‹ L'amateur: comédie en vers, en un acteChapitre 11 sur 22 · VALERE, DAMON · texte numérisé non relu

VALERE, DAMON

DAMON, à part.

Quelle tête! Il a bien raison.

a8 l'amatsùr,

VALERE , se croyant seul,

On parle d*un Pigmalion Qui fut l'amant de sa Statue.

Cest une fable , nous dit-on.

Oui, poui^ les esprits froids c'est une fiction;

Mais moi , je sens combien son ame étoit émue

Ce n'étoit pas un fou que ce Pigmalion ,

Si la sienne égaloit.^.

DAMON , éclatant de rire.

L'éloge que tous faites Est modéré.

VALERE

Comment I vous étiez là ?

Et vous ayez entendu...

DfMON.

Vos fleurettes.

Vous êtes éloquent pour cette beauté-là. Voilà donc le chef-d'œuvre?

VALERE

Oyi, Monsieur, le voilà.

Ai-ietort?

DAMON

Elle est bien.

VALERE

Elle est bienl Ah! Barbare!

DAMON

Est-ce donc , après tout , une beauté si rare ? Pour TOUS plaire faut-il en parler comme vous ?

VALERE

Vous n'aimez pas les Arts, cher Damon, comme nous. Que n'ayez-Yous mes yeux pour saisir cet ensemble, Ces beaux détails? Ce bras! ce pied! Que vous ensemble?

DAMON, à part.

Ho! Ho! Seroit-il près de derenir amant ?

Ceci passe le jeu , comme disoit Constance.

Il ne regarde pas. Quel flegme ! Quel silence!

Parlons sans nous fftcher et sérieusement.

3o l'amateur,

Ces beaux Arts, dont votre ame est sans cesse occupée, Deyroient au plus vous amuser.

Ne peut-on vous désabuser ?

Vous n'avez là qu'une poupée.

VALERE

Soit ; à vos traits malins je veux bien m'exposer ; Mais ma poupée au moins ne peut m*être infidelle. Je ne serai jamais contrarié par elle.

On me parle de femme; en ai-je besoin, moi?

J*ai des mortelles , des Déesses ,

J'ai des Phrinés et des Lucrèces;

Je suis Amant , Époux et Roi ; Je suis mSme constant pour toutes ces maltresses, Ce que j'aimois hier, je l'adore aujourd'hui. Mon goût n'est pas de ceux qu'éteint la jouissance..

L'esprit, l'esprit qui sent, qui pense, A des plaisirs divins et qui ne sont qu'à lui

DAMON

D'accord; mais, mon ami, pourriez-vous méconnottre Ces noms, ces liens si flatteurs, Premiers plaisirs , les seuls peut-être ,

Chers dans tous les climats, sentis par tous les cœurs ?

Vos plaisirs , de l'esprit douce et vaine imposture , Valent-ils ces épanchemens,

COMEOIS. « 3l

Ces transports de l'amour que le dsToir épure , Le souris d'une épouse et ceux de ses enfans ,

Tous ces délicieux momens , Qu'aux malheureux humains ménagea la nature ?

Quelque tems avant de mourir Feu Totre père alloit vous établir.

VALERE , fâché.

Je le sçais; il avoit de ces goûts-là, mon père; Il s*étoit marié.

DAMON

Mais, Monsieur l'Antiquaire , Si vous Tétiez vous-même un jour?

VALERE

L'amour m'a guéri de l'amour.

Aime-t<on aujourd'hui?

DAMÔN.

Mais vous faites la cour, Je pense , à Céllante?

VALERE

A cette jeune folle ,

Jouant rétourderie, et la joie et l'humeur !

Même aux yeux du grand monde elle paroît friTole

Elle sourit aux mots de génie et de cœur ,

Va sur tous les objets semant la parodie.

Juge un homme sur l'air, les grâces, le bon ton ;

A tout son esprit en jargon , Et ne peut y sans vapeurs, voir une Tragédie. Pour qu'il songeât à ce parti , Qu'avois-je donc fait à mon père ?

On sçait que de ce choix il s'étoit repenti.

DATION.

Céliante , il est vrai , ne va point à Valere ,

Et je la trouve folle aussi.

Mais vous ne vous en devez guère :

Il est tant de façons d'être fou , mon ami.

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