‹ L'amant légitime, ou, La bourgeoise libertineChapitre 4 sur 149 · DÉPUTÉ DE PARIS · texte numérisé non relu

DÉPUTÉ DE PARIS

Mon cher ami,

: Une préface sur un sujet si particulièrement pointilleux,

‘croycz-vous que cela soit commode ? Si on la lit -— la hrast-on à - et qu'elle ne soit pas aù goût —— des . goûts et des couleurs il ne faut jamais discuter —— du

… grand public, on en inférera que, détestable dans son

esprit, médiocre dans sà forme, le livre ne vaut rien.

De [à à l’excommunier comme l’Entremetteuse, il y

aura juste un saut de puce. J'en serais, quant à moi, s %

désglé et ne voudrais, pour un empire — pour cé qu ils

valent maintenant, je ne risque pas grand chose ! —— que

cette présentation nuisit au suceès de l’Amant Légitime, que je souhaite, Je joue donc gros jeu et vous aussi,

mais, comme a dit César, avant de franchir le Rubicon, alea jacta est.

A priori cn comprend ARRET que l'enfant — il est vrai que c’est une vieille routine -— porte plutôt le nom du père —— qui ne l'est pas toujours, hélas ! -— que

e sa mère, alors qu elle peut en témoigner sans conteste et prouver qu'il est bien le fruit de ses entrailles. En

NE TO cine he attendant la réforme souhaitable, que penserait-on de cette idée transactionnelle, permettant de donner à l'enfant les noms reliés par un frait du papa ét de la maman ; et, ce, dès son entrée ou dès sa sortie dans le monde ?

Qu'est-ce que l’on risque et pourquoi ne pas essayer ?

En ce qui concerne l'adulière, j'avoue, très humblement, qu’il y a de quoi boire et manger. Où ça commence-t-il et finit-il ? Un flirt, une passade, un regard, un simple coup d’épingle dans le contrat, une nuit passée au bal, surtout après, peuvent-ils être considérés comme un détachement irréparable des liens, qu'on a juré — la plupart du temps du bout des lèvres, car, ce jour-là on a l'esprit ailleurs — de ne jamais rompre et la démolition définitive du mariage ? N'est-ce pas davantage, de la part de la femme, une question d’amourpropre blessé que la cassure définitive d’un cœur meurtri ? Pour l’homme, cela n’a pas, quoiqu'en disent les dragons de vertu, une grande importance. On fait cela, sans savoir comment, comme une partie de billard, à moins — et ça c’est grave, en effet, maïs le devoir est là pour un coup — qu'il ne délaisse son foyer, se donne en spectacle, ouvertement, en pâture, pour que sa femme n’en ignore, comme on dit au Palais. J'entends bien que, pour ramener au bercail l’époux volage, oublieux de sa propre dignité, il suffirait à la femme blessée de répondre du tac au tac et rendre œil pour œil, dent pour dent, mais c’est tellement simple qu'elle n'y songe pas ! Et dire que cette existence, à laquelle on s'accroche si fortement, n’est faite que d’éternels malentendus... Que de choses ne pourrait-on pas écrire sur un pareil thème ! Mais une préface n’est pas un article de journal, réglé en cinq secs, un papier vitement troussé, mosaïqué de quelques traits plus ou moins rosses. On trouve, dans: le livre que l’on présente au lecteur, des observations, : qui ne peuvent obstinément rester au fond de l’écritoire. Et, de fil en aiguille, se trouve d’abord la Bigamie.

La bigamie ! question de latitude et de climat.

Un Arabe, qui n'aurait pas plusieurs femmes, serait.

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considéré comme un purotin. Un pacha qui n'en aurait qu’une dans son harem, serait mûr pour le Bosphore. En France, il n’en va pas ainsi. Quand on le sait — et ça, comme dit l’autre, ça se sait toujours — on trouve, non seulement à Berlin mais chez nous, des juges pour vous envoyer villégiaturer à la Guyanne qui, quoiqu'on en dise, n’est pas le Paradis terrestre. J'avoue que le jeu n’en vaut pas la chandelle et que les travaux forcés — d'autant qu’un homme qui a sur le râble plusieurs femmes doit y être un peu —- me paraissent vraiment excessifs.

Qu'on ne prête pas la main à la bigamie, qu'on l'interdise, jusqu’au moment où, comme les aéroplanes, ce sera au point, mais le bagne, messieurs de la Cour, messieurs les Jurés, vous bousculez le pot de fleurs ! Quant au fameux : Tue-la, qui a fait verser des océans d'encre, point n’est besoin d’avoir une âme d’apôtre, mais une âme tout court, pour ne pas ruer dans les brancards et s'insurger — l'insurrection n'est-elle pas le plus sacré des devoirs — contre ce droit inique, brutal, profondément odieux que s’arroge le mari en mal d’honneur, Tuer la poule aux œufs... d’or n’a jamais profité à quiconque et le moment n'est point indiqué pour abattre d'un coup de revolver la femme oublieuse, cependant que l'Allemagne s’évertue — et avec quelle méthode — à refaire son cheptel humain.

Toutes ces questions pourront-elles faire accepter lAmant Légitime 2 Ah ! si le mari savait être et rester toujours l'amant de sa femme, que de: catastrophes conjugales seraient évitées. Je n’en sais rien. Mais l’expérience doit en être tentée, et quelle qu’en soit l’outrance, l’osé, le coup de pied donné aux institutions, aux préjugés, aux conventions de notre société actuelle, lecteurs et lectrices, après en avoir lu, médité, commenté, savouré les pages d’un esprit libre, cultivé : se diront : « Il y a bien quelque chose là. »

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