PIECES JUSTIFICATIVES
mesure basée uniquement sur une différence de religion, et qui dans sa patrie ne le distinguait pas de tous ses autres concitoiens. Il vint chez moi réclamer la protection de la légation westphalienne.
Voiant le moien d'arranger cette affaire individuelle sous main, je ne croiois pas pouvoir en faire l'objet d'une réclamation ministérielle, avant d'avoir reçu des ordres de V. E. Je trouvai l'occasion de parler au président de la police, homme très-traitable, et le juif resta tranquille.
Ce cas cependant se reproduira d'un jour à l'autre. J'ai par conséquent l'honneur de demander une instruction à V. E. et j'ose ajouter quelques observations. Comme une loi de Royaume accorde les mêmes droits a tout citoieU;, sans distinction de religion^, il me semble qu'ils doivent également en jouir dans l'étranger; un passeport westphalien doit servir de sauvegarde au porteur, tant qu'il ne blesse point les lois du païs; il paroit inconripatible avec la dignité de nos autorités qu'un passeport seul ne suffira pas pour faire respecter le porteur, et qu'il soit nécessaire d'ajouter le certificat d'un Israélite domicilié à Berlin. Il n'échappera point à V. E. à quels abus cet usage pou voit prêter. Un homme à physionomie juive seroit dans le cas d'être examiné sur ses principes religieux et dans un païs où l'esprit des subal~ ternes est très-gangrené, un individu westphalien doit être bien à couvert contre la chicane.
En attendant les ordres de V. E., j'ai l'honneur, etc..
Baron de LINDEN.
Cassel, le 27 mai 1809.
Monsieur le Baron,
Les observations contenues dans votre lettre du 20 de ce mois, relativement aux juifs, sont parl'aitementjustes. Des gouvernements étrangers peuvent faire entre leurs sujets chrétiens et ceux qui suivent la loi de Moïse, telle différence qu'ils jugent convenable, mais le nôtre ne faisant point de distinction entre les chrétiens et les juifs, la protection qu'il doit à ceux-ci comme aux autres exige, qu'il leur obtienne le même traitement dans l'étranger, lorsque leurs affaires les y appellent. Vous avez donc agi suivant les principes du Gouvernement en réclamant en faveur du sieur Stirck, et c'est d'après ces mêmes principes que vous devez vous diriger lans toutes les occasions semblables; mais il convient que vous fassiez ces réclamations en particulier, plutôt que d'une manière entièrement officielle.
Je TOUS renouvelle avec plaisir, etc.
If ministre secrétaire d'Etat et des relations extérieures.