Corresp. t. XIII, p. G77, 13 nov
forçait, dans ces deux créations, d'affaiblir l'élément et l'esprit prussien. Il faisait recommander au grandduc de Varsovie de ne pas « charger ses finances de tous les employés prussiens qui étaient dans le duché, qui pour la plupart s'étaient mal conduits, et qui d'ailleurs trouveraient des ressources en Prusse ^ » Entre la Saxe relevée, la Westphalie fondée, la Pologne ébauchée. Napoléon ne voyait, dans l'avenir, presque plus de place, plus de raison d'être, pour la monarchie des Hohenzollern.
Dans les deux états si différents de Jérôme Napoléon et de Frédéric-Auguste, à Cassel et à Varsovie, le fondateur introduisit, à dose inégale, l'esprit et les institutions de 89.
Il supprima le servage en Pologne comme en Westphalie. Il y établit des institutions sinon parlementaires, au moins consultatives, dans les données de notre constitution de l'an VIII. Six évêques, six palatins, six castellans composaient le sénat; soixante membres nommés dans les diétines de la noblesse et quarante députés des villes constituaient le corps législatif. Les deux chambres s'installèrent au palais royal, le Zamok , à l'extrémité de ce faubourg de Cracovie qui est comme la Voie Sacrée de la capitale polonaise, en face des monuments les plus respectables de l'histoire nationale : la cathédrale de Saint- Jean et la colonne de Sigismond. Chacune des deux chambres nommait des commissions pour discuter les projets de loi contradictoirement avec un conseil
1, A Champagny. Corresp. de Nap. /", t. XV, p. 672, 26 août 1807.
d'état. Napoléon, qui prenait en Westphalie tant de souci d'effacer jusqu'aux derniers vestiges de l'inégalité des classes, la consacrait en Pologne par ses lois. Mais la Pologne était moins préparée que la Westphalie pour une transformation sociale. C'était beaucoup déjà que d'y avoir introduit le Code Napoléon \ la liberté des paysans, la publicité de la justice, le vote de l'impôt et la discussion des lois par des assemblées, et d'avoir « élevé une tribune au milieu de l'atmosphère silencieuse des gouvernements voisins ^ »
Dans une lettre du J6 décembre 1807, Napoléon peut déjà compHmenter le roi de Saxe de son « heureuse arrivée à Varsovie et de l'accueil qu'il y a reçu. » Il lui annonce l'évacuation prochaine et successive du grand-duché par les troupes françaises. Elle sera complète dès que le nouveau roi « le jugera utile à ses intérêts. »
Ainsi, parmi les princes allemands qui avaient pris les armes contre Napoléon, les uns perdirent leurs couronnes, d'antres en gagnèrent de nouvelles. Frédéric-Auguste se montra reconnaissant de ce traitement si extraordinairement favorable. « Deux fois il a été en son pouvoir de me détruire, s'écriait-il, il ne l'a pas fait; je lui en aurai une gratitude éternelle. » En 1813, il fut des derniers à l'abandonner, lui resta fidèle même après la défection de son peuple, et paya sa constance d'une partie de son territoire. Les
i. 1er mai 1808. 11 fut introduit dans le grand-duché, mais non dans le royaume de Saxe : car le premier seul devait son existence à Napoléon.