LETTRES INÉDITES ET PERSONNELLES D DE QUELQUES AUTEURS
de M. PAUL REBOUX :
Madame,
Il m'est facile. de vous répondre, puisque le sujet de
mon prochain roman, qui a pour titre Trio, est précisé-
ment l’histoire d’une femme pourvue de deux maris, ou, plus exactement, d’un mari et d’un amant avec qui elle vit conjugalement, à la satisfaction des trois parties inté-
… ressées.
Un enfant naît de cette union. La Fe qui a souffert pour le mettre au monde, le considère comme son enfant, et c’est bien son droit. Les deux hommes, pour qui sa ,naissance ne correspond qu'à un lointain moment de
plaisir, assument ensemble et très affectueusement, la.
tâche d'élever le nouveau-né. Ils se dépouillent de tout
ce que la superstition familiale a lentement déposé dans
l'esprit des gens, et c’est dans un commun élan qu'ils
… sécrient : ( Nous sommes pères ! »
Quant à à la psychologie de la femme, elle s au par
ceci : fiancée à l’un des hommes, elle avait épousé l’autre.
Le premier avait éprouvé, par suite de cette trahison — que les circonstances d’ailleurs ne rendaient pas coupable
— un profond chagrin. Promise à l’un, obtenue par l’au-
tre, elle les contente tous les deux. Elle en ressent de l’apaisement, depuis que le remords d’avoir trahi ne l’obsède plus. Ce n’est pas dans les bras de son amant qu’elle goûte le plaisir le plus vif. D’autre part, le besoin de compensation lui inspire plus de tendresse encore pour
l’accomplissement du devoir conjugal, si bien que es deux hommes doivent à ses scrupules un agrément dont ils profitent l’un et l’autre.
- Tous trois forment un ménage harmonieusement pré-. :servé du mensonge, ce mensonge qui, dans presque toutes. les familles, s'étend comme une moisissure invisible et invincible, faite de complaisance tacite et d’imposture” acceptée. SP
Je crois, par cet exemple, répondre précisément à la question que vous me posez, et vous prie d’ agréer, Madame, l’assurance de mes sentiments très distingués.
Pauz REBOUX
PA
…de M. FÉLICIEN CHAMPSAUR :
Alors, vous souhaitez mon avis, Madame ?
- Eh bien, Georges-Anquetil a tort. Liberté sexuelle dans le mariage, pour la femme, comme pour l’homme, à qui les mœurs de tolérance l’accordent. Egalité des. compléments adverses. |
D'ailleurs les femmes, depuis des siècles, si l’on en croit les vieux conteurs, n’ont pas attendu cet avis. Les épouses ont, pour leurs excursions sentimentales, l'attrait du baiser défendu, le consentement discret, obligatoire et souriant, de « monsieur-tout-le-monde ».…
Ouha, seul, roi des singes, estime qu’il'a droit au harem, à Mabel, la blonde américaine, à Rava, la.
malaise, à Dilou, la négresse, et serait terriblement furieux si quelqu'un osait attenter à cette triple propriété. Mais les hommes doivent être plus civilisés qu’un orang-outang.
Voilà, Madäme. Mes hommages choisis.