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Correspondance de Napoléon /er, t. XIII, p

LE BÉGIME MIUTAIRE EN WESTPHALIE. 187

premier rassemblemeBt soit dispersé, et les diefs traduits à une commiâsion militaire ^ »

On put juger de Tesprit qui animait Tancienne armée hessoise lorsque, dans les premiers jours d^ novembre, elle fut obligée de livrer ses armes et ses chevaux. On vit les soldats briser leurs fusils, et les officiers leurs épées. Ces militaires, qui avaient fait tant de campagnes en mercenaires, qui en Amérique, en Hollande, en France, avaient combattu la liberté des peuples à la solde des despotes, étaient aussi fiers de leurs drapeaux qu'aucune armée européenne. Ils s'indignaient que des conscrits les eussent, pour ainsi dire, vaincus sans combat. Us enviaient les Prussiens, qui du moins à léna avaient pu lutter honorablement. Le peuple des campagnes et d'une partie des villes partageait leurs haines et leurs regrets. Cette population, si fière dans sa dégradation séculaire, s'irritait des charges de la guerre, quelque adoucies qu'elles fussent par la modération et la prudence de Lagrange.

Celui-ci était dans une situation assez critique ; comme plus tard le roi Jérôme, il se trouvait en quelque sorte isolé entre la Grande-Armée, qui poursuivait sa marche sur la Vistule, et la frontière française, où Kellermann, gouverneur de Mayence, ne voulait et ne pouvait s'occuper que de la Grande- Armée. Toutes les forces dont disposait Lagrange n'étaient que des troupes qui passaient: conscrits qui allaient se for^ mer, cavaliers qui allaient se monter, régiments qui^

i. Correspondance de Napoléon /«r. — Lettres des 5, d2 novemhite, 3 décembre 1806,t. XIII, p, ^8, 397,61,4; t. XIV, p. 32. . . v^

allaient se constituer» dans quelqu'un des dépôts de roder ou de la Vistule. Quelques bataillons de jeunes soldats et quatre pièces de canon composaient toute la garnison permanente de Cassel. Pourtant la fermentation était assez grande dans quelques parties du pays. A Cassel, le directeur de la police ci-devant électorale, Hassenpflug, défendit de circuler sans lanterne, à partir de neuf heures du soir, dans les rues de là capitale.

Le gouvernement impérial avait pensé qu'on pourrait se concilier Tancienne armée hessôise en lui offrant du service dans les troupes de la France et de ses alliés. Pitcairn, général du roi de Hollande, ouvrit un bureau de recrutement pour Tarmée néerlandaise. Napoléon prescrivit à Lagrange de lever, pour le compte du roi de Naples, un corps qui irait s'organiser à Haguenau. C'eût été s'assurer les services d'excellents militaires, et en même temps enlever au pays un redoutable élément d'agitation*. Toutefois le moment était mal choisi pour demander des volontaires. Il était naturel que les anciens soldats de l'électeur voulussent attendre le résultat de ses dernières négociations avec Napoléon avant de se compromettre avec les nouveaux maîtres Bien peu répondirent à l'appel de Pitcairn et de Lagrange. Celui-ci, attribuant à l'influence des officiers supérieurs le « mauvais esprit )> de l'armée, prit le parti de les envoyer à Mayence. Comme cette mesure ne produisit pas d'eôet, il se résolut à une démarche plus

1. « Mon principal but est de me défaire de ces gens-là.» — Cor respondance de Napoléon /er, t. XIH, p. 597.

grave : il ordonna aux soldats de la ci-devant armée hessoise de se réunir dans leurs anciens cantonnements avant le 25 décembre 1806; les récalcitrants devaient être fusillés.

Les soldats imaginèrent, non sans quelque apparence de raison, qu'on ne voulait les avoir sous la main que pour les incorporer de force ou les envoyer dans les forteresses. Tout le pays au midi de Cassel, dans les bassins de la Werra, de la Fulda, du Schwalm, de TEder, où ces militaires se trouvaient en grand nombre, se mit en insurrection. Les rares soldats qui se rendaient à Tappel de Lagrange furent arrêtés par des bandes de paysans armés. A Allendorff, sur la Werra, les soldats s'emparèrent des munitions et des armes qu'ils avaient livrées. A Eschwege, le régiment de Wurmb se reconstitua intégralement, sans même oublier sa musique. Les officiers supérieurs n'étaient plus là, les autres manquaient de courage ou d'initiative. Un simple fourrier, Jacob Schumann, prit le commandement. Les postes et les sentinelles furent placés comme à l'ordinaire; des détachements allèrent saisir les caisses de l'État, d'autres reprendre les canons. On distribua la solde et les vivres, on assigna des logements réguliers. On prit à un juif alsacien qui passait à Eschwege quarante chevaux destinés à la Grande-Armée : ils servirent à monter un petit corps de cavalerie; on entra en relations avec les autres régiments licenciés. Enfin un ancien capitaine du régiment de Wurmb, von Usslar, étant venu à passer, on le força d'accepter le commandement, et on le proclama « colonel des Hessois ».

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A Hersfeld, sur la Fulda, une rixe entre un bourgeois et un soldat italien, la veille de Noël, fut le signal du mouvement. L'c^Scier oommandant le détachement fut saisi et maltraité ; un soldat tué d'un coup de feu sur la place d'armes, les autres chassés de la ville, poursuivis, traqués, désarmés par les paysans ; un employé, qui s'efforçait d'apaiser cette émotion, pensa être assommé* A Smalkalde, à droite de la Werra, une troupe de soldats et de campagnards enfoncèrent une des portes, tombèrent sur le poste, qui était composé de soldats du Prince-Primat, en blessèrent quelques-uns > en prirent deux, chassèrent le reste, et s'emparèrent de treize canons électoraux à destination de Mayence . A Marburg, place forte sur le Lahn, la petite garnison française fut chassée de la ville et de la citadelle^ La forteresse de Ziegenhain faillit également être enlevée d'un coup de main par un sous-officier du nom de Triebfiirst. Lorsqu'on lui demanda ce qu'il voulait : a Nous réclamons, répondit-il, ce qu'on nous a pris ; le pain et la solde ».

Quelle que fût la méthode qui prfeidait d'abord aux mouvements de cette insurrection militaire, quelques efforts que fît von Usslar pour maintenir un peu d'ordre parmi ses troupes, il est certain que des soldats habitués à une discipline de fer ne pouvaient obéir longtemps à un pouvoir tout d'opinion . Aux militaires s'étaient joints des paysans, puis des vagabonds, des bandits. Il n'y eut pas toujours des vivres et une sdde régulière. Les bourgeois eurent bientôt à souffrir de la rapacité, de Tivrognerie, de la brutalité de leurs libérateurs, et se prirent à souhaiter l'arrivée des Français.

LE RÉGIME MILITAIRE EN WESTPHAUEs m

Aux premières nouvelles du soulèvement, Lagrange s'était empressé, pour calmer les esprits, de publier une proclamation où il disait qu'il n'avait jamais prétendu forcer personne à prendre du service. Les ministres hessois s'employèrent de leur côté à chapitrer la population. Le 25 et le 27 décembre, on promit amnistie générale pour tous ceux qui « rentreraient dans le devoir )> ; le 28, nouvelle proclamation conciliante du gouverneur général. Cependant la panique se répandait dans le pays : h Cassel on racontait que 20,000 soldats ou paysans marchaient pour donner l'assaut à la capitale ; mais bientôt on put annoncer l'arrivée prochaine de troupes françaises. Le général Barbot, envoyé en toute hâte par Lagrange, était allé ramasser sur le Rhin et sur le Mein des détachements de la garde de Paris, quelques compagnies d'infanterie, un bataillon de chasseurs badois, en tout 3,000 hommes. La terreur succéda aussitôt à 1 '^exaltation ; les plus compromis commencèrent à gagner la ftontîère. A Allendorff, où l'insurrection avait pris naissance, les soldats révoltés furent désarmés par les bourgeois ; à Eschwege, où elle avait eu son principal développement, elle finit de la même façon. Surexcités par un message de Lagrange, qui menaçait de réduire la ville en cendres, les citoyens prirent d'assant le coips-de -garde et en chassèrent les rebelles. Le suriendemain (4 janvier), Barbot, qui arrivait avec 2,000 hommes, trouva la besogne toute faite. Il se contenta de saiâr quelques réfractaires, de faire indemniser le maquignon alsacien, et d'exiger pour ses hommes des souliers et des.vétert

ments. Un détachement italien envoyé à Smalkalde en ramena également quelques prisonniers . La plus coupable de toutes ces villes, c'était Hersfeld : les bourgeois avaient pris parti contre les Français ; un de nos soldats avait été tué . A la suite d'une enquête sévère, Barbot fit raser la maison d'oîi le coup de feu avait été tiré et fusiller un des insurgés . On fit une battue de réfractaires dans les villages voisins. Enfin on érigea des cours martiales qui condamnèrent deux autres révoltés à la peine de mort : Triebfûrst, le sousofficier, et un nommé Wentzel, de Germerode, qui s'était proclamé oc général des paysans ».

Une maison rasée et trois exécutions capitales parurent à Lagrange une expiation suffisante d'une révolte qui avait pourtant mis en péril la domination française dans la Hesse électorale et compromis les communications de la Grande-Armée avec Mayence . L'Empereur, alors à Varsovie, ne l'entendait pas ainsi. Aux premières nouvelles expédiées par Lagrange le 26 décembre, il répondit (8 janvier 1807) : « Mon intention est que le principal village oîi est née l'insurrection soit brûlé, et que trente des principaux chefs soient passés par les armes ; un exemple éclatant est nécessaire pour comprimer la haine des paysans et de cette soldatesque. Si vous n'avez fait aucun exemple, faites-en un sans délai... Que le mois ne se passe pas sans que le principal village^ bourg ou petite ville qui a donné le signal de l'insurrection soit brûlé et qu't/n grand nombre d'individus aient été fusillés... Il faut laisser des traces dans les cantons qui se sont révoltés. . . Trente des principaux coupables fusillés, deux ou trois

cen^ envoyés dans les citadelles de France... Les actes de vigueur sont humains en ce qu'ils empêchent la renaissance de nouvelles séditions. » C'était la fameuse théorie de répression que Napoléon a si souvent développée à Murât pour l'Espagne, à Joseph pour le royaume de Naples, à Junot pour la Toscane, à Davout pour l'Allemagne du Nord. «Du reste,ajoutait-il, je ne puis regarder une insurrection dans le pays de Cassel, au mois de janvier, que comme un événement heureux. La haine que les souverains de ce pays ont toujours nourrie parmi les habitants contre la France devait la faire prévoir. Il vaut mieux qu'elle ait éclaté dans ce moment que lorsque les Anglais auraient pu faire une descente sur l'Elbe.» Il reprochait àLagrange de n'avoir pas enlevé les fusils comme il l'avait tant de fois ordonné; il lui demandait avec insistance un rapport détaillé, où l'on ne devait « rien lui cacher » ; enfin il annonçait l'arrivée de renforts. Quatre jours après (12 janvier), Napoléon pouvait écrire à Clarke qu'il avait 14,000 hommes à Cassel.

Il paraît que Lagrange n'a pas envoyé immédiatement le rapport demandé, car l'Empereur s'impatiente : le courrier est passé à Cassel, et Lagrange n'en a pas profité 1 Napoléon n'en est que plus disposé à prendre au sérieux les rumeurs exagérées sur l'événement. Maintenant il demande dans ses lettres à Berthier qu'Eschwege et Hersfeld soient brûlés, soixante hommes fusillés^ un nombre triple arrêté et conduit en France, les troupes autorisées à vivre à discrétion dans le pays; puis, s'exaltant dans la pensée des « outrages faits à ses aigles », il veut que « deux

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cents personnes au moins payent de leur tête cette insurrection ». — « L'officier qui a été leur chef doit périr. Nous sommes trop Yieux dans ies affaires pour croire que Ton est chef malgré scri. jo Henreusement pour le capitaine Yon Usslar, il put s'enfuir à temps ; plus tard nous le retrouvons réconcilié avec les Français et capitaine au service du roi Jérôme. Où se serait arrêté Napoléon dans cette progression de rigueurs, si son général n'avait enfin pu lui faire connaîtFe la vérité ?

Lagrange se vit obligé pourtant d*envoyer des déta-^ chements dans 1^ localités qui s'étaient insurgées, afin d'y enlever pendant la nuit les magistrats et de les forcer à donner les noms des coupables. Un certain nombre de paysans et de soldats furent arrêtés et conduits chargés de chaînes à Mayence. Rien que dans le pays de la Werra, cinq individus, tous militaires, furent traduits devant une cour martiale et fusillés. Schumann, le fourrier devenu général, fut une autre victime. La ville d'Hersfeld devait être pillée et brûlée. Le général Barbot eut la condescendance de laisser le soin d'exécuter cette mesure au commandant de chasseurs badois; celui-ci se contenta d'incendier une vieille maiscHi pleine de paille. Les soldats badois, compatriotes cependant de ceux que nous avons eus naguère en Franche- Comté, ne profitèrent pas de la permission de piller. Voilà comme un Lagrange et un Barbot savaient exécuter les ordres rigoureux échappés à l'impatience de Napoléon. Au lieu de centaines de. victimes, il y en eut au plus une dizaine. C'est trop assurément pour l'humanité; toutefois les Prussiens

ont exécuté chez nous d une tout autre façon les « ioi& de la guerre » . Après la répression de la révolte, on forma d^ soldats hessois les moins récalcitrants deux régiments, à 300 hommes d'abord, sous les colonels Schraidt et Mûller, ancien officier de TÉlecteur.

L'insurrection hessoise avait eu un certain retentissement dans les pays voisins. Dans le duché de Brunswick, le gouverneur général Loison reçut Tordre d'exécuter le décret du 23 octobre et d'envoyer en France les officiers de l'ancienne armée brunswickoise qui ne voudraient point passer au service de la France. Cependant le Brunswick, de mceurs plus douces et plus polies que la Hesse, montra moins d'hostilité; mais beaucoup de malheureux soldats, que le licenciement de leur armée avait privés de tout moyen d'existence, se réunirent par bandes et infestèrent les grandes routes. Plusieurs durent être fusillés comme brigands.

Les événements de Cassel ne furent pas étrangers aux sévérités que Napoléon dé^doya contre la ville westphalienne, ci-devanl prussienne, de Halle. Elle devait son illustration à l'université fondée en 1688- 1694 par le souverain de Prusse Frédéric ^^ En 1806, elle était à son plus haut point de prospérité. Les philosophes Wolff, Schleiermacher, Steffens, les médecins ou physiolf^ues Reil, Sprengel, le théologien Niemeyer, y avaient attiré une nombreuse population d'étudiants. Halle fut très-maltraitée dans le (KNubat du 17 octobre 1806, où fut battue la réserve prussienne sous Eugène de Wurtemberg ; elle avait aussi fcté inquiétée par les éclaireurs et les maraudeurs

de l'année avant l'arrivée des corps réguliers. L'entrée de Napoléon eut lieu le 19 octobre. Les étudiants, qui s'étaient pressés sur son passage, le considéraient avec curiosité, sans haine, mais sans démonstrations sympathiques. Napoléon remarqua que ces jeunes gens ne le saluaient pas. L'un d'eux, interpellé par lui, l'avait, dans son trouble, traité de monsieur. Enfin, dans la soirée, quelques-uns d'entre eux, attablés dans un cabaret en face de la maison Meckel, où l'Empereur était descendu, firent entendre, dit-on, despereat I Napoléon se montra fort irrité contre les professeurs, plus encore que contre les étudiants. Le fondateur des lycées impériaux ne pouvait rien comprendre à la liberté d'allures et de manières qui caractérisait la jeunesse des universités allemandes. Il prétendit que les étudiants avaient combattu dans les rangs prussiens : cela n'était vrai que pour deux jeunes nobles, car les universités de 1806 n'étaient point encore celles de 1813. Napoléon écrivit cependant à Berthier : « Mon cousin, faites donner des ordres pour que l'université de Halle soit fermée, et que sous vingt-quatre heures les écoliers soient partis pour leur demeure. S'il s'en trouve demain en ville, ils seront mis en prison pour prévenir le résultat du mauvais esprit inculqué à cette jeunesse » .

Berthier écrivit de Dessau aux professeurs de Halle pour leur témoigner le mécontentement de l'Empereur et leur annoncer que les revenus de l'université étaient confisqués. Les savants, disait-il, ne devaient pas s'occuper de politique ; ils n'avaient d'autre mission que de cultiver et de propager les sciences ; ceux

de Halle ayant méconnu leurs devoirs, TEmpereur avait résolu de supprimer l'université. Les professeurs appelés en conseil furent bien surpris d'une telle communication. Quelques timides proposèrent de Vexcuser auprès de l'Empereur et de lui déclarer qu'on n'avait jamais eu de sentiments hostiles à son égard. Steffens protesta et déclara que l'ennemi n'avait pas de compte à leur demander sur les sentiments qu'on lui portait. Halle se trouva ainsi deux fois ruinée, par le combat du 17 et la décision du 19 octobre. Les étudiants s'arrachèrent avec douleur à leurs professeurs favoris, et, peu fournis d'argent pour la plupart, se dispersèrent sur toutes les routes de rAUemagne. Napoléon devait, en 1813, en rencontrer plus d'un sur son chemin.

Une ville ainsi traitée devait être suspecte. Quand éclatèrent les troubles de la Hesse, le gouverneur général d'Erfurt reçut l'ordre de prendre des otages. Le professeur Niemeyer, le sénateur Kefstein, le riche major von Heide, furant donc emmenés à l'intérieur de la France, d'où ils ne revinrent qu'après la paix de Tilsit. Nous retrouverons les deux premiers au Corps législatif du roi Jérôme*.

C'est ainsi que les provinces du futur royaume de Westphalie furent pacifiées et que les gouverneurs généraux de Cassel, de Brunswick, d'Erfurt, assurèrent le paisible avènement de Jérôme-Napoléon.

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