu germanisé. Aux piliers de la nef, s'accrochent de longues plaques de bronze, finement ouvragées ;

lo graveur a dessine, sur chacune, une foret d'arceaux gothiques, cadre élégant et subtil, dans lequel se profile l'image du mort, fièrement en pied, comme si le jour de la résurrection avait sonné. Les chapelles latérales ont l'aspect d'une nécropole ; par-dessus leurs tombeaux, des évoques de marbre sont couchés sur le flanc; ils dorment, non point tout de leur long, de ce sommeil hiératique qui consacre la mort et semble faciliter l'essor de l'àme, mais presque courbés en deux, dans une sorte d'assoupissement ; leurs lourdes têtes mitrées, à demi dressées, à demi tombantes sur leurs poitrines, veulent retenir un dernier souffle de vie. Et puis, à l'un des piliers voisins du chœur, un tout petit monument est fixé : c'est le tombeau de l'archevêque Dinder ; sur le siège de Posen, la Prusse, après ie Gulturkampf, voulut asseoir un Allemand ; elle choisit ce bon prêtre de Kônigsberg, qui n'eut ni le temps ni le goût de rien déranger en Pologne, qui n'essaya point de dissocier l'une de l'autre les deux notions de catholique et de polonais, et qui, maintenant, seul agenouillé parmi tant de prélats reposant en celte enceinte, semble demander pardon pour son inoffensive intrusion.

Le catholicisme et la nf^tionnlitd polonaise se l'ecouvrent, s'enveloppent, s'identilient ^ Dans cette association, la religion trouve à la fois une

' C'est la raison pour laquelle l'Etat prussien, en Pologne, s'est longtemps montré défavorable aux écoles cal'ioliques, comme le prouvent certaines statistiques qui concernent les districts de Krôben et de Posen (Hammerstein, Das preussische Schuimono' pol, p. 143. Fribourg, Herder. 1893).

force et une faiblesse. Sur le terroir même de Pologne, insigne est la piété. A Posen, sur 100 catholiques, 93 font leurs pâques; à la campagne, ce chiffre de 7 défaillances paraîtrait un scandale. Les abstinences, les jeûnes, demeurent très sévères et très sévèrement pratiqués. Mais, dans les âmes mêmes des Polonais, la racine catholique est parfois assez tendre: et gare à cette racine, lorsqu'ils émigrent. A Berlin, à Hambourg, à Francfort, si le journalier venu de Posen ne rencontre point un prêtre polonais, il risque fort d'être momentanément perdu pour l'Eglise. Il n'est point sûr de retrouver, en cet exil, le catholicisme authentique de sa Pologne ; la confiance lui manque ; en celui qui n'est point son compatriote, il ne voit, souvent, qu'un demi-coreligionnaire. Un prêtre prussien des environs de Berlin avait comme paroissiens un certain nombre d'ouvriers polonais ; il fit venir un missionnaire de Posnanie pour leur prêcher ; leur assiduité fut admirable, leur enthousiasme débordant; de toutes leurs oreilles, ils écoutaient cet apôtre, qui leur disait, dans leur langue, la confiance et le respect dus au clergé prussien ; à son départ, curé en tête, ils l'escortèrent jusqu'au train. On regagna le village ; le curé, ravi, croyait avoir vaincu l'humeur défiante de ses Polonais. (( Quand donc reviendra-t-il, le vrai prêtre? » lui demandèrent, inquiets et rêveurs, quelques-uns de la bande. Le prussien passait toujours pour un faux prêtre : c'était là le succès de la mission. D'ordinaire, ce n'est point par incrédulité, c'est sous Tiiitlucnce de semblables préjugés que le Polonais émigré se détache de la pratique religieuse. Dans

LA CARTE RELIGIEUSE DE l'aLLEMAGNE 33

plusieurs régions de rAllemagne, on fait un vif grief au clergé de Posnanie et de Silésie de l'ignorance dans laquelle il laisse ses fidèles : ce clergé réplique en reprochant au gouvernement prussien d'imposer l'enseignement du catéchisme en allemand, langue inintelligible pour les petits Polonais. L'ivrognerie, aussi, supplante souvent la religiosité dans une âme de Polonais. Soucieux de ces périls, le clergé de Posen a créé, en 1892, l'association dite de Saint-Isidore, qui se propose de réduire l'émigration en procurant aux Polonais du travail local et de veiller spécialement sur ceux qui seraient encore contraints d'émigrer. Mais ramenez ces gens dans leur village, replongez-les en leur milieu ; tout de suite, sans transition, chacun d'eux redeviendra le dévot d'autrefois, l'adorateur ému du Dieu de la Pologne, le familier des saints nationaux. Désemparé par la nostalgie, le Polonais se laissait séduire au libertinage ; mais il suffit, au retour, d'un psaume de connaissance ou d'un curé de connaissance, « le vrai prêtre, » pour ramener ce prodigue à' Dieu. Il en est de la religion catholique, en Pologne, comme d'une atmosphère : le peuple y baigne ; il en est enveloppé, incessamment frôlé, plutôt que pénétré ; elle est tout à la fois à fleur de sol et inséparable du sol; et cette atmosphère se condense, elle se fait opaque, en présence du germanisme protestant qui la voudrait entamer.

En domaine de langue polonaise, il serait imprudent au catholicisme de faire des avances à l'Etat prussien, ou, -comme l'on dit, de « germaniser ». La Silésie vient d'en offrir un bruyant

exemple *. Plusieurs de ses députés, membres du Centre, élus par des majorités de travailleurs polonais, accédaient aisément à toutes les exigences, même militaires, du gouvernement impérial et représentaient exclusivement les intérêts de la grande propriété. En novembre 1895, les Polonais de Pless-Rybnik ont fait entendre un avertissement: contre le iDaron de Huene, ils ont élu, malgré les comités électoraux du Centre, un de leurs compatriotes catholiques, M. Radwanski. Sacrifier la religion à la politique, ou la politique à la religion : ce sont là des expressions qui n'ont point de sens pour les Polonais. Leur attachement à la tradition historique et leur dévouement à l'Eglise romaine ne comportent nulle dissociation ; le polonisme est un bloc; entre les parties de ce bloc, on n'en préfère aucune, on n'en suboidonne aucune. Au Parlement allemand, à la Chambre prussienne, ils ont créé un parti polonais, fidèlement catholique, qui parfois dialogue avec le Centre ou même est en coquetteries avec le chancelier, mais qui s'isole, plus volontiers, en une sauvagerie fière et mélancolique, tout comme l'Eglise de Pologne, dont il compte plusieurs représentants.

Dans ces trois bastions catholiques dont nous avons tâté la solidité, le protestantisme dessine des angles rentrants : il est majorité sur certains points de la Westphalie, dans la région d'Elberfeld, dans

1 Huit siècles durant, ces Polonais de Silésie avaient presque oublié leur origine polonaise ; du moins étaient-ils dépourvus de tout esprit particulariste ; et c'est la maladresse brutale avec laquelle M. de Bismarck a combattu le polonisme qui, chez eux, a précisément réveillé le polonisme.

une enclave bavaroise qui comprend Nurember^q, Anspach et Bayreuth ; il possède, dans le reste de ces provinces et en Posnanie, une minorité éparpillée. C'est en ces postes avancés qu'il le faudrait observer, si l'on faisait ici un travail d'édification, non une étude critique. Stimulée par le voisinage d'un catholicisme florissant, l'Eglise évangélique se dépense en merveilles de charité; elle compose à son dogme, que ne respectent pas toujours les facultés de théologie, une toilette correcte, aussi traditionnelle que faire se peut; elle tient àhonneur, enfin, de se montrer pieuse et zélée pour le culte. Il n'est guère de pays, dans l'empire, où la ferveur protestante soit plus accomplie que dans les campagnes de Posnanie; elles se distinguent, surtout, par la sérieuse moralité qui complète cette ferveur. Tandis que la population rurale évangélique, d:in3 les provinces environnantes, a de mauvaises mœurs, ou, pour mieux dire, point de mœurs, elle sait en Posnanie qu'il existe une morale chrétienne ^ On aimerait à s'attarder dès maintenant, — et nous y reviendrons plus tard, — au spectacle de cette activité philanthropique où le protestantisme rhénan et le luthéranisme bavarois se prodiguent à l'envi. C'est de Kaiserswerth, bourgade rhénane, et de Neuendettelsau, bourgade bavaroise, que se dispersèrent, à travers l'Allemagne, des milliers de diaconesses, émules des sœurs de charité catholiques. A Bielefeld, en Westphalie, les créations du pasteur de Bodelschwingh sont d'une insigne ori-

1 Pasteur "Wittenberg, Die geschlechtlick-sittlichen Verhcilinisse der evangelischen Landbevôlkerung im Osideutschland, I. Ablheilung, p. 206 et 219 (Leipzig, Wertiier, 1895).

ginalité ; cette petite ville est comme un foyer d'évangélisme, où confluent, au profit de multiples œuvres, les aumônes de l'Allemagne protestante, et d'où rayonnent sur tout l'Empire certaines institutions qui assurent aux vagabonds un feu et un lieu. C'est en Westphalie, aussi, et dans la Prusse rhénane, que s'est le plus solidement maintenue la notion de la communauté chrétienne ^ De bonne heure, l'Eglise évangélique, ailleurs comprimée par l'Etat, y conquit une certaine autonomie; elle en sut profiter, pour enraciner et cultiver, dans la conscience de ses fidèles, le sentiment de leurs liens réciproques et des devoirs imposés à chacun d'eux par la fraternité paroissiale -. Cette éducation porte aujourd'hui ses fruits ; déjà s'organise, sous la double impulsion des pasteurs et des laïques, une bienfaisance d'église, et, tandis que dans les autres provinces allemandes la besogne de l'apostolat et des bonnes œuvres retombe presque exclusivement sur des pasteurs hors cadre, délégués sédentaires ou ambulants de la Mission intérieure, les communautés de Westphalie et de

• stocker, Wnch' auf evangelisches Volk, p. 143 (Berlin, librairie de la Stadtmission, s. d.) : <( C'est dans l'ouest de notre patrie que la conscience de la communauté {GemeindebewuioLcin) est plus vivante. »

- Sur la situation du protestantisme en Westphalie, voir D. ev. Kz., 1894, p. 258-261. D'une façon générale, si le chiffre moyen des communions équivaut à 60 0/0 de la population, on peut admettre que presque tous ceux qui sont en âge de communier communient une fois Tan. Or, le chiffre des communions est de 104 0/0 dans le district de Liibbecke, 63 0/0 dans celui de Minden, 62 0/0 dans celui de Paderborn, 35 0/0 dans celui de Munster, 20 0/0 dans celui de Hagen. La ferveur, on le voit, est très variée.

Prusse rhénane sont assez robustes, assez vivantes, pour être elles-mêmes des centres d'action charitable et évangélique K Riches de libertés, fécondes en œuvres, elles témoignent, parfois bruyamment, de leur fidélité tenace à la vieille tradition dogmatique. Elles aiment mieux partager la foi de leurs pères du xvi* siècle que s'associer aux négations de l'université de Bonn. Le voisinage de cette université, oii règne la théologie dite « incroyante », leur paraît une provocation ; des ligues sont fondées, des manifestes publiés, pour la défense intégrale du symbole apostolique ~. L'église de Bavière, elle, pour se préserver des novateurs, n'a besoin ni de cette vigilance, ni de ce fracas; exclusivement luthérienne, elle ne repose point, comme les églises prussiennes, sur une vague entente entre les luthériens et réformés, qui toujours implique, en quelque mesure, un recul de l'inflexibilité dogmatique; les vieilles croyances lui restent chères; entre les professeurs d'Erlangen, d'une part, le clergé et les fidèles d'autre part, il n'y a point de hiatus sensible; et les plus audacieux, même, se plaisent à maintenir en façade un solide corps de doctrines. Probablement en vertu des maximes mêmes du protestantisme, qui ne lui permettent guère une immixtion dans la conduite civique de ses membres, l'Eglise évangélique, en ces trois régions où elle

1 Voir ci-dessous le chapitre v.

2 Entre autres, la Rheinisch-WesfphSlische Vereinîgung der Freunde des Belienntnisses, qui, dans sa réunion d'octobre IS'Jîi, émit pour la défense de l'orthodoxie des vœux très impérieux publiés dans D. ev. Kz., 1895, p. 411-413. Voir ci-dessous, chapitre ui.

paraît si puissamment établie, demeure à peu près sans prise sur la vie publique, au moins dans les villes ^ Les seules circonscriptions de la Prusse rhénane oii le socialisme ait pénétré sont celles de Solingen et d'Elberfeld-Barmen, protestantes en grande majorité ; la vallée de la Wupper {WiippertJial), que certains libertins appellent, par une allitération railleuse, la « vallée des bigots » [Muckerthal]^ est un fief socialiste ; et il en est de même de la ville de Nuremberg.

Si ron passe au vaste bloc protestant de l'Allemagne septentrionale et centrale (Prusse, Brandebourg, Poméranie, Mecklenbourg, Schleswig- Holstein, Anhalt, Saxe prussienne et royale), à peine sillonné, çàetlà, par quelques fissures catholiques, ony observe, tout de suite, une physionomie religieuse extrêmement variée ; et la plus simple

1 M. Ernest de Ernsthausen, fonctionnaire prussien dans les provinces rhénanes entre 1855 et 1863, écrivait, le 26 mars 185G: « Un parti conservateur évangélique pour l'Etat tout entier, ce ne serait point chose séante : mais pour les provinces de l'ouest ce parti n'est pas sans nécessité. Ici nous sommes la minorité. Les catholiques nous donnent le meilleur des exemples: ils ont fondé un I're.'isverei?i catholique (Organisition de presse) » (Ennnerunrjen eines preussiscken Beamlen, p. 1S5. Bielefeld, Velhagen, 1S94),

LA CARTE RELlGiElJSE DE L ALLEMAGNE 39

façon d'être exact, en l'espèce, est de reprendre la vieille distinction entre villes et campagnes.

En général, dans l'Allemagne proprement protestante, les villes et leur périmètre rural sont devenus, suivant une expression familière à certains pasteurs, des « cimetières spirituels ». Volontiers, à travers le monde, on répute Berlin comme le type de cette cité que le bon Plutarque déclarait impossible, une cité athée ; cette renommée n'est point usurpée. Vers 1880, l'impiété berlinoise atteignait à d'étranges confins ; à cette date, d'après les statistiques officielles de la conférence évangélique d'Eisenach, 26 0/0 des enfants protestants restaient sans baptême ; 59 0/0 des mariages, 80 0/0 des enterrements étaient purement civils ; sur 100 membres de l'Eglise évangélique, on comptait, par an, 13 communions ; et 10 0/0 seulement, enfin, se donnaient la peine de prendre part aux opérations électorales des communautés *. L'Eglise évangélique cria disette, disette de temples aussi bien que de fidèles ; et l'Etat, impuissant à multiplier les fidèles, multiplia du moins les temples.

En 1880, on évaluait à 40 le nombre des nouvelles églises qui devaient être bâties à Berlin ;

* Statistische Mittheilungen aus den deutschen evangelischen Landeskirchen vom Jahre 1880 (Stuttgart, Grùninger, 18S3). — Voir aussi, sur l'état religieux de Berlin, les pages de M. de OEttingen, remontant malheureusement à 1882 : Die Moralsfaiistik in ihrer Bedeutung fur eine Social':tkik, dritte Auflage, p. 622-623 (Erlangen, Deichert). Il cite une statistique d'après laquelle 2 0/0 seulement des protestants fréquenteraient le temple, et quelquesuns d'entre eux y sont attirés par des motifs purement esthétiques, par la musique plutôt que par le prêche.

sept ans ont suffi pour que 22 fussent édifiées ; 8 autres sont en construction *. L'anecdote suivante, qui ressemble vaguement à une légende de caricature, m'a été donnée comme authentique. Sous les Tilleuls, un gamin salue la voiture impériale ; un monsieur chauve, près de lui, fait de même ; et le Bursche de crier au Philister dénudé : « Prenez garde, si l'on voit une place vide, on y fera bâtir une église. » Guillaume II et l'impératrice, grands bâtisseurs, épient les places vides, dans leur capitale, pour les consacrer à Dieu. La cour est dévote ; on sait, parmi les fonctionnaires, que le pouvoir aime la religion, fondement d'un certain ordre moral ; à la portée des fidèles, il multiplie les endroits oii l'on prêche; cela suffit pour que la pratique religieuse augmente. Rappelezvous les chiffres dérisoires de 1880, et rapprochezen ceux de 1893 : à cette dernière date, on comptait seulement 12 0/0 des nouveau-nés, 36 0/0 des mariés, 63 0/0 des défunts, qui échappassent à la bénédiction du pasteur ; et pour 100 fidèles inscrits, on trouvait, non plus 13 communions comme en 1880, mais 16 2. Quelques années de col-

• Sur ces constructions d'églises et sur le concours qu'y ont prêté certaines associations {Evangelich-Kirchlicher Hilfsverein, Kapsllenverein), voir Chronik, 1893, p. 169-171, et Ostertag, Werkslàlten evangelischer Liebestliâtigkeit, p. 114-115 (Munich, Possl, 189S). Telle communauté de Berlin n'avait, en 1893, qu'un seul pasteur pour 26.000 personnes (fd., p. 113). Mais, grâce à l'activité avec laquelle est poussée la construction d'églises nouvelles, « Berlin perdra bientôt la triste réputation d'être la ville du monde la plus pauvre en églises... » (Schneider, Theologisches Jahrbuch auf das Jahr 1S9T, p. 240. Gùtersloh, Bertelsmann).

2 Stalistische Mitlheilimgen aus den deutschen evangeliscken Landeskirclien vom Jahre iS93 (Stuttgart, Grùninger, 1895). — Le»

laboration entre la puissance laïque et l'église ont amené ce relèvement ; et lorsque nous disons l'église, nous n'entendons point seulement le clergé paroissial, trop peu nombreux, mais les pasteurs de la Mission intérieure, étrangers à la hiérarchie. Un capucin de la Bavière, le P. Cyprien, a noblement rendu justice aux multiples travaux de cette mission protestante ^ ; il lui attribue même, peutêtre, plus de succès qu'elle n'en a, ou plutôt il lui suppose tout le succès qu'elle souhaiterait 2. A vrai dire, le léger progrès qu'accusent les statistiques de 1893 est purement extérieur ; la couche de vernis religieux, qui dissimule en beaucoup de pays l'apostasie réelle des sociétés, s'était, à Berlin, fortement écaillée ; tant bien que mal, on l'a rajeunie et solidifiée ; ce fut un de ces crépissages qui font durer les façades sans en affermir les fondations. Que le résultat obtenu réjouisse certains partis politiques, on le comprend ; mais les âmes pieuses demeurent sans illusion. Au-dessous du monde officiel, — aussi strictement évangélique que l'empereur l'est en fait et que l'Etat prussien l'est en principe, — vous coudoyez à Berlin deux catégories d'hommes. D'une part, une bourgeoisie se piquant de lumières,

chiffres donnés par M. Schneider, Theologisches Jahrhuch auf dus Jahr 1897, p. 223, 227 et 234 (Sutersloh. Bertelsmann), pour l'année 1895 sont presque identiques à ceux de 1893. En revanche, à Berlin, comme dans beaucoup de grandes villes, le nombre des confirmations diminue, « symptôme de l'indifférence religieuse delà jeunesse» (Schneider, op. cit., p. 233, Giitersloh, Bertelsmann).

• P. Cyprian, Die innere Mission der deutschen Proteslanien (Pâssau, Abt, 1893;.

* Voir ci-dessous, chapitre v.

associant la religion, par convenance et par civi- Itlé, aux grands actes de la vie, mais incrédule foncièrement; elle a comme desservants attitrés, pour ses rares besoins religieux, des pasteurs hommes du monde, de science aimable et de haute courtoisie, détestant la rigidité doctrinale comme une chose de mauvais ton, adeptes et apôtres d'une certaine foi facile, pas plus encombrante qu'impérieuse, discrète et souple comme toute opinion de salon. D'autre part, une masse populaire fortement conquise par le socialisme, toujours sarcastique et souvent haineuse contre l'église établie, et soupçonnant volontiers cette église de travailler pour le salut du trône et la sécurité des coffres-forts plutôt que pour la gloire de Dieu. Par principe politique, aussi bien que par impiété, cette foule se dérobe à l'action apostolique du protestantisme. C'est par principe, aussi, qu'elle préfère l'union libre au mariage i ; elle a un système d'idées et d'instincts qui exclut toute déférence, même superficielle, envers les usages ecclésiastiques. Il est vrai que le génie allemand concilie parfaitement l'irréligion et la religiosité ; et l'impiété la plus radicale est encore tout heureuse de s'habiller de mysticisme, au sein de certaines sectes dont nous parlerons un jour. Mais entre le protestantisme officiel et la population ouvrière de Berlin, un

• Sur l'usage de l'union libre à Berlin {wilde Eke), voir Th. de Wyzewa, Cliez les Allemands : l'Art et les Mœurs, p. 231, n. 1 ^aris, Perrin, 1895 . — Le pasteur Osterlag, Werhstàtten evange- J.scher Liebesthàtigkeit, p. 112 (Munich, Pôssl, 1895), fait comjirendre, par des chiffres caractéristiques, le triste niveau de la moralité à Berlin.

LA CARTE RELIGIEUSE DE l'aLLEMAGNE 43

fossé est creusé ^. « Trop Lard, la place est prise ; » en Prusse rhénane, c'étaient les catholiques qui tenaient ce langage aux socialistes ; à Berlin, ce sont les socialistes qui .ripostent ainsi aux tentatives d'action sociale d'un certain nombre de pasteurs évangéliques, paralysés d'ailleurs depuis quelques mois, en Prusse, par la prudence quasiépiscopale du Conseil suprême ecclésiastique'^.

A des degrés divers, les grandes villes protestantes de l'Empire se rapprochent, toutes, de l'irréligion berlinoise. On peut se demander, même, si Hambourg ne dépasse pas Berlin, malgré l'édifiant voisinage, au Rauhe Haiis^ des créations religieuses et sociales du pasteur Wichern ^ : on y comptait, en 1893, sur 100 mariages, 13 seulement non bénits (ce qui dénoterait moins d'indifférence qu'à Berlin) ; mais sur 100 enfants, 17 demeuraient sans baptême (ce qui dénoterait le contraire) ; et pour une population de 100 protestants , on relève à Berlin 16 communions, à Hambourg 10 seulement; Magdebourg viendrait ensuite, puis les agglomérations industrielles de la région saxonne^. « Le peuple de Saxe, écrivait

' « Les Berlinois, dit M. de Wyzewa, ne sont pas dévots, ni même pieux ; il n'est guère de chose dont ils soient fiers autant que de celle-là... L'énorme majorité des ouvriers de Berlin sont athées, et la guerre à la religion occupe dans leur socialisme une place bien plus grande que dans le socialisme de nos ouvriers français [op. cit., p. 184-183).

- Sur ces tentatives, voir ci-dessous, chapitre iv.

3 Voir ci-dessous, chapitre v.

* Voir à ce sujet les Stalistische Mitleibinqen aus den deutschen evangelischen Landeshirchen vom Jahre 1893 (Stuttgart, Grûninger, 1893); — et, pour Hambourg, une brochure, quasi-officielle, deM.de Brôcker : Kirchlich-statistisc/ie Zusam/nensiellungen ùbet

44 l*allemâgise religieuse

Montalembert en 1834, est le plus protestant de itoute TAUemagne * ». Sans aucun fard, aujour- /d'hui, le socialisme expose, à son invincible clientèle d'électeurs saxons, la philosophie athée dans laquelle il encadre ses revendications économiques et qui d'ailleurs, peut-être, ne leur est pas essentiellement inhérente; et ces populations évangéliques lui font l'abandon de leurs votes et de leurs consciences 2. Elles ne tiennent aucun compte à la fraction « libérale » de l'église des efforts qu'elle fait pour mettre son dogme à la portée de leur scepticisme, ni de cette condescendance avec laquelle elle atténue le symbole au risque de le déchirer; et, dans leur acharnement contre le christianisme, elles enveloppent la morale chrétienne, lors même que par un prodige de complaisance elle leur est présentée sans aucun alliage de surnaturel.

Quelle est la situation religieuse des campagnes, nous Talions dire à grands traits. Dans la Prusse orientale et occidentale, et dans la partie de la Poméranie qui s'étend sur la rive droite de l'Oder, la piété est convenable : le district de Kœslin, même, est l'une des régions de l'Allemagne oiî la ferveur est le plus assidue, puisque chaque

die Gemeinden dtr evangel-luther. Kirche im hamburgischen Staate, Jafn-gang 4S93 (Hambourg, Persiehl). — Les chiffres donnés par .M. Schneider : Thcologisches Jahrbuch aufdas Jahr 1897, p. 22G, 229 et 235 (Gutersloh, Beltersmann) et concernant l'année 1893, sont à peu près identiques.

i R. P. Lecanuet, la Jeunesse de Montalembert, p. 375 (Paris, Poussielgue, 1890).

- Sur les dispositions des ouvriers saxons à lécard de l'Eglise évangélique, voir Paul Gôhrc : Drei Monate Fabrikarbeiler und Uandtverksbursche, chapitre vi (Leipzig, Grunow, 1891).

dimanche, dans les temples, la communauté est représentée par environ la moitié de ses membres * . De l'autre côté de TOder, le changement est brusque; aux alentours de Stralsund, 4 à 5 0/0 des fidèles vont au prêche ; on communie cinq ou six fois dans sa vie, à l'occasion des importants événements de famille, mais sans recueillement, sans intelligence, et parce que la Pâque, presque au même titre que les libations et les danses, figure nécessairement au programme d'un grand jour ~. C'est un pays de très grande propriété : on y compte moins de petits paysans, beaucoup plus d'ouvriers agricoles que dans la moitié orientale de la Poméranie ; et il semble, en ces parages, que la pratique religieuse diminue à mesure que déchoit, par l'effet de mauvaises conditions sociales, la dignité de l'existence ^. Le Mecklembourg n'est guère plus dévot; sur 100 fidèles inscrits, le pasteur a 10 auditeurs environ ^. Cette indifférence est contagieuse, elle se retrouve dans le sud du Schleswig-Holstein\ Le Brandebourg, en revanche, est kirchlich (ainsi dit-on d'un pays où les offices

1 Pasteur Wittenberg.Die geschlechtlich-sittUchen Verhrtllnùse der evav g élise lien Landbewohnpr im Ostdeutschland,l Ablheilung, p. 71 et 80 (Leipzig, Wertlier, 1895).

2 Pasteur Wittenberg, op. cit., p. 124. Sur les réjouissances dont les cérémonies religieuses sont un pr('!exle peu édifiant, voir aussi: Ziir bduerlichen Glaubens-und Siltenlehre von eincm thilvingischen Landpfarrer, p. 321-327 (Gotha, Schlôssmann, 1893).

3 Pasteur Wittenberg, op. cit., p. 140-141 ; il explique qu'en Poméranie le degré de ferveur ou d'abandon de la pratique religieuse est en rapport avec les conditions sociales et avec le développement ou l'absence de la petile propriété.

* Pasteur Wittenberg, op. cit., p. 151. 6 Pasteur Wittenberg, op. cit., p. 177.

i6 L'ALLEMAGNE RELIGIEUSE

sont suivis) ^ ; encore offre-t-il, à cet égard, de curieux contrastes : dans le cercle de Lûckenwalde- Jiiterbogk, il n'est guère de famille qui ne soit représentée au temple, chaque dimanche, par un de ses membres, et, pour 100 fidèles, on conlpte annuellement 200 communions^; non loin de là, dans rUkermark, on cite telle commune de 2.500 âmes où le pasteur a 50 auditeurs ^ ; et dans le Havelland la piété tombe également en désuétude ^. Un professeur de Berlin, qui conserve, pour l'avenir de l'Eglise évangélique, les plus fortifiantes espérances, et dont le fils et le gendre sont pasteurs, m'attestait par son expérience personnelle la diminution de la piété domestique dans les régions prussiennes qu'il connaît : on ne peut plus espérer, en frôlant les murs de certaines ruelles de village, surprendre l'écho de quelque lecture biblique, de quelque psalmodie commune, de l'un de ces exercices enfin [Haiisandachten) par lesquels les vieilles familles protestantes s'élevaient volontiers vers Dieu. La province de Hanovre est d'une piété moyenne ^ ; dans le Brunswick, sommeille une indifférence qui confine à l'impiété ^.

1 Pasteur Hùckstâdt, Die geschlecMlich-sittlichen Verhciltnisse der evangelischen Landhev:oIiner im Ostdeutschland, II Abtheilung, p. 19-80 (Leipzig, Werther, 1893).

2 Pasteur Hùckstâdt, op. ci'., p. 43.

3 Pasteur Hùckstâdt, op. cit., p. 43.

* Pasleur Hùckstâdt, op.cit.,Tp. 59.

& La pratique religieuse y est convenable au centre et au nord, fort médiocre au sud. Voir l'enquête du pasteur Grashoff: Die geschlechtlich-siitlichen Verhciltnisse der evangelischen Landbewohner in der Provinz Hannover, p. 101 (Leipzig, Werther, 1896).

6 « Dans la paroisse la plus pratiquante du Brunswick, — celle où 60 0/0 fréquentent le temple, — 20 0/0 seulement des

Les paysans sont plus que tièdes dans l'arrondissement de Ma^'debourg i, assez dévots dans ceux de Mersebourg ~ et d'Erfnrt '^. Si l'on devait donner des rangs aux petits duchés saxons d'après l'état de la pratique religieuse, c'est Altenburg qui l'emporterait; Meiningen et Weimar viendraient ensuite; et tout à la fin, passablement indévots. Gotha et Cobourg^. Le royaume de Saxe comporte une distinction : dans les campagnes oii l'industrie s'est installée, l'office est plus négligé; il est fort suivi dans celles oii le paysan est demeuré un paysan ^.

Mais la pratique religieuse, là même oii elle est le plus répandue, est trop souvent purement extérieure; elle n'a sur les mœurs qu'une influence très médiocre, sinon nulle. MM. Hûckstâdt et Wittenberg, pasteurs évangéliques, rapporteurs d'une récente enquête sur la moralité des campagnes prussiennes et saxonnes, s'attristent de cette conclusion : « Dans les régions les plus

fiancées sont demeurées vertueuses » (Pasteur Rûhne, Die gesclilechtlich-sitllichen Verhallnisse der evcmrjelischen Landbewohner in Braitnschweig, p. 26 (Leipzig, Werther, 1896).

1 Pasteur Hûckstâdt, op. cit., p. 90-92.

2 Pasteur Hiickstâdt, op. cit., p. 112.

3 Pasteur Hûckstâdf, op. cit., p. 130.

* Pasteur Biihler, Die r/eschlechtlic/i-sittlichen Verhallnisse der evangelischen Landbewohner in den thijringischen Slanlcn, p. 29-31 et 88 (Leipzig, Werther, 1896). M. Buhler constate que, dans ces divers Etats de la Thuringe, une bonne Kirchlichlceit (c'est-à-dire une sérieuse pratique religieuse) est l'exception, mais qu'on n'a pas perdu l'habitude de faire consacrer par le pasteur les grands actes de la vie. Comparer l'ouvrage anoiiyme de it. le pasteur llermann Gebhtirdt: Zur buuerlichen Giauhens-und Sitlenlehre (Gotha, Schlôssmaun, 1893).

6 Pasteur Hûckstâdt, op. cit., p. 166-167 et 188-189.

hirchlich^ disent-ils, l'immoralité est aussi grande ou presque aussi grande que dans les re'gions qui ne sont point kirchlich^. » D'un opuscule de souvenirs personnels publié par le pasteur d'un village prussien, M. Paul Gerade, résultent les mômes impressions attristantes 2, La situation matérielle des paysans, souvent très précaire, apparaît à beaucoup d'ecclésiastiques protestants comme la

1 Die geschlechtlich-siltlichen Verhâlfnisse der evangelischen Landbewohner im Ostdeutscland, II Abtheilung, p. 216. L'enquête sur la moralité des campagnes, décidée par la Conférence générale des <i Associations de moralité [Sitllichkeitsvereine) », a été poursuivie à travers toute l'Allemagne : plus de l.bOO pasteurs ruraux de l'Eglise évangélique ont envoyé des renseignements aux rapporteurs de l'enquête. Ces renseignements confirment, pour la plupart des pays allemands, les conclusions auxquelles étaient parvenus MM. 'Wittenberg et Hûckstâdt pour l'Allemagne orientale. « En Hanovre, la pratique religieuse, en général, a peu d'influence sur la moralité, ou point du tout... L'extension de l'industrie porte préjudice à la pratique religieuse, sans exercer sur la moralité une influence spécialement préjudiciable» (Pasteur Grashofi', Die geschlechtlich-sitllichen VerhuUnisse der evangelischen Landbewohner in der Provinz Hantiover, p. 101. Leipzig, Werther, 189G) Résumant son enquôte sur la Prusse rhénane et la Westphalie, M. le pasteur Traulhig écrit : « La pratique religieuse, dans l'ensemble, est encore active, et pourtant, en beaucoup d'endroits, on constate un triste abaissement des mœurs, commençant dès le jeune âge » {Die geschlechtlich-siltlichen Verhâltnisse der evangelischen Landbewohner in der Rheinprovinz und Westfalen, p. 81. Leipzig, Werther, 1896). « L'influence de la pratique religieuse sur la moralité, dit le rapporteur pour la Thuringe, M. le pasteur Buhler, nest pas toujours clairement perceptible. Mainte communauté, qu'on peut désigner comme correctement pieuse, est inférieure, au point de vue moral, à une communauté voisine passant pour tiède » {Die geschlechtlichsiltlichen Verhâltnisse der evangelischen Landbewohner in den thûringischen Staaten, p. 84. Leipzig, Werther, 1896). On pourrait multipUer les citations.

'■* Paul Gerade, Meine Erlebnisse und Beobachtungen als Dorfpaslor {1SS3-1893): Eine Handreichung fur Kandidaten und jange Geistliche, chapitre ii (Magdebourg, Rathke, 1893).

principale raison de cette sauvagerie ou de cette déchéance morale ; et c'est le commun intérêt des bonnes mœurs et de l'Eglise évangélique qui dicte les revendications du pasteur Wittenberg et de ses amis en faveur des ouvriers agricoles ^ Mais à ces revendications, il semble que la hiérarchie suprême ne s'associe point et qu'elle y serait plutôt hostile: ainsi l'exigerait, à défaut du pouvoir central, cette âpre et conservatrice féodalité, la Ritterschaft^ souvent patronne des paroisses, et moins initiée à l'esprit de l'Evangile qu'à l'art d'exploiter ses journaliers et ses domaines -. Avant de civiliser la plèbe des campagnes, il en faudrait humaniser le patriciat; et par l'effet d'un manque de liberté, dont nous aurons un jour à chercher les causes, l'Eglise évangélique, qui tâtonne dans la première tâche, n'a pas encore pu affronter la seconde.

Sur toute l'étendue de cette immense région protestante, dans les endroits où le catholicisme s'est installé, oii même il se développe, il

1 Voir, en particulier, l'écrit du pasteur Hans Wittenberg ; Was kann in sozialer Beziehung zur Ilebung der Sittlichkeit auf dem Lande geschehen ? p. 103 (Gôttingen, Ruprecht, 1896).

'^ M. le pasteur Wittenberg, Die geschlechtlich-sittlichen Ver. hiillnisse im Osldeutschland, I Abtheilung, p. 167-169, constate que la moralité est meilleure, en Mecklembourg, sur les terres domaniales de l'État que sur les terres de la féodalité ; le chiC're des naissances illégitimes est de 11,6 0/0 sur les premières, 16 0/0 sur les secondes. 11 rend hommage à ce qu'a fait l'État pour améliorer la situation matérielle et l'habitation des petits paysans, et il ajoute que la Ritlerschafé n'a pas suivi cet exemple : « Le jour est encore loin, dit-il, où les membres de la chevalerie mecklembourgeoise arriveront à s'apercevoir que les journaliers ont des droits humains et ne sont point seulement des machines.» Cf. Naumann: Was heisst C/n-isliich-sozial? p. 24 (Leipzig, Deichert, 1894) : il explique que, dans le nord et dans l'est, le clergé s'est trop solidarisé avec les féodaux.

manque en général de vigueur. L'argent fait défaut, plus encore les hommes. Le Gulturkampf, un peu partout, décima les rangs du clergé; de là une disette de prêtres dont il faudra quelques années encore pour réparer les inconvénients. C'est à l'évôché de Breslau surtout, et à l'évêclié d'Osnabrûck, qu'on souffre de cette disette. Le premier de ces deux évêchés préside à la « Délégature apostolique », qui comprend Berlin, le Brandebourg et la Poméranie ; l'accroissement du nombre des prêtres, dans cette région, ne répond pas à l'accroissement du nombre des fidèles. Cinq églises nouvelles ont été créées à Berlin depuis 1860 ' ; on y a multiplié aussi les associations catholiques de travailleurs ; les Dominicains y desservent une paroisse, et d'autres ordres religieux y pourraient être appelés ~. Mais l'action du clergé séculier, vis-à-vicT d'une masse de fidèles dispersés et souvent inconnus, en présence du champ qu'il aurait à soigner et qu'il est impuissant même à explorer tout entier, semblé

1 Màrkischer Almanach pour 1895, p. 113-H6.

2 C'est une question très discutée dans la presse catholique allemande que celle de l'utilité des ordres religieux pour le ministère catholique à Berlin. Voir Hammerstein : Das katholische Ordenswesen, p. 82 et suiv. (Fribourg, Herder, 1896). Dans le Katholik, novembre 1894, M?" Franz, reproduisant peut-être les idi'es du prince-évêque de Breslau, développe cette thèse que les divers diocèses allemands ne devraient point se désintéresser du sort des catholiques qui émigrent à Berlin. On souhaiterait, à Breslau, que les autres diocèses envoj'assent à Berlin des ressources et des prêtres. La banlieue de Berlin, aussi, est fort mal desservie pour les besoins du culte catholique : Kôpenick, par exemple, compte 1.000 catholiques sur 16.000 habitants, et la chapelle catholique ne peut contenir que 50 personnes {Kôlnische Volkszeituny, 7 avril 1895).

forcément condamnée à l'incertitude, à l'instabilité, à je ne sais quelle timidité haletante qui éloigne du succès.

Le vicariat des missions catholiques du Nord^ confié depuis Grégoire XVI aux évêques d'Osmibrlick, gouvernait en 1888, dans les villes hanséatiques, le Mecklembourg et le Schleswig-Holstein, 43. 702âmes(au]ieu de 11. 870 en 1867)-. Deses trentequatre stations de mission, quinze remontent au dernier quart de siècle, et sept seulement sont antérieures à 1800^. Les rapports périodiques

' Consulter, sur l'histoir» de cette i3i«spo?'a; Anton Pieper, Die Propagaiida- Congrégation und die nordischen Missionen im siebenzehnten Jalirhundert (Colosne, Bachem, 1886) ; — Lebrecht Dreves, Geschichte der katholischen Gemeinden zu Hamburg und Alloua (Schaffouse, Hurter, 1866).

2 En Schleswig-Holstein, c'est surtout dans ces dernières années que l'accroissement du nombre des catholiques a été rapide. Ils étaient 12.217 en 1886, et 21.798 en 1890 (Chronik, 1892, p. 37).

3 Le tableau ci-dessous, emprunté pux rapports de l'évêché d'Osnabrûck), donne la liste de ces staLious et permet de constater leurs développemeats successifs.

Altona

Bergedorf . . ,

Bromen

Bremenhafen Bûckeburg. . .

Cuxhaven . . ,

Entin

Flensburg .. , Fridrichstadt

Celting:

Gliickstadt. . , Guî>lrow...>.

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