‹ L'amant légitime, ou, La bourgeoise libertineChapitre 132 sur 149 · DOCTEUR MICHEL BOURGAS · texte numérisé non relu

DOCTEUR MICHEL BOURGAS

.« Dans certains cas, quelques théologiens catho: liques ont permis aux femmes mariées de se masturber. C'est ainsi que le jésuite Gury affirme qu'une épouse ne pèche pas, quæ se ipsam tactibus

excitat ad seminationem statim post copulam in

quà vir solus seminavit. »

(HAVELOCK Fes

Le problème des relations sexuelles est d’une importance si capitale pour l’organisation des sociétés, pour la conduite des peuples, pour l’avenir des races qu’il a préoccupé non seulement les hommes d'Etat, les philosophes,

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les moralistes, les juristes, les Échos et le méde-

cins, mais aussi et, plus que tous, É fondateurs de. reli-

gions et les théologiens. di 114 Il ne pouvait en être autrement puisque la procréation

est le fondement même de l’œuvre divine, la source sacrée

de la perpétuation de l'espèce humaine, supposée d° origine providentielle.

Préceptes, commandements, cantiques, livres |

ne 4 j sous les formes les.plus variées, les Apôtres et les Pro-

, phètes de toutes les religions, ont traité ce grave sujet, ‘et jamais ils n’ont négligé les prescriptions les plus complètes relatives à la jouissance des deux époux.

Mais — et c'est un des faits.les plus curieux et les

plus. importants à observer pour le moraliste et le socio-.

logue, et pour ceux qui, comme nous, s'efforcent de tracer la voix de l’évolution humaine, chacun des grands systèmes religieux a apporté à l'interprétation morale des

rapports sexuels, à leur règlementation physique, et aux

prescriptions qui en découlent l'esprit d’une civilisation ou d'une éthique propre à un climat, à une race, aux

conditions du développement de leurs peuples dans le:

milieu naturel où ils étaient placés.

Le Kama-Soutra de la religion indoue, tout inspiré de la chaude atmosphère de l'Orient, de ses ardeurs brülantes, de son sensualisme raffiné, du culte fervent de la nature et de la chair, se prolonge sans doute dans le magniñque Cantique des Cantiques, le plus admirable poème que

l’amour sensuel ait jamais inspiré. Nous en retrouverons

la trame, resserrée et épurée, dans les préceptes du Coran ; tandis que les religions issues de la civilisation grécoromaine vouent un culte ‘à la virginité, et. instaurent la

püreté dans les relations sexuelles. La morale de la rai-

son vertueuse vient ici réfréner les ardeurs des’ sens, et les appels de la nature, tandis que la femme est reléguée

dans le Gynécéè, réduite au rôle de compagne, et de

atrone. Du moins Grecs et Romains conservent-ils des vieilles religions orientales le culte des dieux et des déesses qui symbolisent l’amour, sous toutes ses formes, de Vénus

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à ÉRTR à Priape l’obscène. Ils n "ont pas oublié, dus Lu | | Oympe terrestre, les faunes et les satyres : ils daisient

un: excuse d'essence divine aux attractions charnelles et

aux vices de la chair ; et, à Athènes comme à Rome, la € courtisane est honorée, respectée, éduquée ; elle a son | droit de cité.

Est-ce pour réagir contre le stupre de l’Empire, contre lorgie ordurière du Bas-Empire, contre l’effroyable débauche qu'ont flétrie tous les moralistes et les histo- * riens rofnains, de Salluste à Tacite et à Juvénal, que le * Christianisme, né et propagé de la province romaine jus-

que dans la cité de luxure, a si impitoyablement condamné 4 les plaisirs de la chair et castré l'espèce humaine ? C’est . probable, car, sur ce point, les apôtres se rencontrent étrangement avec les Prophètes et les Pères de l'Eghse tiennent le même langage que les Dictateurs qui s’efforcèrent de relever leur peuple par les règles les plus sévères : . Moïse, Solon, Lycurgue, Dracon, Romulus, Burrhus, Caton, Justinien ; ou que les moralistes qui comme Sénè- 25 ou Pline, s’épouvantaient de la contagion de la - débaucne et du débordement de la luxure.

d Quoi qu'il en soit, l’ascétisme chrétien a sévèrement . * réprimé, par la loi et par le feu, les voluptés que les “religions orientales avaient codifiées à l’usage des amants ;. “elles ont enfermé l'époux et l'épouse dans le cadre étroit des caresses procréatrices comme dans la ceinture de fer le Ja chasteté médiévale. Par la confession, les prêtres ont xercé un contrôle rigoureux sur les mœurs, sur l'intimité : des époux, sur la conduite privée de tous, et, en fait, une véritable tyrannie morale sur les rapports sexuels. C’est ce qui explique que, pendant des siècles, la femme soit demeurée asservie, à la lettre, au prêtre et, par lui, ‘ l'époux, à son maître, et que la libération de la Bi soit l'œuvre lente des penseurs et des. politiques qui ont, ‘au prix de leur vie, lutté contre l'Eglise pour l’affranchissement humain. Dès que s’est affaibli le pouvoir moral et sacerdotal de l'Eglise, la société a secoué le joug. Cela Commence à la fin du XVI‘ siècle, où s’épanouit le liber-

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tinage, revanche impatiente de tant de continence et d’ajstérité malaisément supportées et hypocritement fraudés. La Révolution, en libérant les esprits, affranchit les cœurs et, du même coup, les sexes, Mais, toute imbue d'esprit romain, elle restaure presque aussitôt le culte de la V et de la Raison et Robespierre poursuit de ses apostrophes vengeresses les débordements de Danton. Après son trépas, c’est l’orgie de Thermidor et du Directone. Cette débauche soulève la colère populaire qui appelle un maître. pour rétablir l’ordre. Napoléon s'offre pour achever l’œuvre romaine des Jacobins. Et c’est la rigueur du Code Napoléonien, et la restauration ‘officielle de la Vertu.… Avec le Concordat, l'Eglise reprend la mainmise sur les. âmes et sur les êtres de chair. La règle devient aitO al ble avec la congrégation. Et c’est au prix d’une deuxième. Révolution que l’amour sera une fois encore libéré de ses chaînes. | T'ant il est vrai que la Religion, 1 issue elle-même de la volonté des Chefs de Peuples, inspire la Morale, si varia” ble d’une frontière à à l’autre, comme la Justice « Plaisante. Justice qu’une rivière borne. Vérité en deça des Pyré-| nées, erreur au-delà, » disait le génial Pascal. Il en est, de même de la Morale ! La Méditerranée franchie, pas même, simplement le Bosphore, ce qui est licite ici devient * délit sur l’autre rivage et vous trouverez l'illustration sais sissante de cette remarque dans la belle pièce de Pierre! Frondaie : l’/ndomptée qui a donné, pour la première. fois, sur ce thème matière à réflexion aux cervelles légères de nos frivoles parisiennes. 4 Ces Gonsidérations sont de la plus haute importance.

que la Morale est en voie continuelle d'évolution et : les hérésies d'hier sont les vérités de demain. ;

mera chez l'esprit le moins averti la conviction inattendue que tous les conducteurs de peuples ou fondateurs de socétés civilisées ont reconnu — soit pour la favoriser, Soit pour la comprimer — la puissance de l'instinct

sexuel, et ont accordé un privilège sacré à l’épouse pro-

créatrice. N'est-ce point proclamer le droit de la femme mariée à l'amour, la protéger, dans son.œuvre de chair, féconde, contre l'impuissance ou l’abstention du mari, contre la règlementation anti-naturelle des lois qui placent à Jamais la femme sous la coupe de l’époux, même s'il est incapable d'accomplir le devoir conjugal prescrit par les commandements de Dieu (1). | | Ayant révolu le cycle des observations que nous devions

tirer de l'étude des civilisations, des mœurs et des sys-

tèmes de morale ou de religion inventés par nos prédécesseurs, nous pouvons aborder le chapitre des conclusions, dont l'heure est venue. AN

(1) Les Editions Georges-Anquetil envoient franco con-

tre mandat de 12 francs une édition, non expurgée du

Kama-Soutra, contenant en outre le texte intégral du.

Cantique des Cantiques.

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