‹ L'Allemagne sous Napoléon 1erChapitre 62 sur 66 · Voir le texte dans Berlopsch · texte numérisé non relu

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chercher du service, tantôt dans la légion britannique, tantôt dans la légion hanovrienne (française), offrait une précieuse ressource militaire. La Westphalie prenait rang en Allemagne immédiatement après TAutriche, la Prusse et la Saxe. Ce qui était plus précieux, elle recouvrait son littoral et devenait maîtresse de deux grands fleuves allemands : l'Elbe et le Wéser.

Mais deux des conditions mises par Napoléon à la cession étaient vraiment accablantes. Il prélevait sur les ressources annuelles du pays, sur les 5 millions de revenus que pouvaient fournir les domaines, en y comprenant les forêts, les douanes et les postes, une somme de plus de 4 millions et demi. Les ministres de Jérôme calculèrent que la nouvelle province au lieu de soulager le budget westphalien lui apportait un excédant annuel de Repenses de deux millions. En outre le corps d'occupation français, porté de 12,500 à 18,500 hommes, allait coûter 15 milHons par an au lieu de 10. On eût cent fois préféré une augmentation équivalente du contingent westphalien qui eût permis du moins de donner du pain à quantité d anciens officiers et soldats westphaliens que le mécontentement et la misère jetaient dans les complots. Lors de la remise officielle du nouveau territoire, on eut une autre déception : ce que l'Empereur se réservait, ce n'était plus 15,000 âmes, mais le duché de Lauenbourg qui en comptait 33,000, et qui eût été un des plus beaux fleurons de la couronne westphalienne. Même lorsque le traité fut signé, on éleva des chicanes sur la rédaction de l'acte de remise. Les contestations portèrent surtout sur le chifl're des dotations et le sens

qu'on devait donner au mot : entretien des troupes. L'Empereur fut très-mécontent des modifications introduites dans l'acte de cession , et qu'il regardait comme contraires au traité du 14 janvier. Il refusa la ratification. Peut-être avait-il déjà d'autres projets sur le Hanovre. La négociation se traîna péniblement jusqu'en octobre 1810, époque à laquelle l'Empereur déclara que, le gouvernement westphalien se refusant à remplir ses engagements, il regardait le traité du 14 janvier comme rompu. Il ne retirait pas l'administration de l'électorat à son frère, mais il se réservait d'en disposer suivant les besoins ultérieurs de sa politique. Et encore ce droit d'administration n'était qu'illusoire : «Oui, sire, écrivait Jérôme à son frère, je le répète, les douanes, les forêts, les postes, toutes les principales branches des revenus du Hanovre sont entre les mains des agents de Votre Majesté, et tandis que cette province m'est étrangère, puisque le traité par lequel elle m'est cédée n'est point encore ratifié, je me vois contraint d'en salarier les administrations et d'y entretenir les troupes qui ne doivent être qu'à sa charge. »

Il n'y avait de réel, dans le présent de Napoléon, que les charges du traité.

En août 1810, Jérôme, déjà péniblement ému par le sort de Louis de Hollande, étaitallé visiter la province qui se rattachait à la Westphalie par un traité encore discuté. Il avait été frappé des avantages que donnerait à son royaume la possession de deux grands fleuves. Il parlait déjà de les réunir par un canal, d'agrandir le port de Cuxhaven. Arrivé à Hanovre le 15 août, il

trouva la population en habits de fête : elle lui parut entraînée « dans un mouvement de joie et d'espérance. » Le peuple des campagnes lui fit aussi une réception assez cordiale; on sortait du provisoire; on serait peut-être débarrassé des Français, et puis un roi est toujours un roi, et l'on aime à être gouverné- Tout autre fut l'attitude des hautes classes de la capitale. Par intérêt ou par conviction, on restait attaché à la dynastie d'Angleterre; à défaut de patriotisme allemand, on avait le loyalisme anglais. Les bourgeois étaient mécontents de n'être plus bourgeois d'une capitale. Ils perdaient la cour, car l'administration hanovrienne allait se dissoudre, la noblesse qui l'entourait allait se retirer sur ses terres ou passer la mer. Le commerce de la capitale s'en ressentirait cruellement. L'aristocratie surtout se montra irréconciliable. On avait fait paraître dans le n** 95 du Moniteur westpha- Hende?» listes de nomination : le comte de Hardenberg, frère du grand-veneur de Westphalie, déclina, sous prétexte d'économie, une charge de conseiller d'état. D'autres, les Bernterode, les d'Arnswald, les Omptéda, refusèrent les places qu'on leur avait destinées à la cour. Une partie de la noblesse aurait volontiers pris du service, mais elle ne voulait que des préfectures ou des sous-préfectures. Il n'y avait malheureusement que trois départements nouveaux ; de plus, conformément aux principes napoléoniens, on ne pouvait nommer que deux préfets nobles sur trois. Les hobereaux prétendirent même que les deux préfets nommés ne comptaient pas : l'un était natif d'Osnabriick, l'autre « n'avait que 150 ans de noblesse.»

C'est au milieu des discussions sur l'exécution du traité, des doléances des ministres westphaliens, des réclamations de Jérôme, qu'intervient tout à coup le fameux sénatus-consulte de réunion. Jérôme n'avait été ni prévenu, ni consulté. Non-seulement on lui reprenait toute la partie septentrionale du Hanovre, mais on lui enlevait la presque totalité du département westphalien du Wéser (anciennes principautés d'Osnabriick et de Minden). Comme compensation pour ce dernier territoire, on lui donnait le Hanovre méridional (Liineburg et Calenberg), dont on forma le département de l'Aller, chef-lieu Hanovre. On le voit. Napoléon agissait comme si le traité du 14 janvier n'eût jamais existé. Jérôme se montra péniblement ému d'un procédé aussi despotique. « Maintenant, sire, écrivit-il, il ne me reste qu'à supplier Votre Majesté de me faire connaître ses projets entièrement et sans réserve. S'il convient à ses desseins de réunir la Westphalie à l'Empire, comme la Hollande^ je ne forme qu'un désir, c'est d'en être prévenu de suite , pour n'être point exposé sans cesse à contrarier ses vues avec la meilleure volonté de m'y conformer toujours. » Mais, comme il ne perdait pas de vue le côté pratique de l'affaire, il s'empressa de faire tenir à l'Empereur une note oîi il exposait que les « stériles bruyères du Liineburg » ne pouvaient indemniser laWestphalie de la perte de ses « frontières naturelles. ;> Il réclamait donc, comme « une compensation qui ne sera jamais équivalente, mais approchante,» une Saint-Barthélémy des princes du Rheinbund. Lui aussi voulait faire ses réunions! Il demandait donc la Lippe, Anhalt, Wal-

deck, Schwartzburg, tous les duchés de Thuringe, Erfurt et le grand-duché de Francfort. Et ce n'était là qu'une compensation approchante !

Napoléon le laissa dire et lui imposa le traité du 10 mai dSll qui consacrait les changements décidés parlesénatus-consulte. Du reste, ce traité, par l'inadvertance des rédacteurs ou par la volonté de Napoléon, s'intitule lui-même, dans son article 5, un décret. Le ministre de Jérôme aurait déclaré, si l'on en croit le journal de la reine Catherine, « que jamais le roi ne céderait par traité les pays dont l'Empereur venait de prendre possession. A cela l'Empereur a répondu que ce serait par décret, »

Napoléon avait porté là un coup terrible, non-seulement à la paix de l'Europe, mais à la sohdité de son œuvre en Allemagne, à la dignité des rois qu'il avait créés, à la popularité de son frère. Personne n*avait plus d'illusions; le détrônement de Louis de Hollande et le sénatus-consulte de réunion avait levé tous les voiles. On savait à quoi s'en tenir sur l'indépendance des alliés de Napoléon :

Je ne puis dissimulera Votre Majesté, lui écrivait Jérôme, que la nouvelle d'aujourd'hui a produit ici une impression terrible; la crainte est entrée dans tous les cœurs; on redoute d'éprouver le sort de la Hollande et cela détruira infailliblement le crédit public^ qui ne peut s'aUier avec l'incertitude.

A partir de ce moment les nouvelles les plus in* vraisemblables, les rumeurs les plus alarmantes ne

cessèrent de circuler dans les cours et les chancelleries du Rheinbund, de l'Europe entière. Personne n'était plus sûr de sa couronne. Tous les jours on s'attendait à lire au Moniteur quelque formidable sénatus- consulte. On trouve dans le journal de la reine Catherine l'écho de cette panique universelle. Un jour, c'est Hardenberg, à Berlin, qui a dit au ministre de Westphalie que le roi de Prusse savait tout, que Napoléon armait, mais que Frédéric-Guillaume ferait de même et (( qu'il aimait mieux périr avec gloire que comme l'électeur de Hesse. » Un autre jour, on prétend que Napoléon a dit : « Qu'il ne devait plus y avoir de petits royaumes et qu'il ne devait plus y avoir que quatre rois. )) La Prusse serait donc partagée entre l'Autriche et la Westphalie; Naples et la Poméranie suédoise seraient réunis à l'Empire. Murât serait roi de Pologne. Bade serait donné au Wurtemberg. « La ville de Francfort a déjà envoyé une députation à Paris pour prier l'Empereur de la réunir à l'Empire. »

Les rois paraissaient si malheureux que les patriotes allemands en avaient pitié. Un personnage considérable de la cour de Jérôme vient le trouver en janvier 1811 pour lui confier qu'une grande ligue venait de se former entre les cabinets pour réprimer les usurpations de la France, « et qu'il n'était plus question que d'y faire accéder un prince tel que lui, qui donnerait le plus bel exemple de dévouement à ses peuples^)) Napoléon avait tellement abusé de ses plus dévoués auxiliaires, il avait traité de telle façon les princes-

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