‹ L'Allemagne sous Napoléon 1erChapitre 49 sur 66 · Instruction du 21 juillet 1809, dans Hormayr, II · texte numérisé non relu

Instruction du 21 juillet 1809, dans Hormayr, II

furent écrasés, anéantis sur la route ; le reste posa les armes *. La colonne d'expédition, démoralisée par cette scène effroyable, accablée par cette singulière artillerie de montagne, harcelée par le pétillement continu d'invisibles et infaillibles carabines, rétrograda tout entière, après avoir, dans sa fureur, brûlé plusieurs villages ou bourgs. Une autre colonne avait été détruite en partie dans une des passes du haut Inn :» 800 hommes avaient posé les armes. L'insurrection se propagea comme un incendie au nord des montagnes. La deuxième bataille du mont Isel rejeta les Franco- Bavarois hors des frontières tyroliennes, et le IS août, jour de la Saint-Napoléon, — ce qui n'ajoutait pas peu à la joie triomphale des paysans, — l'aubergiste du Passeyrthal rentrait pour la troisième fois en conquérant dans Innspriick. Cette fois il n'avait à partager avec personne la gloire du succès : c'était une victoire de paysans, où les troupes régulières d'Autriche n'avaient plus rien à prétendre. Il s'installa au Hofburg^ et prit le titre de commandant supérieur du Tyrol. Dans sa cour d'Innsprûck, on trouvait la simplicité rustique de son auberge méranienne : on y chantait des cantiques et des airs villageois ; on y alternait les exercices religieux avec de larges libations qui ne troublaient aucune de ces têtes solides. Quand, à la nuit tombante, les vaches revenaient des champs, Hofer se mettait au balcon impérial et contemplait avec attendrissement le champêtre défilé. Il comptait sur une prochaine reprise des hostihtés par l'Autriche ;

1. Le défilé s'appela depuis la Gorge des Saxons {Sachsenklemmé),

ii comptait surtout sur la parole de l'empereur François, qui avait juré de ne plus se séparer de ses fidèles sujets : il apprit la paix de Vienne, qui rendait le Tyrol à la Bavière !

Napoléon voulait en finir. Il avait fait de grands préparatifs en Bavière, en Wurtemberg, en Italie, dans les provinces illyriennes.

Le Tyrol était cerné, sans espoir de secours. Napoléon, avait remonté le moral des soldats et des généraux ba.varois par une de ces lettres dont il avait le secret : « Les troupes bavaroises sont démoralisées, écrivait-il à de Wrède. Montrez ma lettre à Deroy, et dites-moi si les Bavarois veulent mériter mon estime ou mon mépris... A l'armée il n'y a pas de prince : il est possible que le Prince royal ait à se plaindre du duc de Dantzig, mais cela n'a rien de commun avec l'honneur des armes... Parlez à vos camarades et faites qu'ils ne soient pas déshonorés. Qu'on ne m'oppose ni maiSy ni si, ni car : je suis un vieux soldat. On doit vaincre ou mourir*. )> Cette fois, Hofer était très-irrésolu : de Vienne on lui donnait l'avis de se soumettre. Le capucin Haspinger assura encore que c'était une ruse de l'ennemi. Le porteur delà dépêche autrichienne étant tout à coup tombé d'épilepsie, cela parut un signe du ciel. Quand Haspinger céda enfin à l'évidence, un autre fanatique, Nepomuk von Kolb,

\. Dans les Mémoires du chevalier de Lang, t. II, p. 110, et dan» Hormayr, II, 431. — Du 8 octobre 1809.

du Pusterthal, poussa Hofer à prendre les armes. Peut-être le héros du Tyrol pensait-il qu'il n'y avait plus de salut personnel pour lui que dans une lutte à outrance. Le 22 novembre, il proclama de nouveau l'insurrection, décréta la peine de mort contre les pacifiques^ fît fusiller un prétendu espion. Or, le 12 novembre, le général Baraguey d'Hilliers avait fait une proclamation accordant pleine et entière amnistie à tous ceux qui poseraient les armes avant le 17. Beaucoup de braves s'étaient soumis : Hofer, au contraire, venait d'enfreindre avec éclat cette injonction et de prendre la carabine. Mal soutenu, il dut s'enfuir et se cacher. Un traître le dénonça. Conduit à Mantoue, il fut condamné à mort le 19 janvier et dut être exécuté dans les vingt-quatre heures ; il commanda le feu et mourut en brave.

L'Autriche, qui en était déjà aux effusions cordiales avec Napoléon, ne fit rien pour sauver cet homme qui mourait pour elle. L'exécution d'Andréas Hofer eut lieu dans l'intervalle des fiançailles au mariage autrichien. Le même jour, Metternich était comblé des caresses de Napoléon, et le pauvre Andréas Hofer tombait sous les balles italiennes. Ainsi périt celui que les Français appelaient le brave général Sandwirth ou la Grande Barbe : il gênerai Barbone, comme disaient nos alliés \

Ce n'est qu'en 1823 que l'Autriche, ou plutôt un groupe d'officiers tyroHens au service de l'Autriche,

1. Andréas Hofer est le héros d'une poésie dramatique d'Immei»mann, Trauerspiel in Twol, composée en 1827, et dont on trouvera d'assez beaux extraits dans Hormayr

s'enquit du lieu où il reposait. On éleva sa statue auprès de celle du bon empereur Max et l'on anoblit sa famille. Quant au Tyrol, quelle fut la récompense de son dévouement? En 1813, le commissaire autricliien ne rougit pas de déclarer qu'il reprenait possession du pays par le droit de la guerre. En 1814, les Tyroliens présentèrent une supplique pour qu'on leur rendît cette constitution supprimée par la Bavière et qu'ils n'avaient jamais séparée, dans leur courageux dévouement, des droits de la couronne. « La parole impériale qui nous fut donnée à plusieurs reprises doit recevoir son exécution. » L'Empereur trouva plus simple de ne pas se souvenir.

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